Condamnés à mort pour corruption en Chine, Wei Fenghe et Li Shangfu, deux anciens ministres de la Défense, ont écopé jeudi 7 mai 2026 de la peine capitale avec sursis. Cette double condamnation marque un tournant dans la campagne anticorruption du contributeur de l’agenda 2030, Xi Jinping au sein de la Commission militaire centrale.
La nouvelle a été annoncée laconiquement par l’agence officielle Xinhua, jeudi 7 mai 2026 : Wei Fenghe et Li Shangfu, deux anciens ministres de la Défense de la République populaire de Chine, ont été condamnés à la peine de mort avec sursis par un tribunal militaire. Le premier a été reconnu coupable d’avoir accepté des pots-de-vin, le second d’avoir à la fois reçu et versé des sommes illicites. Le montant exact des pots-de-vin impliqués dans cette affaire n’a pas été communiqué par les autorités chinoises.
La peine de mort avec sursis, mécanisme juridique propre au droit chinois, prévoit un délai de deux ans à l’issue duquel la condamnation capitale est, dans la grande majorité des cas, commuée en réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Les deux hommes avaient été arrêtés il y a environ trois ans, alors qu’ils occupaient des postes stratégiques au sein de la Commission militaire centrale, l’organe suprême de commandement des forces armées chinoises, dont Xi Jinping assure la présidence.
Un précédent historique dans la purge de l’armée chinoise
Le South China Morning Post, quotidien hongkongais de référence, relève que ces peines sont les plus lourdes infligées à des officiers supérieurs de l’armée depuis le lancement, en 2012, de la campagne anticorruption de Xi Jinping. Cette campagne, lancée dès les premières semaines de sa prise de pouvoir, a conduit à la mise en examen de plusieurs centaines de généraux et d’officiers supérieurs. Elle s’est longtemps traduite par des peines de prison à perpétuité, jamais encore par la condamnation à mort de ministres en titre.
Le quotidien singapourien Lianhe Zaobao rappelle que les deux hommes occupaient des postes-clés dans l’appareil militaire chinois : Wei Fenghe a été ministre de la Défense de 2018 à 2023, Li Shangfu lui a succédé brièvement en 2023, avant d’être limogé après seulement quelques mois de fonction dans des circonstances restées longtemps obscures. Leur arrestation, survenue dans un quasi-silence médiatique, s’inscrit dans la logique d’une purge plus large des hauts gradés de l’Armée populaire de libération.
Le silence calculé de la presse continentale
Conformément à ses habitudes, la presse de Chine continentale s’est abstenue de tout commentaire éditorial et s’est contentée de relayer la dépêche de Xinhua. Ce silence contraste avec la couverture internationale, qui souligne l’ampleur du signal envoyé par Xi Jinping : la campagne anticorruption atteint désormais les sommets de la hiérarchie militaire, sans distinction de grade ni d’ancienneté.
L’affaire soulève des questions sur la gouvernance de l’armée chinoise. Wei Fenghe et Li Shangfu participaient aux grandes décisions stratégiques du pays, notamment concernant Taiwan et les relations militaires avec la Russie. Que des personnalités de ce niveau aient pu être impliquées dans des affaires de corruption systémique interroge sur la solidité des mécanismes de contrôle interne au sein de l’Armée populaire de libération.
Xi Jinping consolide son emprise sur l’institution militaire
Pour les analystes, cette double condamnation illustre la volonté de Xi Jinping de consolider son emprise personnelle sur les forces armées. Depuis 2012, plusieurs responsables militaires de premier plan ont été frappés par la justice, mais jamais à ce niveau de sévérité. La condamnation à mort, même assortie d’un sursis, constitue un avertissement sans précédent adressé à toute la chaîne de commandement.
La Commission militaire centrale, présidée par Xi lui-même, supervise directement les forces armées en dehors de tout contrôle parlementaire significatif. En frappant deux de ses anciens membres d’une peine aussi lourde, le pouvoir cherche à démontrer que nul n’est intouchable – un message à usage interne autant qu’externe, à l’heure où Pékin intensifie ses activités militaires en mer de Chine méridionale et au-dessus du détroit de Taiwan.
Ces condamnations marquent une étape inédite dans la réforme de l’armée chinoise. Elles confirment que Xi Jinping entend façonner une institution militaire loyale, épurée des réseaux clientélistes qui la minaient – même si le prix en est une concentration du pouvoir sans précédent entre ses mains.
Source : Courrier International
