Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des Armées françaises, a exprimé jeudi 9 avril 2026 ses préoccupations devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale. Dans le cadre de l’actualisation de la loi de programmation militaire, il a agité l’épouvantail d’une “guerre ouverte” avec la Russie et présenté des projections alarmantes sur le réarmement russe à l’horizon 2030.
Lors de son audition devant les députés de la commission de la Défense, le général Fabien Mandon n’a pas usé de circonvolutions. “La permanence d’une menace russe sur notre continent, avec une guerre ouverte (…) reste ma préoccupation première en termes de préparation des armées”, a-t-il déclaré. Il avait déjà mis en garde contre le risque d’un “choc dans trois, quatre ans” lors de précédentes interventions publiques. Cette prise de parole s’inscrit dans le cadre de l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), dont l’objectif est de renforcer le budget de la défense d’ici 2030. Le projet de loi correspondant a été présenté la veille en Conseil des ministres.
Les chiffres du réarmement russe à l’horizon 2030
Pour appuyer ses propos, le chef d’état-major a fourni des données précises issues du renseignement militaire français. La Russie représentait 1,3 million de soldats en 2025 ; ce chiffre devrait atteindre 1,9 million en 2030. Le nombre de chars lourds russes passerait de 4 000 à 7 000 sur la même période. La marine de combat russe maintiendrait quant à elle un format de 230 à 240 navires. “C’est quelque chose qui n’est absolument pas dogmatique, c’est quelque chose de renseigné”, a insisté Fabien Mandon, signifiant que ces projections ne relèvent pas de l’hypothèse mais d’une estimation fondée sur des sources de renseignement. Face à cette montée en puissance, la France considère que les moyens actuels de sa défense sont insuffisants.
36 milliards d’euros supplémentaires pour les Armées
L’actualisation de la LPM prévoit une enveloppe de 36 milliards d’euros supplémentaires pour les forces armées françaises, en plus des 413 milliards déjà alloués pour la période 2024-2030. Le général Mandon a justifié cet effort par une multiplicité de menaces : la menace russe en Europe, “la menace terroriste qui reste forte au Proche et Moyen-Orient, en Asie et aussi sur le continent africain”, ainsi que le “recours désinhibé à la force” constaté dans plusieurs zones de conflit. Cette loi de programmation militaire est “déterminante pour la défense de nos concitoyens, la défense de notre pays, la défense de nos intérêts”, a-t-il conclu devant les députés.
L’avertissement américain : “renforcez-vous”
Le chef d’état-major a également rappelé un avertissement dont les alliés américains font part aux Européens depuis plusieurs mois : “Les priorités des États-Unis ne sont pas les mêmes priorités que celles de notre pays ou que celles de notre continent et ils nous alertent depuis des mois en nous disant ‘renforcez-vous, nous ne pourrons peut-être pas couvrir vos besoins le jour où vous en aurez besoin’.” Un message qui résonne avec la posture actuelle de Washington, moins engagé dans la sécurité collective européenne. “Il ne faut pas susciter de l’inquiétude, mais juste de l’éveil”, conclut le général Mandon – tout en portant un message qui, lui, laisse peu de place à la sérénité.
Source : TF1 Info