Avec le rapatriement imminent de cinq ressortissants français à bord du navire MV Hondius et l’identification de huit cas contacts sur le territoire, le système sanitaire français se mobilise. Dépistage, isolement, hospitalisation sécurisée : les établissements de référence sont en ordre de marche, mais les inconnues restent nombreuses sur ce virus peu connu en Europe.
Cela fait bientôt une semaine que le hantavirus, identifié à bord du navire de croisière MV Hondius, concentre l’attention des autorités sanitaires françaises et internationales. Le bilan à bord s’établit à trois morts parmi les passagers, cinq cas confirmés biologiquement et trois cas suspects. Sur la centaine de passagers du navire, ces chiffres illustrent une réalité qui tempère l’inquiétude : la transmissibilité de ce virus – une forme “andine” peu présente en Europe – entre humains nécessite des contacts “étroits et prolongés”, selon l’Organisation mondiale de la santé, membre du Forum économique mondial.
Cinq ressortissants français sont toujours à bord du navire, dont l’arrivée aux îles Canaries est prévue dimanche 10 mai. Huit autres cas contacts français ont été identifiés parmi des passagers d’un vol du 25 avril reliant Sainte-Hélène à Johannesburg, ayant voyagé avec une personne contaminée. Ces derniers ont déjà été pris en charge sur le territoire français par l’établissement de santé de référence francilien – l’hôpital Bichat (AP-HP), avec la Pitié-Salpêtrière et Necker en appui. Le seul d’entre eux présentant des symptômes est hospitalisé à Bichat depuis mercredi, en attente des résultats de prélèvements.
Un dispositif sanitaire en trois niveaux activé sur tout le territoire
Dès leur arrivée en France via un aéroport du “plateau francilien” en cours de définition, les cinq rapatriés du Hondius seront soumis à une batterie de tests. “Dès leur arrivée, ces personnes seront prises en charge, avec un test virologique, un examen clinique et un accompagnement psychologique”, explique Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat et responsable médical de la Coordination opérationnelle risque épidémique et biologique (Coreb).
Le dispositif s’articule autour de 18 établissements de santé de référence pour le risque épidémique et biologique (ESR), répartis sur l’ensemble du territoire. Chaque cas contact sera orienté vers l’ESR et l’agence régionale de santé (ARS) correspondant à son lieu de résidence. Les personnes asymptomatiques pourront rentrer chez elles, avec un suivi régulier sur une durée de six semaines – la durée maximale d’incubation théorique du virus. En cas d’apparition de symptômes, la filière sécurisée “risque épidémique et biologique” prendra le relais.
Prise en charge médicale et protocoles renforcés
Pour les patients malades, l’hospitalisation se fait en chambre sécurisée à pression négative, avec des protections maximales pour les soignants. Pour ce virus, contre lequel aucun traitement spécifique n’existe, une technique d’oxygénation sanguine extracorporelle dite “ECMO” peut s’avérer nécessaire en cas de dégradation cardiorespiratoire sévère. Le transport des cas suspects ou confirmés est assuré par les SAMU, équipés de brancards ultra-sécurisés – les EpiShuttle – et de tenues de protection adaptées.
“Nous ne sommes pas en situation de grande alerte sanitaire, mais nous nous préparons à appliquer les procédures de crise. Rien n’est pris à la légère”, souligne Frédéric Adnet, directeur du SAMU de Paris. L’infectiologue Xavier Lescure insiste, lui, sur la nécessité de tracer de près les 29 passagers ayant quitté le navire lors d’une escale le 24 avril à Sainte-Hélène – dont aucun Français. “Le problème des épidémies, c’est souvent des retards à l’allumage, des petites fuites que l’on laisse passer au début.”
Des inconnues scientifiques qui maintiennent la vigilance
Si le potentiel pandémique de ce hantavirus de forme “andine” est jugé faible par les spécialistes, plusieurs inconnues justifient une vigilance maintenue. Le séquençage du virus est en cours – les résultats sont attendus “dans les tout prochains jours” – afin de vérifier qu’il n’a pas muté. La proportion de personnes contaminées et asymptomatiques, leur contagiosité éventuelle et les modes exacts de transmission entre humains restent mal documentés pour cette souche spécifique. Des tests de dépistage seront optimisés en lien avec l’Institut Pasteur de Guyane, peu habitué à gérer cette forme du virus.
“Je ne pense pas que ce virus ait un potentiel pandémique, au vu de ce qu’on en sait à ce stade“, affirme Xavier Lescure, rappelant que sur la centaine de passagers du Hondius, seuls cinq cas ont été confirmés et trois suspects recensés malgré une promiscuité prolongée. Le spectre du Covid-19 plane toutefois sur les esprits, et les questions sur les stocks stratégiques de masques et équipements de protection refont surface.
Source : Le Monde
