Bruce Springsteen signe un retour musical aussi rapide que politique. Avec Streets of Minneapolis, dévoilée fin janvier, le rockeur américain rend hommage à deux personnes tuées par des agents fédéraux à Minneapolis et dénonce la politique migratoire de Donald Trump. Une prise de position frontale, dans la lignée d’un engagement artistique constant depuis plus d’un demi-siècle.
La colère est brute, la réaction immédiate. Mercredi 28 janvier 2026, Bruce Springsteen a dévoilé Streets of Minneapolis, une chanson écrite, enregistrée et publiée en quelques jours, en réaction à la mort de deux citoyens américains tués par des agents fédéraux dans la ville du Minnesota. Fidèle à son image de conscience critique de l’Amérique populaire, le chanteur s’attaque sans détour à la politique anti-immigration de Donald Trump.
Sur ses réseaux sociaux, Springsteen explique avoir composé le morceau « en réponse à la terreur d’État qui s’est abattue sur la ville de Minneapolis ». La métropole est devenue l’épicentre de nouvelles tensions après la mort d’Alex Pretti, 37 ans, abattu par des agents de la police aux frontières américaine, la Customs and Border Protection, quelques semaines seulement après le décès de Renee Good, mère de famille du même âge, tuée par des agents de la police de l’immigration, l’Immigration and Customs Enforcement.
Les paroles de Streets of Minneapolis ne laissent place à aucune ambiguïté. « Les voyous fédéraux de Trump l’ont roué de coups / Dans le visage et à la poitrine / Ensuite nous entendons les coups de feu / Et Alex Pretti gît dans la neige, mort », chante Springsteen, dans un texte à la fois narratif et accusateur. Le morceau est explicitement dédié « aux habitants de Minneapolis, à nos voisins immigrés innocents et à la mémoire » des deux victimes.
Cette chanson s’inscrit dans une tradition bien établie chez l’artiste. Depuis les années 1970, Bruce Springsteen chronique l’Amérique des laissés-pour-compte, des ouvriers et des marges, dénonçant les injustices sociales et raciales. Streets of Minneapolis fait écho à l’un de ses titres les plus emblématiques, Streets of Philadelphia, auquel il renvoie directement dans le refrain : « Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts dans les rues de Minneapolis ». La filiation est assumée, tant sur le plan musical que symbolique.
La charge politique n’est pas nouvelle. Lors de la campagne présidentielle de 2024, Springsteen avait déjà accusé Donald Trump de ne « pas comprendre ce pays, son histoire et ce que cela signifie d’être vraiment Américain ». De son côté, le président républicain n’a jamais caché son hostilité envers le musicien, qu’il a qualifié à plusieurs reprises d’artiste « surcoté ».
Avec ce nouveau titre, Bruce Springsteen démontre une nouvelle fois sa capacité à transformer l’actualité brûlante en matière artistique. Là où d’autres choisissent la distance ou le silence, lui privilégie l’urgence et la frontalité. Streets of Minneapolis ne se contente pas de commémorer des morts : la chanson accuse, nomme et inscrit ces violences dans une critique globale de l’État fédéral et de sa politique migratoire.
À 76 ans, le Boss continue ainsi d’occuper une place singulière dans le paysage culturel américain. Plus qu’un chanteur, il reste une voix politique majeure, capable de faire résonner les fractures du pays à travers une guitare, quelques accords sombres et des paroles qui, une fois encore, divisent autant qu’elles mobilisent.
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