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Photo : @OMS

Epstein Files : un rapport de la Fondation Gates sur la Polio au Nigeria analyse la guerre des récits autour du vaccin

Un document interne confidentiel de 2014, issu des « Epstein files » et attribué à la  Fondation Bill & Melinda Gates, membre du Forum économique mondial,, met en lumière les obstacles politiques et culturels à l’éradication de la poliomyélite au Nigeria. Le rapport décrit la vaccination comme prise dans une « guerre des récits », où elle est perçue par certains comme un outil de contrôle démographique occidental. Il préconise une stratégie mêlant santé publique, diplomatie locale et reconquête de la confiance.

Un rapport confidentiel de 2014, intitulé « Obstacles à l’éradication de la poliomyélite au Nigeria », attribué à la Fondation Bill & Melinda Gates, offre un éclairage stratégique sur les résistances à la vaccination dans le nord du Nigeria. Ce document, récemment exhumé parmi les « Epstein files », ne porte pas sur des aspects médicaux stricto sensu, mais sur les dynamiques sociales, historiques et politiques entravant la campagne d’immunisation.

Le constat central est sans ambiguïté : l’éradication de la poliomyélite au Nigeria ne se heurte pas seulement à des défis logistiques, mais à une véritable « guerre des récits ». Dans plusieurs États du nord, la vaccination est perçue par une partie de la population comme un instrument de contrôle démographique orchestré par l’Occident, visant à stériliser les enfants musulmans afin d’en réduire la population.

Une méfiance enracinée dans l’histoire

Le rapport s’intéresse notamment à un épisode survenu en 2003 durant lequel plusieurs États du nord du Nigeria, notamment Kano, Zamfara et Kaduna, ont suspendu la campagne de vaccination contre la poliomyélite après un appel de responsables politiques et religieux demandant aux parents de ne pas faire vacciner leurs enfants. Il souligne que ces soupçons ne surgissent pas ex nihilo. Les opposants affirmaient que le vaccin était contaminé par des agents anti-fertilité, le VIH ou des substances cancérigènes et qu’il servait à réduire la population, en particulier musulmane.

Le refus s’expliquait selon la Fondation Bill et Mellinda Gates par un mélange de tensions politiques, religieuses et ethniques, accentuées par la réélection du président chrétien du sud Olusegun Obasanjo face à un rival musulman du nord.

La défiance reposait aussi sur un contexte plus large dont le traumatisme d’essais médicaux controversés de Pfizer , le groupe pharmaceutique membre du FEM à Kano en 1996, au cours de laquelle des essais cliniques sur des enfants ont provoqué des décès et des handicaps.

Le rapport évoque également des rumeurs circulant sur Internet et interprétation du mémorandum américain NSSM-200 de 1974, souvent interprété localement comme la preuve d’un agenda démographique caché. Ce mémorandum d’étude stratégique commandé en avril 1974 par le président américain Gerald Ford, membre du groupe Bilderberg à la suite d’une initiative lancée sous l’administration de Richard Nixon fut élaboré par le Conseil de sécurité nationale, alors dirigé par le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Henry Kissinger. Il analysait les effets potentiels de la croissance démographique rapide dans certains pays en développement sur les intérêts stratégiques des États-Unis.

Le contraste entre l’intensité des campagnes contre la polio et la persistance d’autres fléaux — paludisme, typhoïde, absence d’eau potable — alimentait également la suspicion selon le rapport. Pour de nombreux parents, l’acharnement apparent des autorités sanitaires sur une maladie perçue comme moins meurtrière que d’autres était interprété comme le signe d’un motif inavoué.

Les leçons et conséquences du boycott selon la Fondation Gates

Le déblocage de la situation à Kano n’avait été possible qu’après des tests et validations du vaccin par des autorités d’un pays musulman, l’Indonésie, obtenant ainsi l’aval des chefs religieux locaux. Le rapport conclut que l’implication active des émirs, des chefs traditionnels et des leaders religieux constitue un levier central pour restaurer la confiance.

Selon le rapport, cette crise a montré que l’éradication de la polio n’était pas seulement un problème scientifique ou technique mais aussi politique, nécessitant une approche diplomatique. Bien que local, le boycott a eu des répercussions mondiales en retardant les campagnes dans d’autres pays et a mobilisé des organisations internationales membres du FEM, tels que l’UNICEF, l’OMS, l’Organisation de la coopération islamique.

Depuis, les acteurs de santé publique prennent davantage au sérieux la désinformation et cherchent à comprendre le contexte social et culturel des rumeurs. Ils collaborent avec leaders religieux, associations, artistes et communautés locales, et proposent des incitations concrètes aux familles, comme aides financières, vitamines, traitements antiparasitaires ou moustiquaires.

Les autorités nationales ont renforcé leur engagement financier et politique, certains gouverneurs soutenant activement la campagne. Dans certains États, des mesures coercitives ont même été introduites, avec menaces d’amendes ou d’emprisonnement pour les parents refusant la vaccination et sanctions pour les agents de santé ne signalant pas ces refus.

Rompre l’isolement de la campagne anti-polio

Face à cette défiance, le rapport recommande une stratégie de « proximité » plutôt qu’une confrontation frontale des croyances. Il propose d’intégrer la vaccination dans une offre de santé plus large afin de démontrer concrètement l’utilité des campagnes.

L’idée est de transformer les opérations de vaccination porte-à-porte en vecteurs d’amélioration des infrastructures de santé primaires. Fournir simultanément des traitements contre la diarrhée ou le paludisme permettrait de réduire la « fatigue de la polio » et de renforcer la crédibilité des équipes médicales. Le rapport suggère également des investissements ciblés dans les équipements et la maintenance des centres de santé situés dans les zones les plus méfiantes, afin de matérialiser l’engagement sanitaire.

Communication locale et diplomatie religieuse

Le document insiste sur la nécessité d’abandonner une communication descendante, exclusivement scientifique, au profit d’une approche ancrée dans les réalités micro-locales. Il recommande d’adapter les messages aux perceptions spécifiques de chaque district et de mobiliser les réseaux informels : radios communautaires, cérémonies culturelles, brochures locales.

Une approche politique assumée

Au-delà des aspects sanitaires, le rapport affirme que la polio est un sujet éminemment politique. L’éradication ne dépend pas seulement de la logistique vaccinale, mais d’une « boîte à outils » combinant santé publique, diplomatie communautaire et compréhension sociologique fine. Traiter les inquiétudes parentales avec empathie et améliorer l’accès global aux soins sont présentés comme les conditions nécessaires pour affaiblir les théories du complot.

En replaçant la vaccination dans un cadre de justice sanitaire et de développement local, le document défend une stratégie visant non pas à imposer un discours, mais à reconquérir la légitimité. Une approche qui, selon ses auteurs, seule peut permettre de remporter durablement la bataille des récits autour de la poliomyélite au Nigeria.

Source :

Obstacles à l’éradication de la poliomyélite au Nigéria Analyse de la situation Réalisé pour la Fondation Bill & Melinda Gates. 2014. Document issu des Esptein Files.

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