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Jeffrey Epstein. Image : Capture d'écran chaine Youtube de Steve Banon.

Affaire Epstein : l’interview glaçante de Jeffrey Epstein par Steve Bannon refait surface

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La déclassification massive des dossiers Epstein continue de livrer des révélations dérangeantes. Parmi elles, une interview de deux heures accordée par Jeffrey Epstein à Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, met en lumière les justifications morales et les aveux troublants du financier. Un échange rare, qui éclaire d’un jour cru la personnalité et le discours d’un homme au cœur d’un des plus grands scandales criminels contemporains.

L’examen minutieux des documents rendus publics vendredi par le ministère américain de la Justice continue de révéler des pièces jusqu’alors inconnues du grand public. Parmi elles figure une longue interview de Jeffrey Epstein, accordée en 2018 à Steve Bannon, ancien conseiller du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial Donald J. Trump. D’une durée de près de deux heures, cet échange, rendu public dans le cadre des dossiers Epstein, offre un aperçu troublant de la manière dont le financier percevait ses actes et sa propre responsabilité.

L’interview met en scène Jeffrey Epstein commentant la crise financière de 2008 depuis sa cellule de prison, au moment même de la faillite de Lehman Brothers. Coupé de l’information, il dit avoir appris l’effondrement du système par un gardien inquiet pour sa retraite, tout en utilisant ses appels autorisés pour contacter des figures de Wall Street.

Epstein développe ensuite une vision très critique des dirigeants mondiaux, qu’il juge largement incompétents en matière économique. Concernant les causes de la crise, il rejette la responsabilité sur le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Bill Clinton. Il accuse ses politiques d’accession à la propriété d’avoir politisé le crédit, contraignant les banques à accorder des prêts risqués garantis implicitement par l’État, ce qui aurait favorisé l’accumulation de dettes toxiques.

Epstein réfute le fait que la Commission Trilatérale une organisation privée créée en 1973 à l’initiative des principaux dirigeants du groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations, parmi lesquels David Rockefeller, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski soit dirigée par « les Illuminati » ou « les gens qui dirigeaient le monde ». Il contraste cette vision avec l’explication que lui a donnée David Rockefeller. Selon ce dernier, la commission n’avait rien de mystique : elle visait à créer de la stabilité. Rockefeller estimait que les politiciens ne restaient au pouvoir que quatre ou huit ans, tandis que les hommes d’affaires restaient en place beaucoup plus longtemps et pouvaient assurer une continuité entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie.

Enfin, Epstein se tourne vers une vision plus mystique du monde, parlant de l’âme comme d’une « matière noire » de l’esprit humain et affirmant que la conscience et la vie restent hors de portée de la science. Il avance aussi l’idée d’une intelligence intuitive, qu’il attribue davantage aux femmes qu’aux homme

La discussion prend un tour particulièrement dérangeant dans sa dernière partie. Steve Bannon interroge frontalement Epstein sur l’origine de sa fortune, évoquant un argent « sale », gagné en conseillant « les pires personnes au monde ». Le financier balaie l’accusation, affirmant que ses revenus ont été acquis « légalement ». Il déplace ensuite le débat sur le terrain de l’éthique, avançant que l’argent qu’il aurait donné pour financer des campagnes de vaccination contre la polio au Pakistan et en Inde serait accepté par tous, même s’il provenait, selon ses mots, « du diable ».

Cette provocation conduit Steve Bannon à pousser la logique jusqu’à l’absurde. « Vous pensez être le diable incarné ? », lui demande-t-il. Epstein esquive d’abord, répondant par une formule énigmatique : « Non, mais j’ai un bon miroir ». Face à l’insistance de son interlocuteur, il se dérobe à nouveau, feignant l’incompréhension. La séquence illustre une rhétorique faite de cynisme et de faux détachement, où l’homme d’affaires semble jouer avec les catégories morales sans jamais les assumer pleinement.

Au fil de l’entretien, Steve Bannon aborde aussi la question de la criminalité. Interrogé sur le fait de savoir s’il se considère comme un criminel, Epstein répond sans détour par l’affirmative. Il conteste en revanche l’étiquette de « prédateur sexuel de classe 3 », qualification désignant aux États-Unis une menace grave pour la sécurité publique. Selon lui, il relèverait du « premier tiers », qu’il décrit comme « le plus bas » niveau de prédation. Une minimisation qui, à la lumière des faits établis par la justice, apparaît aujourd’hui particulièrement choquante.

Les dossiers déclassifiés révèlent par ailleurs l’existence d’une correspondance soutenue entre les deux hommes. En 2018, Epstein et Bannon ont échangé près d’une soixantaine de courriels. Dans l’un d’eux, daté de juillet, le financier propose d’aider l’idéologue trumpiste à diffuser ses idées ultraconservatrices en Europe, illustrant la proximité intellectuelle et stratégique qui a pu exister entre eux.

Cette interview s’inscrit dans un ensemble documentaire bien plus vaste. Depuis décembre, sous la contrainte d’une loi votée par le Congrès, le gouvernement américain publie des millions de pages d’archives liées à l’affaire Epstein. Ces documents ont surtout mis en lumière l’étendue du réseau relationnel du financier, retrouvé mort en 2019 dans sa cellule à New York avant d’être jugé pour avoir mis en place un système d’exploitation sexuelle de jeunes filles mineures.

Au-delà de la sidération provoquée par certaines phrases, l’échange entre Jeffrey Epstein et Steve Bannon rappelle la capacité du criminel à rationaliser ses actes et à se présenter comme un acteur presque banal du monde des puissants. Une parole brute, sans filtre judiciaire, qui éclaire rétrospectivement la personnalité d’un homme dont l’ombre continue de planer sur la vie politique et médiatique américaine.

Sources :

Le Parisien – Article publié le 3 février 2026 – lien

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