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Jeffrey Epstein. Photo : @New York State Division of Criminal Justice

Dossier Epstein : des liens plus profonds que prévu avec le monde scientifique

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Les nouveaux documents rendus publics par la justice américaine révèlent l’ampleur des relations entretenues par Jeffrey Epstein avec des chercheurs de premier plan. Bien au-delà de simples dons, le financier déchu s’impliquait étroitement dans des travaux scientifiques, soulevant aujourd’hui de lourdes questions éthiques sur les liens entre recherche et financements privés.

On savait Jeffrey Epstein passionné par la science, soucieux de s’entourer d’esprits brillants et prompt à financer des projets de recherche. Les millions de documents rendus publics le 30 janvier par la justice américaine montrent toutefois que ces relations étaient bien plus étroites et systématiques qu’on ne l’imaginait jusqu’alors. « Dossier Epstein : des liens plus profonds avec les scientifiques que ce qu’on pensait », titre la revue Nature, qui a analysé une partie de ces archives.

Les courriels et listes désormais accessibles dévoilent un réseau dense de chercheurs de renommée mondiale. Parmi eux figure Lisa Randall, spécialiste de physique théorique à l’université Harvard, membre du Forum économique mondial. Dans un échange datant de 2010, elle évoque avec Epstein un projet artistique mené à Paris à l’Ircam, tout en plaisantant sur l’assignation à résidence du financier après sa condamnation de 2008. Les documents indiquent également qu’elle s’est rendue sur son île privée des Caraïbes en 2014.

Le nom de Lisa Randall apparaît sur une liste d’une trentaine de scientifiques de haut niveau conservée par Epstein, révélée dans le cadre de l’Epstein Transparency Act. Cette liste comprend des figures majeures de la recherche contemporaine, telles que Murray Gell-Mann,  Eric Lander, ancien conseiller scientifique du gouvernement américain, ou encore les contributeurs de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Daniel Kahneman, Steven Pinker et Stephen W. Hawking. En France, on peut aussi citer le young leader de la Fondation France-Chine, Cédric Villani.

Les documents montrent également une proximité marquée avec certains intellectuels critiques du capitalisme. Le linguiste Noam Chomsky apparaît ainsi « plus fréquemment que Donald Trump » dans les échanges, relève le journal allemand Die Zeit. À ces noms s’ajoutent ceux de grandes figures de la Silicon Valley, parmi lesquelles Elon MuskJeff Bezos, ainsi que Sergey BrinLarry Page et le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Bill Gates.

Tous les chercheurs cités n’ont cependant pas entretenu de relations directes avec Epstein. Le physicien Peter Woit apparaît dans des courriels groupés de l’agent littéraire John Brockman, sans jamais avoir rencontré le financier. Les spécialistes rappellent d’ailleurs que figurer dans les « Epstein Files » n’implique pas en soi une participation à ses crimes. Ces documents éclairent néanmoins la manière dont Epstein s’immisçait dans les travaux qu’il finançait.

Selon Nature, les échanges montrent qu’il discutait régulièrement de science avec le biomathématicien Martin Nowak et la mathématicienne Corina Tarnita, influençant parfois la présentation de leurs recherches, notamment sur « l’évolution commerciale » ou « l’apparition de la vie ». Epstein recevait même certains articles avant leur publication et conseillait leurs auteurs face aux critiques.

Pour Jesse Kass, aujourd’hui professeur à l’université de Californie, cette implication est sans précédent : jamais, selon lui, un donateur privé ne s’était montré aussi engagé dans le contenu même de la recherche scientifique. Il appelle désormais le monde académique à une réflexion approfondie sur les dérives possibles des partenariats avec des mécènes privés.

Les documents révèlent également une facette plus sombre de ces engagements. Dans Scientific American, le physicien Seth Lloyd rappelle qu’Epstein a soutenu certains travaux sérieux, tout en finançant des projets imprégnés d’idées transhumanistes et eugénistes. The Telegraph rapporte son intérêt pour la modification génétique et des conversations aux relents racistes et sexistes, notamment autour de caractéristiques physiques comme la couleur des yeux.

Enfin, CNN indique que Jeffrey Epstein a financé des tests génétiques visant à exploiter son propre ADN à des fins de médecine régénérative. Autant d’éléments qui mettent en lumière les zones grises d’un mécénat scientifique désormais étroitement associé à l’une des affaires criminelles les plus retentissantes de ces dernières décennies.

Sources :

Nature – Dossier Epstein et monde scientifique – https://www.nature.com

Scientific American – Analyses sur les financements d’Epstein – https://www.scientificamerican.com

The Telegraph – Enquête sur Epstein et le transhumanisme – https://www.telegraph.co.uk

CNN – Révélations sur les projets génétiques financés par Epstein – https://www.cnn.com

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