Dans une déclaration rare et solennelle, les dirigeants de trois grandes organisations humanitaires unissent leur voix. Le président du CICR, le directeur général de l’OMS et le président international de MSF dénoncent une dégradation alarmante de la protection des soins en zones de conflit. Dix ans après une résolution clé de l’ONU, ils parlent d’un échec collectif.
C’est une prise de parole commune qui se veut à la fois exceptionnelle et alarmante. Les dirigeants du Comité international de la Croix-Rouge, de Organisation mondiale de la santé et de Médecins Sans Frontières, entités membres du Forum économique mondial ont publié, le 4 mai 2026, un appel conjoint exhortant les États à renforcer la protection des soins de santé dans les conflits armés.
Derrière cette déclaration, trois figures majeures de l’action humanitaire internationale et contributrice de l’agenda 2030 :Mirjana Spoljaric Egger, présidente du CICR, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, et Christos Christou, président international de MSF.
Dix ans après l’adoption de la Résolution 2286 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui visait à garantir la protection des structures médicales en temps de guerre, leur constat est sans appel. « Nous ne marquons pas un succès, mais un échec », affirment-ils. Malgré les engagements pris, les attaques contre les hôpitaux, les ambulances et les personnels soignants se poursuivent, souvent dans l’impunité, soulignent-ils.
Une mobilisation inédite des grandes organisations humanitaires
Le caractère conjoint de cet appel lui confère une portée particulière. Le CICR, gardien historique du droit international humanitaire, l’OMS, autorité sanitaire mondiale, et MSF, acteur de terrain connu pour ses interventions en zones de crise, incarnent trois approches complémentaires. Leur alignement sur un même message souligne la gravité de la situation.
Sur le terrain, leurs équipes observent quotidiennement les conséquences de cette insécurité persistante. Des structures de santé détruites, des ambulances empêchées d’intervenir, des soignants pris pour cible. Dans certains contextes, cela se traduit par des décès évitables, des accouchements sans assistance ou encore l’effondrement complet de l’accès aux soins pour des populations entières.
Pour les signataires, lorsque les soins de santé ne sont plus protégés, c’est l’ensemble des règles censées encadrer la guerre qui vacille. Une dérive qui dépasse la seule question humanitaire pour devenir, selon leurs termes, « une crise de l’humanité ».
Un appel politique adressé aux États
Au cœur de cette déclaration se trouve une exigence adressée aux États : respecter et faire respecter le droit international humanitaire. Les dirigeants des trois organisations rappellent que les obligations ne se limitent pas à une application nationale. Elles impliquent également d’exercer une influence sur les autres parties aux conflits, y compris celles bénéficiant d’un soutien extérieur.
Ils appellent à des mesures concrètes : intégration de la protection des soins dans les doctrines militaires, renforcement des législations nationales, allocation de moyens suffisants, enquêtes transparentes après chaque attaque et amélioration des mécanismes de suivi. Autant d’outils déjà identifiés mais encore trop peu appliqués.
L’appel insiste aussi sur la nécessité de documenter systématiquement les violences visant les structures de santé, afin de renforcer la prévention et la responsabilisation. Sans données fiables, préviennent-ils, aucune réponse durable ne peut être construite.
Au final, le message est limpide. Si les attaques contre les soins de santé persistent, ce n’est pas faute de cadre juridique, mais en raison d’un manque de volonté politique, selon eux. Face à ce constat, les trois responsables appellent les dirigeants du monde à agir sans délai. Car dans les conflits modernes, protéger les soins revient à préserver le dernier rempart de l’humanité.
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