Le groupe Altrad, géant français des services industriels et du matériel pour le bâtiment, fait l’objet d’une enquête préliminaire pour fraude fiscale aggravée et blanchiment de fraude fiscale aggravée en bande organisée. Des perquisitions ont été menées dans plusieurs sites de l’entreprise, dont son siège de Montpellier. Les investigations portent sur un système présumé qui aurait permis de soustraire plusieurs centaines de millions d’euros à l’impôt entre 2018 et 2024.
Nouveau dossier sensible pour le groupe Altrad. Selon les informations révélées le 23 juin 2026, le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire visant le groupe fondé par l’homme d’affaires Mohed Altrad. Cette procédure judiciaire fait suite à une plainte déposée par l’administration fiscale à la mi-avril et concerne des soupçons de fraude fiscale aggravée ainsi que de blanchiment de fraude fiscale aggravée en bande organisée.
L’affaire a pris une tournure concrète avec une série de perquisitions réalisées dans plusieurs sites du groupe à travers la France. Parmi les lieux visés figure notamment le siège social d’Altrad, situé à Montpellier. Selon les informations communiquées par le PNF, une cinquantaine d’enquêteurs ont été mobilisés dans le cadre de cette opération. Plusieurs personnes ont également été entendues sous le régime de l’audition libre. Aucune garde à vue n’a toutefois été prononcée à ce stade de l’enquête.
Des soupçons portant sur plusieurs centaines de millions d’euros
Au cœur des investigations figure un mécanisme présumé qui aurait permis au groupe de réduire artificiellement sa base imposable en France. Selon une source interne citée dans le cadre du dossier, les montants concernés pourraient être particulièrement élevés. Les enquêteurs s’intéresseraient à un système ayant potentiellement généré entre 23 et 86 millions d’euros de fraude fiscale par an sur la période allant de 2018 à 2024. Sur l’ensemble de la période examinée, les sommes en question pourraient ainsi représenter un montant total compris entre 350 et 400 millions d’euros. Ces chiffres n’ont cependant pas été confirmés officiellement par le Parquet national financier, qui poursuit actuellement ses investigations afin d’établir la réalité des faits.
D’après les premiers éléments évoqués dans l’enquête, le dispositif aurait reposé sur un réseau de filiales internationales du groupe. Les soupçons portent notamment sur l’utilisation d’un « hub » basé à Dubaï, qui aurait servi de plateforme de redistribution financière entre différentes entités du groupe. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer si certaines opérations comptables ou commerciales ont pu être utilisées afin de transférer une partie des bénéfices hors de France et ainsi réduire l’impôt dû à l’administration fiscale française.
Une entreprise devenue un acteur mondial
Créé par Mohed Altrad, entrepreneur franco-syrien devenu l’une des figures majeures du capitalisme français, le groupe Altrad s’est imposé au fil des années comme un acteur incontournable des services industriels et du secteur du bâtiment. Initialement spécialisé dans la fabrication d’équipements destinés aux chantiers de construction, le groupe a progressivement élargi ses activités à la maintenance industrielle, aux services pétroliers, gaziers, nucléaires et aux infrastructures. Cette stratégie de croissance externe lui a permis d’acquérir une dimension internationale particulièrement importante.
En 2025, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires avoisinant les 6 milliards d’euros et employait près de 65 000 salariés à travers le monde. Cette présence internationale, répartie dans de nombreux pays, constitue aujourd’hui l’un des axes majeurs des investigations des autorités financières françaises. Face à l’ouverture de cette enquête, le groupe Altrad adopte pour l’instant une communication prudente. Son avocat, Me Christophe Ingrain, a confirmé l’existence de la perquisition menée dans les locaux de l’entreprise.
Selon lui, cette opération judiciaire s’inscrit dans le cadre d’un différend ancien avec l’administration fiscale. Il a également souligné que les opérations se sont déroulées dans un climat serein et dans un esprit de coopération avec les enquêteurs. Le groupe n’a cependant pas souhaité faire de commentaires supplémentaires sur le fond du dossier.
Comme dans toute procédure pénale de cette nature, le principe de présomption d’innocence demeure pleinement applicable. L’ouverture d’une enquête préliminaire ne préjuge en rien d’éventuelles poursuites futures ou de la culpabilité des personnes concernées. Cette nouvelle affaire intervient alors que Mohed Altrad reste confronté à un autre dossier judiciaire très médiatisé. En décembre 2022, le tribunal correctionnel de Paris l’avait reconnu coupable dans l’affaire impliquant Bernard Laporte, ancien président de la Fédération française de rugby.
Les juges avaient estimé qu’un pacte de corruption avait été conclu entre les deux hommes. Mohed Altrad avait alors été condamné à dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis ainsi qu’à une amende de 50 000 euros. Cette décision n’est toutefois pas définitive puisque les deux hommes doivent être rejugés en appel en septembre 2026. Le calendrier ajoute une dimension particulière à cette séquence judiciaire. Mohed Altrad est également président du Montpellier Hérault Rugby, dont l’équipe doit affronter le Stade Toulousain en finale du Top 14 le 27 juin 2026.
Alors que les enquêteurs poursuivent désormais leurs investigations sur les flux financiers du groupe, l’affaire pourrait s’inscrire parmi les dossiers fiscaux les plus importants ouverts ces dernières années par le Parquet national financier. Les prochains mois devraient permettre de déterminer si les soupçons avancés par l’administration fiscale reposent sur des éléments suffisamment solides pour déboucher sur d’éventuelles poursuites judiciaires.
Sources :
Le Monde – 23 juin 2026 – Le groupe Altrad visé par une enquête pour fraude fiscale, ses locaux perquisitionnés – https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/23/le-groupe-altrad-vise-par-une-enquete-pour-fraude-fiscale-ses-locaux-perquisitionnes_6708553_3234.html
