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Ioulia Tymochenko. Photo : @Vadim Chuprina

Ioulia Tymochenko : inculpée pour corruption, la “princesse du gaz” défie le pouvoir ukrainien et accuse Zelensky

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Inculpée pour tentative de corruption de députés après des perquisitions dans les locaux de son parti, Ioulia Tymochenko se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une tempête politique. L’ancienne Première ministre, figure emblématique et controversée de l’Ukraine post-soviétique, rejette les accusations et attaque frontalement le pouvoir en place. Dans un discours d’une rare violence, elle qualifie le régime du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Volodymyr Zelensky de « fasciste » et promet de rester en Ukraine pour poursuivre son combat.

La scène a marqué les esprits à Kiev. Dans la nuit du 13 au 14 janvier, les agents du Nabu, l’agence nationale anticorruption ukrainienne, ont perquisitionné pendant plusieurs heures le siège du parti Batkivchtchyna. À l’aube, sa dirigeante, Ioulia Tymochenko, est informée qu’elle est officiellement suspectée de tentative de corruption de députés, une infraction passible de jusqu’à dix ans de prison.

Selon les éléments relayés par la presse ukrainienne, l’enquête porte sur des faits présumés survenus en décembre 2025. L’ancienne cheffe du gouvernement aurait engagé des négociations avec des élus du parti présidentiel Serviteur du peuple, proche du président Volodymyr Zelensky. En échange de rémunérations financières, ces députés auraient reçu des consignes de vote, dans un système décrit par les enquêteurs comme organisé et récurrent, avec des paiements anticipés.

Ioulia Tymochenko dément catégoriquement les accusations et parle d’une opération politique destinée à l’écarter définitivement de la scène nationale. Dans une déclaration particulièrement virulente, elle a attaqué frontalement les autorités actuelles, qualifiant le pouvoir de Volodymyr Zelensky de « régime fasciste ». Elle affirme qu’aucune pression judiciaire ne la forcera à quitter le pays. Au contraire, assure-t-elle, lorsqu’elle s’exprimera publiquement pour « révéler la situation réelle de l’Ukraine », il apparaîtra clairement qu’elle n’envisage pas l’exil mais entend rester sur place « jusqu’à la libération du pays » du pouvoir en place. Elle a également averti les institutions anticorruption, qu’elle accuse d’être instrumentalisées, qu’elle ne disparaîtra pas et poursuivra son combat politique jusqu’au bout.

Cette séquence judiciaire et politique ravive le souvenir d’un parcours aussi spectaculaire que controversé. Née à Dnipro, Ioulia Tymochenko fait fortune dans les années 1990 dans le secteur de l’énergie, en fondant la Société des systèmes énergétiques d’Ukraine, spécialisée dans l’importation et la revente de gaz russe. C’est à cette époque qu’elle hérite de son surnom de “princesse du gaz”, symbole de son ascension fulgurante et de sa proximité avec les milieux énergétiques russes, notamment Gazprom. Malgré une rhétorique ultérieurement marquée par un discours nationaliste et antirusse, cette relation n’a jamais cessé d’alimenter les soupçons.

Égérie de la “révolution orange” en 2004-2005, elle incarne alors l’espoir démocratique et accède au poste de Première ministre à deux reprises. Mais son second mandat est entaché par la signature, en 2009, d’un accord gazier avec la Russie jugé défavorable à l’Ukraine. En 2011, sous la présidence du contributeur du FEM, Viktor Yanukovych, elle est arrêtée et condamnée à sept ans de prison pour abus de pouvoir. À l’époque, une large partie de la communauté internationale la présente comme une prisonnière politique, même si certains observateurs estiment que les accusations reposaient sur des faits réels. Libérée en 2014 après la chute de Yanukovych, elle est portée en triomphe sur la place Maïdan, image emblématique d’un retour sur le devant de la scène.

Depuis, son influence électorale s’est érodée. Battue par le contributeur du FEM, Petro Poroshenko en 2014 puis reléguée à la troisième place lors de la présidentielle de 2019 remportée par Zelensky, elle conserve néanmoins un rôle institutionnel important. À la Rada, le Parlement ukrainien, elle dirige une commission chargée de lutter contre la corruption, une fonction qui accentue aujourd’hui le contraste entre son discours et les accusations dont elle fait l’objet. Pour une partie de la presse ukrainienne, cette affaire fait d’elle le symbole d’une hypocrisie persistante du système politique, d’autant plus alimentée par certaines polémiques récentes, comme sa présence à Dubaï en 2023, en pleine guerre contre la Russie.

Sources :

Courrier international – 16 janvier 2026 – lien

Déclarations publiques d’Ioulia Tymochenko reprises par la presse ukrainienne – janvier 2026

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