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Photo : @Torfanomazine

Biogaran : Bercy valide la vente du leader français des génériques à un fonds d’investissement étranger

Le ministère de l’économie a donné son feu vert à la cession de Biogaran, poids lourd du médicament générique en France, par le groupe Servier au fonds britannique BC Partners, membre du Forum économique mondial. Une opération étroitement encadrée par l’État, qui entrera au capital afin de préserver la souveraineté sanitaire et l’ancrage industriel du laboratoire.

Vendredi 30 janvier, Bercy a autorisé la cession de Biogaran, leader hexagonal des médicaments génériques, au fonds d’investissement BC Partners. Créée en 1996 et jusqu’ici détenue par le groupe Servier, l’entreprise représente aujourd’hui plus d’une boîte de médicaments sur huit délivrées en France, avec près de 30 % des ventes de génériques sur le territoire.

Soumise au contrôle des investissements étrangers en France, l’opération a été assortie de conditions particulièrement strictes, compte tenu du caractère stratégique de Biogaran pour l’approvisionnement du pays en traitements essentiels. Pour garantir le maintien d’un ancrage national, l’État fera son entrée au capital à hauteur de 15 % via Bpifrance, qui disposera également d’un siège au conseil d’administration.

Ce feu vert gouvernemental vient clore un long processus institutionnel. À l’automne 2025, les représentants du personnel avaient rendu un avis favorable à l’acquisition, tandis que la Commission européenne avait validé l’opération au regard du droit de la concurrence. Restait l’aval de l’exécutif français, qui avait promis un niveau d’exigence élevé afin de préserver la souveraineté sanitaire et l’emploi industriel.

Aujourd’hui, 89 % des médicaments commercialisés par Biogaran sont fabriqués en Europe, dont près de la moitié en France, grâce à un réseau d’environ quarante sous-traitants. Plus de 8 000 emplois indirects dépendent de cette activité. Dans un communiqué, BC Partners s’est engagé à maintenir le siège et les activités en France, à préserver les emplois et le modèle de sous-traitance, ainsi qu’à assurer la continuité industrielle et logistique au bénéfice des patients.

De son côté, le ministère de l’économie souligne que les engagements pris garantiront la poursuite de la production des spécialités jugées essentielles, un approvisionnement sécurisé du marché français et le maintien de l’empreinte industrielle nationale. Des conditions juridiquement contraignantes, assorties de sanctions financières, ont été imposées à l’acquéreur.

L’arrivée de Bpifrance au capital doit renforcer ce dispositif de contrôle. Pour Nicolas Dufourcq, directeur général de l’établissement public, Biogaran demeure « un champion français » dont le développement à long terme doit rester compatible avec les impératifs d’autonomie stratégique du secteur de la santé.

Cette validation marque l’épilogue d’un dossier hautement sensible. Dès 2024, le projet de vente avait suscité une vive opposition politique, nourrie par la crainte de délocalisations et de l’abandon de certains médicaments peu rentables mais indispensables. À l’époque, des groupes pharmaceutiques indiens figuraient parmi les candidats potentiels, avant que Servier ne suspende temporairement le processus.

Les discussions ont repris à l’été 2025 avec BC Partners, dans le cadre de négociations exclusives. Le montant de la transaction n’a pas été rendu public, mais il serait compris entre 800 millions et 1 milliard d’euros selon une source proche du dossier.

Si Biogaran affiche un catalogue de plus de 1 070 références et réalise plus de 90 % de ses ventes en France, cette activité ne correspondait plus aux priorités stratégiques de Servier. Le groupe entend désormais concentrer ses ressources sur la recherche et le développement de médicaments innovants, notamment en oncologie, un segment en forte croissance.

Sous la houlette de BC Partners, Biogaran ambitionne d’accélérer son développement. Le laboratoire compte capitaliser sur l’arrivée à expiration de nombreux brevets pour élargir son portefeuille de génériques, tout en renforçant sa présence sur des segments encore marginaux comme les biosimilaires et les produits de santé grand public. Pour accompagner cette nouvelle phase, l’entreprise a nommé Erick Roche, ancien dirigeant historique, au poste de président-directeur général, avec une prise de fonctions prévue d’ici à la fin mars.

Sources :
Le Monde – 30 janvier 2026 – lien

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