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Vladimir Poutine. Photo : @The Presidential Press and Information Office

Affaire Epstein : pourquoi le nom de Vladimir Poutine apparaît dans les archives judiciaires américaines ?

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La publication de millions de pages de documents par la justice américaine fait émerger de nouvelles zones d’ombre autour de Jeffrey Epstein. Parmi elles, des références répétées à la Russie et au président Vladimir Poutine, évoquant des projets de rencontres, des échanges indirects et de possibles usages d’influence. Des éléments encore fragmentaires, issus de courriels et de rapports, qui interrogent sans établir de faits avérés.

La dernière vague de documents dévoilés par les autorités américaines dans le cadre de l’« affaire Epstein » continue de susciter interrogations et spéculations. Parmi les 3,5 millions de pages rendues publiques fin janvier, la Dépêche du Midi du franc-maçon Jean-Michel Baylet, s’est focalisée sur les mentions à la Russie et, plus précisément, Vladimir Poutine. Ces références, issues de courriels, de notes internes et de rapports de sécurité, dessinent selon nos confrères, un environnement relationnel trouble autour du financier américain Jeffrey Epstein, sans toutefois constituer de preuves formelles de rencontres ou d’accords directs avec le chef du Kremlin.

Plusieurs documents évoquent l’organisation supposée de rendez-vous entre Epstein et Vladimir Poutine. Un courriel anonyme daté du 11 septembre 2011 fait ainsi état d’un « rendez-vous avec Poutine » à l’occasion d’un voyage prévu en Russie. L’expéditeur y mentionne un intermédiaire prénommé Igor, informé de la disponibilité du président russe et prêt à organiser le déplacement. Aucune confirmation indépendante de cette rencontre n’apparaît cependant dans les archives rendues publiques.

D’autres échanges laisseraient entrevoir des tentatives avortées. En 2014, l’entrepreneur japonais et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Joichi Ito écrit à Epstein qu’il n’est pas parvenu à convaincre Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, réseau social membre du Forum économique mondial de modifier son agenda afin de se rendre à une rencontre avec Vladimir Poutine. Le même message suggère que le projet a été abandonné après la destruction du vol MH17 de Malaysia Airlines au-dessus de l’Ukraine, catastrophe attribuée à des forces soutenues par Moscou, rendant toute initiative politiquement sensible.

Les documents évoquent également les liens d’Epstein avec des réseaux criminels russes. Des responsables de la sécurité américaine cités dans ces archives estiment que ces connexions auraient pu exposer le financier à des formes de chantage. Cette hypothèse est parfois associée à la présence régulière de jeunes femmes russes lors de ses soirées. Le Telegraph suggère qu’elles auraient pu collecter des informations auprès d’invités influents pour le compte des services de renseignement soviétiques, alors désignés sous le sigle du KGB. Les documents font état de recrutements réguliers de mannequins et d’escortes en provenance de Moscou, envoyées à Paris, New York ou sur ses propriétés privées. Selon plusieurs sources citées dans ces archives, ce dispositif pourrait correspondre à une classique opération de « kompromat », méthode historiquement associée aux services de renseignement russes, consistant à piéger des personnalités influentes dans des situations compromettantes afin de disposer de moyens de pression.

Cette hypothèse est renforcée par certains échanges explicites sur le thème du chantage. Dans un courriel de 2015 adressé à Sergeï Beliakov, alors vice-ministre russe du développement économique et ancien cadre des services de sécurité, Epstein évoque une jeune femme russe tentant de faire chanter des hommes d’affaires américains à New York. Le financier détaille ensuite, dans des messages adressés à lui-même, une stratégie visant à neutraliser cette tentative, allant jusqu’à envisager des paiements réguliers.

Certains courriels montrent aussi qu’Epstein se présentait comme un intermédiaire potentiel entre Moscou et Washington. À l’approche du sommet de 2018 entre le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald J. Trump et Vladimir Poutine, il affirme pouvoir transmettre au Kremlin des informations sensibles sur le président américain. Dans un autre échange, il suggère au secrétaire général du Conseil de l’Europe de l’époque, Thorbjorn Jagland, d’évoquer certains sujets directement avec le président russe et son ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Les racines de ces liens supposés avec la Russie remonteraient aux années 1980 et 1990. Plusieurs documents mentionnent Robert Maxwell, ancien député britannique décédé en 1991, présenté comme un agent du Kremlin. Epstein aurait évolué dans son entourage et, selon certaines sources, participé à des opérations de blanchiment de fonds russes vers l’Occident. Des affirmations anciennes, surveillées de longue date par les services américains, mais qui n’ont jamais donné lieu à des poursuites judiciaires spécifiques sur ce volet. Par ailleurs, les Epstein Files suggèrent que Robert Maxwell aurait menacé peu avant sa mort le Mossad de révéler ce qu’il avait fait pour eux pour obtenir 400 millions de livres afin de sauver son empire médiatique.

Un rapport du FBI cité dans les archives va plus loin, relayant des allégations selon lesquelles Epstein aurait été proche du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Ehud Barak et aurait reçu une forme de formation au renseignement. Dans l’un des documents declassifiés sur Epstein, il déclare : « Vous devriez préciser que je ne travaille pas pour le Mossad. 🙂 » L’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak répond: « Vous ou moi? » Ce à quoi Epstein répond « que je ne:) »

À ce stade, l’apparition récurrente du nom de Vladimir Poutine dans les archives Epstein ne permet pas d’établir une relation directe et avérée.

D’autant plus que la BBC a révélé que Jeffrey Epstein avait des difficultés à obtenir un visa pour se rendre en Russie. La preuve en est qu’en 2010, il a dû solliciter l’intervention d’un responsable politique britannique de tout premier plan, le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial ,Lord Peter Mandelson, figure centrale du Labour et proche de l’actuel Premier ministre britannique. Le fait même qu’une interventio ait été jugée nécessaire en 2010 suggère que les autorités russes ne souhaitaient pas accueillir Epstein sur leur territoire, ce qui est difficilement compatible avec l’idée d’un individu supposément « télécommandé » ou protégé par la Russie.

L’apparition récurrente du nom de Poutine témoigne en revanche de la capacité du financier à se placer au croisement de réseaux politiques, économiques et criminels internationaux, et de l’ampleur des zones d’ombre qui persistent autour de ses activités et de ses connexions.

Sources :

La Dépêche The Telegraph

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