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Photo : @Foreign Commonwealth / Flickr

Chine : en Allemagne, les signes s’accumulent en faveur d’une Europe plus ferme face à Pékin

Longtemps considérée comme le principal défenseur d’une relation pragmatique avec Pékin, l’Allemagne semble progressivement revoir sa position. Entre inquiétudes industrielles, déficit commercial croissant et montée des tensions géopolitiques, plusieurs signaux indiquent qu’une partie croissante des responsables allemands se rapproche désormais des thèses défendues par Bruxelles et plusieurs capitales européennes. Une évolution qui pourrait peser lourd sur la future stratégie de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine.

Pendant des décennies, la relation entre l’Allemagne et la Chine a constitué l’un des piliers de la mondialisation européenne. Les grands groupes allemands, de l’automobile à la chimie en passant par les machines-outils, ont largement profité de l’ouverture du marché chinois. Pékin est ainsi devenu un partenaire commercial incontournable pour Berlin, au point que la diplomatie économique allemande a longtemps privilégié le dialogue et la coopération plutôt que la confrontation.

Mais depuis plusieurs années, ce modèle est remis en question. La pandémie de Covid-19, les tensions commerciales internationales, la guerre en Ukraine et la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine ont profondément modifié les équilibres géopolitiques. Dès juillet 2023, le gouvernement allemand dirigé par Olaf Scholz avait adopté une « stratégie chinoise » appelant les entreprises à réduire certaines dépendances stratégiques et à diversifier leurs approvisionnements. À l’époque déjà, les pressions se multipliaient pour que Berlin adopte une ligne plus ferme face à Pékin.

Deux ans plus tard, ces interrogations n’ont pas disparu. Elles semblent même s’intensifier.

L’un des principaux facteurs de cette évolution est d’ordre économique. L’industrie allemande, qui voyait autrefois la Chine comme un immense marché de croissance, se retrouve désormais confrontée à une concurrence directe de plus en plus agressive. Les constructeurs automobiles chinois gagnent rapidement des parts de marché, y compris en Europe, tandis que les secteurs des batteries, des panneaux solaires, de la chimie ou encore des équipements industriels subissent la montée en puissance des entreprises soutenues par l’État chinois.

Cette inquiétude est renforcée par l’aggravation du déficit commercial allemand avec la Chine. Selon plusieurs analyses publiées au printemps 2026, les importations allemandes en provenance de Chine continuent d’augmenter alors que les exportations vers le marché chinois reculent. Les observateurs soulignent également que les surcapacités industrielles chinoises poussent Pékin à exporter massivement des produits à bas prix vers l’Europe, créant une pression croissante sur les industriels européens.

Cette question des surcapacités est devenue centrale dans le débat européen. Le 7 juin 2026, Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE), a ainsi estimé que « l’ère de la naïveté est révolue » et appelé l’Union européenne à ouvrir un nouveau chapitre dans sa relation avec la Chine afin de mieux protéger son industrie. Ses déclarations illustrent le durcissement progressif du discours de nombreux responsables politiques européens.

Pour comprendre l’importance de cette évolution, il faut rappeler que l’Allemagne a longtemps constitué le principal frein à toute politique européenne trop offensive envers Pékin. Son économie reste fortement liée au marché chinois et plusieurs grandes entreprises continuent de défendre une approche basée sur le dialogue commercial. Le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz a d’ailleurs envoyé des signaux parfois contradictoires. Lors de son déplacement officiel en Chine du 25 au 27 février 2026, il était accompagné d’une importante délégation de dirigeants d’entreprises allemandes. Berlin et Pékin ont alors affiché leur volonté de renforcer leur partenariat stratégique et de maintenir des relations économiques étroites.

Quelques semaines plus tard, le 26 mars 2026, Friedrich Merz a même évoqué la possibilité, à long terme, d’un accord commercial entre l’Union européenne et la Chine. Une proposition immédiatement refroidie par la Commission européenne, qui a rappelé que Pékin devait d’abord répondre aux préoccupations européennes concernant les distorsions de concurrence et les pratiques jugées déloyales.

Cependant, derrière cette volonté affichée de préserver le dialogue économique, plusieurs indicateurs montrent qu’une partie croissante de l’establishment allemand partage désormais les inquiétudes de Bruxelles. En mai 2026, plusieurs grands États membres de l’Union européenne, dont la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et la Lituanie, ont appelé à renforcer les mesures européennes contre les surcapacités industrielles chinoises. Si Berlin n’a pas officiellement rejoint cette initiative, le débat s’est considérablement intensifié en Allemagne autour des risques de dépendance économique vis-à-vis de Pékin.

Parallèlement, la Commission européenne semble elle-même évoluer vers une approche plus offensive. Plusieurs responsables européens considèrent désormais que la relation économique actuelle avec la Chine n’est plus soutenable. Bruxelles étudie différents instruments commerciaux et réglementaires afin de mieux protéger les secteurs industriels stratégiques européens. Au sein des institutions européennes, les partisans d’une ligne dure gagnent progressivement du terrain.

Cette dynamique est également alimentée par les préoccupations géopolitiques. Le soutien de Pékin à Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine, les tensions autour de Taïwan ainsi que les enjeux liés aux matières premières critiques poussent de nombreux responsables européens à considérer la Chine non seulement comme un partenaire commercial, mais aussi comme un concurrent stratégique.

Selon plusieurs analystes européens, l’époque où l’Allemagne pouvait séparer totalement intérêts économiques et considérations géopolitiques touche progressivement à sa fin. Même si Berlin reste plus prudent que Paris ou Bruxelles, les lignes bougent. L’idée selon laquelle l’Union européenne doit mieux défendre son industrie, réduire certaines dépendances stratégiques et se préparer à répondre plus fermement aux pratiques économiques chinoises gagne du terrain jusque dans les cercles traditionnellement favorables à la coopération avec Pékin.

À court terme, aucun basculement radical n’est attendu. L’économie allemande demeure étroitement liée à la Chine et de nombreuses entreprises continuent de miser sur ce marché. Mais la multiplication des signaux envoyés depuis Berlin, Bruxelles et plusieurs capitales européennes suggère qu’un changement d’époque est en cours. Pour la première puissance économique de l’Union européenne, la relation avec Pékin n’est plus seulement une opportunité commerciale : elle devient désormais une question de souveraineté industrielle et de sécurité économique.

Sources :

  • Euronews – Accord commercial UE-Chine : Bruxelles rejette l’idée de Friedrich Merz (26 mars 2026) – Euronews
  • Euronews – Germany resists EU members’ push for a tougher stance on China (26 mai 2026) – Euronews
  • Euronews – Is Europe finally waking up to China? (29 mai 2026) – Euronews
  • Euronews – L’UE doit agir avant que la Chine ne paralyse l’industrie européenne, avertit le chef du PPE (7 juin 2026) – Euronews
  • Le Monde – Dans l’industrie allemande, le rapport à la Chine est à un point de bascule (14 avril 2024) – Le Monde
  • Council on Foreign Relations – China in Europe: February 2026 (4 mars 2026) – Council on Foreign Relations
  • Ministère fédéral allemand des Affaires étrangères – Friedrich Merz en Chine : Berlin et Pékin veulent renforcer leur partenariat stratégique (27 février 2026) – Ministère fédéral allemand des Affaires étrangères

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