Le 14 avril 2026, la cour d’assises spéciale a rendu son verdict dans l’un des procès les plus emblématiques liés au narcotrafic marseillais. Gabriel Ory, présenté comme un chef présumé de la DZ Mafia, a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour un double assassinat commis en 2019, tandis qu’Amine Oualane a été acquitté. Une décision qui s’inscrit dans un contexte de lutte accrue contre les réseaux criminels structurés dans le sud de la France.
Dans ses articles publiés le même jour, Le Monde détaille les rôles attribués aux différents accusés et insiste sur la complexité du dossier. Ce dernier souligne que la cour d’assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels, a retenu des peines allant de 15 à 25 ans de prison, inférieures toutefois aux réquisitions du parquet qui avaient, pour certains accusés, demandé la réclusion criminelle à perpétuité. Cette différence entre les réquisitions et les peines prononcées ouvre un premier angle d’analyse, celui d’une stratégie judiciaire où la sévérité affichée du parquet contraste avec une décision finale plus nuancée.
Dès l’ouverture du procès, le 23 mars 2026, Le Monde évoquait des « mesures de sécurité sans précédent », ainsi qu’un dossier reposant en partie sur des éléments techniques tels que les données issues de messageries cryptées comme Sky ECC ou des bornages téléphoniques. Ces éléments, régulièrement mis en avant dans la couverture médiatique, contribuent à asseoir l’image d’une organisation structurée, hiérarchisée et technologiquement ancrée dans son époque.
Mais cette représentation, largement reprise, interroge. Plusieurs médias, comme Le Dauphiné Libéré, reprend le vocabulaire du parquet évoquant des « pères fondateurs » ou une organisation « dominante » sur le marché de la drogue marseillais. Une terminologie qui participe à construire la figure de la « DZ Mafia » comme une entité quasi institutionnalisée, alors même que certains observateurs questionnent la réalité criminologique de cette appellation, à mi-chemin entre description factuelle et outil narratif.
La dimension spectaculaire du procès n’est pas non plus absente. Le Figaro évoque ainsi une audience interrompue après des insultes visant les avocats, tandis que le média suisse Blick parle de « très lourdes peines » et d’un « coup spectaculaire » porté à l’organisation. Cette dramatisation, accentuée par les dispositifs de sécurité et les tensions en salle d’audience, participe à construire un récit presque cinématographique, où la violence du narcotrafic se double d’une mise en scène judiciaire.
Au-delà du cas individuel des accusés, ce procès s’inscrit dans une stratégie plus large des autorités françaises visant à frapper les réseaux« au sommet ». Les enquêtes récentes ont conduit à des dizaines de mises en examen et à de nombreuses détentions provisoires, avec une volonté affichée de démanteler les structures dirigeantes plutôt que de se limiter aux exécutants.
Le recours à une cour d’assises spéciale, traditionnellement réservée aux affaires de terrorisme, soulève des interrogations sur l’évolution de la réponse pénale face au narcotrafic. En écartant les jurés populaires, ce dispositif vise à garantir la sécurité et la sérénité des débats, mais il modifie aussi la perception de la justice rendue, certains y voyant une forme de justice d’exception.
Sources :
Franceinfo, Un chef présumé de la DZ Mafia condamné à 25 ans de réclusion pour un double assassinat en 2019, un autre acquitté, 14 avril 2026 : https://www.franceinfo.fr/societe/drogue/un-chef-presume-de-la-dz-mafia-condamne-a-25-ans-de-reclusion-pour-un-double-assassinat-en-2019-un-autre-acquitte_7937390.html
Le Monde, DZ Mafia : au procès de ses chefs présumés, vingt-cinq ans de prison pour Gabriel Ory, Amine Oualane acquitté, 14 avril 2026 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/14/dz-mafia-au-proces-de-ses-chefs-presumes-25-ans-de-prison-pour-gabriel-ory-amine-oualane-acquitte_6679985_3224.html
Le Monde, Procès des chefs présumés de la DZ Mafia : vingt-cinq ans de réclusion et un acquittement prononcés pour un double meurtre en 2019, 14 avril 2026 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/14/proces-des-chefs-presumes-de-la-dz-mafia-vingt-cinq-ans-de-reclusion-et-un-acquittement-prononces-pour-un-double-meurtre-en-2019_6679953_3224.html
Le Monde, Six membres présumés de la DZ Mafia devant les assises pour un double assassinat, 23 mars 2026 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/23/six-membres-presumes-de-la-dz-mafia-devant-les-assises-pour-un-double-assassinat_6673841_3224.html
Le Figaro, Le procès des cadres présumés de la DZ Mafia interrompu après des insultes envers les avocats, 9 avril 2026 : https://www.lefigaro.fr/marseille/le-proces-des-cadres-presume-de-la-dz-mafia-interrompu-precipitamment-apres-des-insultes-envers-les-avocats-20260409
Blick, Très lourdes peines contre les chefs de la “DZ Mafia”, avril 2026 : https://www.blick.ch/fr/monde/france/double-assassinat-pres-de-marseille-tres-lourdes-peines-contre-les-chefs-de-la-dz-mafia-id21870274.html
Le Dauphiné Libéré, Coup de filet contre la DZ Mafia : le procureur de la République fait le point sur l’enquête, 14 mars 2026 : https://www.ledauphine.com/faits-divers-justice/2026/03/14/coup-de-filet-contre-la-dz-mafia-le-procureur-de-la-republique-fait-le-point-sur-l-enquete