C’est une apparition exceptionnelle qui a captivé les passionnés d’aviation et les spécialistes des questions stratégiques. Le Boeing 747 E-4B Nightwatch, surnommé l’« avion de l’apocalypse », a été filmé en vol et au sol à l’aéroport de Los Angeles, une première en plus d’un demi-siècle d’existence pour ce véritable centre de commandement nucléaire volant des États-Unis.
Ce n’est ni Air Force One, ni un appareil militaire ordinaire. Le Boeing E-4B Nightwatch est l’un des avions les plus secrets et les plus redoutés de la planète. Développé durant la guerre froide, il est conçu pour permettre aux États-Unis de diriger une guerre nucléaire depuis le ciel si Washington venait à être détruite. Sa présence à l’aéroport international de Los Angeles, filmée jeudi 8 janvier par la chaîne Airline Videos, constitue un événement d’une extrême rareté.
En plus de cinquante ans de service, jamais un E-4B n’avait été observé à LAX. De manière générale, les sorties publiques de cet appareil sont exceptionnelles et toujours scrutées avec attention, tant elles symbolisent un contexte de fortes tensions géopolitiques. Aucun président américain n’a, à ce jour, eu à utiliser ce « Pentagone volant » dans le cadre d’une crise majeure.
L’appareil était venu déposer le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, récemment aperçu aux côtés du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald J. Trump lors de l’opération des forces spéciales au Venezuela ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro. À Los Angeles, Pete Hegseth participait à une cérémonie d’assermentation de nouvelles recrues militaires. Un déplacement qui aurait pu être effectué à bord d’un avion classique, mais qui a, au contraire, mobilisé l’un des aéronefs les plus coûteux et symboliques de l’arsenal américain.
Le choix n’est pas anodin. Le coût d’exploitation du E-4B est estimé à environ 372 000 dollars par heure de vol, contre quelque 42 000 dollars pour un appareil gouvernemental plus conventionnel. Chaque sortie est donc soigneusement pesée et rarement justifiée par de simples impératifs logistiques.
Surnommé « Doomsday Plane », le Boeing 747 E-4B Nightwatch est conçu pour survivre à l’impensable. Protégé contre les impulsions électromagnétiques générées par une explosion nucléaire, il peut rester plusieurs jours en vol grâce au ravitaillement aérien. Il embarque un état-major complet capable de diriger les forces stratégiques américaines, y compris la dissuasion nucléaire.
Parmi ses équipements les plus spectaculaires figure une antenne filaire de près de huit kilomètres, que l’avion peut dérouler jusqu’au sol. Ce câble permet de transmettre des ordres sur des fréquences extrêmement basses, capables d’atteindre des sous-marins nucléaires en plongée et de couvrir une portée équivalente à deux fois et demie le tour de la Terre. Un système si sensible qu’il n’a été testé qu’une douzaine de fois depuis 2004.
Le programme E-4 remonte au début des années 1970. Le premier vol de l’appareil a eu lieu le 13 juin 1973, avant son entrée en service l’année suivante. Habituellement basés à Offutt Air Force Base, dans le Nebraska, les quatre exemplaires existants opèrent presque exclusivement depuis des installations militaires et utilisent des indicatifs radio changeants, comme ORDER01, ORDER66 ou encore TITAN25, afin de brouiller leur traçabilité.
Ce programme historique est désormais appelé à disparaître. En 2025, l’entreprise Sierra Nevada Corporation a remporté un appel d’offres pour remplacer les E-4B par quatre Boeing 747-8i profondément modifiés. Ces appareils, issus de la flotte de Korean Air, ont été entièrement désossés afin d’y intégrer des systèmes de commandement de nouvelle génération. Leur entrée en service est prévue à l’horizon 2036, pour un coût total estimé à 13 milliards de dollars.
L’apparition du E-4B Nightwatch à Los Angeles, aussi brève soit-elle, n’a rien d’anodin, rappelant l’existence d’un outil stratégique conçu pour les scénarios les plus extrêmes. Un symbole silencieux de la doctrine américaine de continuité du pouvoir, rarement visible, et dont chaque apparition publique alimente inévitablement les interrogations sur l’état du monde.
Sources :
Presse-citron – AFP