Dans l’atmosphère feutrée du Forum économique mondial à Davos, les ovations debout sont rares. Le Premier ministre canadien et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Mark Carney y est pourtant parvenu mardi 20 janvier, à l’issue d’un discours d’une quinzaine de minutes qui a marqué l’une des séquences politiques fortes de cette édition 2026.
Sans jamais citer explicitement les États-Unis ni leur président Donald J. Trump, lui aussi membre du FEM, le dirigeant canadien a dressé un constat sévère : l’ordre international issu des dernières décennies n’est plus en transition, il est selon lui profondément « fracturé ».
« Une réalité brutale » et la fin des illusions
« Je vais être franc : nous sommes en pleine fracture, pas en pleine transition », a affirmé Mark Carney devant un parterre de chefs d’État, de dirigeants économiques et de responsables institutionnels. Pour l’ancien banquier central, le monde est entré dans une phase où « la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte », rompant avec ce qu’il a qualifié de « fiction agréable » de la coopération internationale.
À mots à peine couverts, le Premier ministre canadien a multiplié les allusions au retour de Donald Trump au pouvoir à Washington et à la logique de rapports de force assumée par les grandes puissances.
L’appel des puissances moyennes
Au cœur de son intervention, Mark Carney a lancé un avertissement aux États qu’il qualifie de « puissances moyennes », parmi lesquelles le Canada et plusieurs pays européens.
« Si nous ne sommes pas à la table des discussions, nous sommes au menu », a-t-il martelé, appelant ces nations à agir de concert face aux dynamiques hégémoniques. Selon lui, la tentation de la conciliation et de la soumission dans l’espoir d’obtenir une sécurité illusoire constitue une impasse stratégique.
« L’ancien ordre ne reviendra pas », a-t-il insisté, estimant que ce sont précisément ces puissances intermédiaires qui ont « le plus à perdre dans un monde de forteresses » mais aussi « le plus à gagner d’une véritable coopération ».
Soutien explicite au Groenland et au Danemark
Dans un passage particulièrement remarqué, Mark Carney a exprimé un soutien « ferme » au Groenland et au Danemark, rappelant leur « droit unique » à décider de l’avenir de ce territoire stratégique de l’Arctique.
Une déclaration qui intervient alors que Donald Trump a de nouveau exprimé son intérêt pour cette vaste île, ravivant les inquiétudes de plusieurs alliés occidentaux. Le discours du Premier ministre canadien est également intervenu peu après une nouvelle allusion du président américain à une possible remise en cause de la souveraineté canadienne.
Provocations visuelles et climat de tension
Dans la nuit précédant son discours, Donald Trump a publié sur son réseau Truth Social une série d’images générées par intelligence artificielle le montrant dans le Bureau ovale, face à une carte où le drapeau américain recouvre non seulement les États-Unis, mais aussi le Canada, le Groenland et le Venezuela. Une mise en scène symbolique qui a renforcé le malaise diplomatique perceptible à Davos.
Source : HuffingtonPost