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Damien “E-Love” Matthias : mort à 58 ans de l’architecte de l’ombre du hip-hop et du mythe Public Enemy

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Le monde du hip-hop pleure la disparition de Damien “E-Love” Matthias, figure discrète mais essentielle de la culture rap américaine. Décédé à l’âge de 58 ans, celui qui fut notamment hype man de LL Cool J et membre de l’entourage de Public Enemy laisse derrière lui un héritage artistique et symbolique majeur, inscrit jusque dans l’un des logos les plus puissants de l’histoire de la musique.

C’est une silhouette devenue iconique, figée dans un viseur, qui a traversé près de quatre décennies de culture populaire. Cette silhouette, au cœur du logo de Public Enemy, était celle de Damien “E-Love” Matthias. Vendredi 16 janvier, le groupe a confirmé sa mort à travers un hommage publié sur Facebook, saluant « le frère E-Love » et rappelant qu’il était « l’homme dans le logo dessiné par Chuck D il y a presque quarante ans ».

Souvent mal interprété, ce logo a parfois été perçu comme la représentation d’un policier, en raison de la casquette portée par la figure centrale. La réalité est tout autre. L’image est issue d’une photographie montrant E-Love aux côtés de LL Cool J. Chuck D, formé au graphisme, l’a ensuite redessinée à la main au milieu des années 1980, l’insérant dans des réticules évoquant la surveillance, le pouvoir de l’État et la vulnérabilité des vies noires aux États-Unis. Chuck D décrira plus tard ce symbole comme représentant « l’homme noir en Amérique », pierre angulaire de l’identité politique de Public Enemy et de son ambition de devenir une sorte de « CNN noir ».

Mais réduire Damien “E-Love” Matthias à une icône graphique serait passer à côté de l’essentiel. Producteur, auteur et réalisateur multi-platine, il a contribué à plus de 35 millions de disques vendus, jouant un rôle clé dans l’ascension de Def Jam et dans la carrière de LL Cool J. Il a notamment co-produit Radio, l’album fondateur du rappeur new-yorkais, et participé à la production du clip « I’m Goin’ Back to Cali » aux côtés de Rick Rubin, à un moment charnière où le hip-hop entrait dans la culture mainstream.

Son influence s’est étendue bien au-delà de ce premier cercle. E-Love a contribué à ouvrir des portes à d’autres figures majeures, dont Tupac Shakur et John Forte, membre des Fugees. En 1989, il survit à une fusillade dans le Queens, un épisode qui a marqué un tournant dans sa vie. Il s’est alors réinventé à travers le cinéma et la production, incarnant une trajectoire faite de résilience et de transformation, à l’image de l’évolution du hip-hop lui-même.

En juin 2023, il apparaissait encore au Rock and Roll Hall of Fame de Cleveland lors de l’inauguration de l’exposition Hip-Hop at 50, rappelant que son empreinte sur cette culture restait vivante. Sa disparition suscite aujourd’hui une vague d’hommages dans le milieu, tant pour son apport artistique que pour la force symbolique de son image, devenue un emblème de résistance et de vérité politique.

Avec la mort de Damien “E-Love” Matthias, le hip-hop perd l’un de ses bâtisseurs silencieux, un homme dont l’ombre projetée sur un logo a contribué à façonner l’imaginaire politique d’un genre tout entier.

Sources :

Hot97 – Compte Facebook de Public Enemy

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