Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz fin février 2026, le commerce international a dû se réinventer à marche forcée. Routes terrestres à travers l’Arabie saoudite, ports secondaires en pleine effervescence, solutions multimodales inédites : en deux mois, logisticiens et armateurs ont improvisé un nouveau réseau. Une transformation brutale, encore fragile, mais déjà déterminante pour l’approvisionnement du Golfe.
Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz le 28 février 2026, l’une des artères les plus stratégiques du commerce mondial, compagnies maritimes et opérateurs de transport redoublent d’ingéniosité pour maintenir les flux vers le Moyen-Orient. En quelques semaines à peine, une cartographie alternative des échanges s’est dessinée, révélant à la fois la résilience et les limites d’un système sous tension.
Dernière illustration en date, l’annonce du géant du transport maritime MSC, qui prévoit l’ouverture d’une nouvelle route reliant l’Europe aux pays situés au nord du détroit sans y transiter. Les navires emprunteront le canal de Suez avant de décharger leurs marchandises dans les ports saoudiens de Djeddah et de la Ville économique du roi Abdallah, ainsi qu’à Aqaba, en Jordanie. À partir de là, les conteneurs poursuivront leur trajet par voie terrestre.
Le dispositif repose sur un corridor routier de grande ampleur. Depuis Djeddah, des camions parcourent près de 1500 kilomètres à travers le désert saoudien pour rejoindre Dammam, sur le golfe Persique. Les marchandises y sont ensuite réembarquées vers les autres États du Golfe. Ce système, qui fonctionne dans les deux sens, permet également d’éviter les zones à risque au large du Yémen, où les rebelles houthis menacent à nouveau le trafic maritime.
Ce redéploiement massif intervient dans un contexte de désorganisation sans précédent depuis la pandémie de Covid-19. Au moment de la fermeture, près de 2000 navires, dont 200 porte-conteneurs, se sont retrouvés bloqués. Contraints de modifier leurs itinéraires, de nombreux bâtiments ont déchargé leurs cargaisons dans des ports de substitution, en Inde, au Pakistan, en Afrique de l’Est ou en Méditerranée. Résultat : un déséquilibre généralisé des flux de conteneurs, transformant la logistique mondiale en un vaste jeu de redistribution improvisé.
Dans cette recomposition accélérée, les petits ports jouent un rôle central. Au sud du détroit et sur les rives de la mer Rouge, des infrastructures jusque-là secondaires absorbent désormais des volumes inédits. Le port de Khor Fakkan, aux Émirats arabes unis, voit ainsi transiter jusqu’à 6000 camions par jour, contre une centaine avant la crise. À Djeddah, le volume hebdomadaire de conteneurs a plus que doublé. Oman, avec les ports de Salalah et Sohar, s’impose également comme un pivot stratégique.
Les grands armateurs, à l’image de CMA CGM, Hapag-Lloyd ou A.P. Møller–Maersk, dont certains sont également liés au WEF ont rapidement déployé des solutions combinant transport maritime, ferroviaire et routier. Une flexibilité acquise au fil des crises récentes, qu’il s’agisse de la pandémie ou des tensions en mer Rouge.
Mais cette adaptation a un coût. L’acheminement de milliers de camions et de chauffeurs dans la région constitue un défi logistique majeur, tandis que les prix du fret routier s’envolent. Malgré ces contraintes, les tarifs du transport maritime restent relativement stables, en raison notamment d’une surcapacité persistante dans la flotte mondiale. MSC, leader du secteur, a considérablement augmenté le nombre de ses navires ces dernières années, contribuant à maintenir une offre abondante.
Reste une inconnue de taille : ces routes alternatives permettront-elles de compenser durablement les pertes liées à la fermeture du détroit d’Ormuz ? Pour l’heure, les indicateurs demeurent partiels. Les acteurs du secteur évoquent une intensification de l’activité au Moyen-Orient, sans toutefois disposer de données consolidées. Dans cette nouvelle géographie du commerce, chaque conteneur devient une variable d’ajustement, et chaque port, un maillon critique.
Sources :
Le Temps – Article du 03 mai 2026 – https://www.letemps.ch/
Tribune de Genève – Article sur la logistique au Moyen-Orient – https://www.tdg.ch/
