Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé la population à augmenter le taux de natalité, invoquant des enjeux stratégiques pour l’avenir du pays. Cette prise de position intervient alors que l’Iran fait face à une baisse marquée de sa fécondité et à un contexte régional toujours tendu.
Le 20 mai 2026, le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a exhorté les Iraniens à accroître le nombre de naissances, dans une série de déclarations écrites diffusées notamment sur le réseau social X. Cette prise de position s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer le poids démographique et géopolitique de l’Iran.
Dans un message adressé à des organisations de la société civile spécialisées dans les questions démographiques, il affirme que « en menant avec sérieux la politique appropriée et nécessaire en matière de croissance démographique, la grande nation iranienne sera en mesure de jouer un rôle majeur et connaître des avancées stratégiques à l’avenir ».
Dans une version plus longue du texte, il ajoute également : « Nous espérons que vos efforts dévoués (…) aboutiront à des résultats fructueux, si Dieu le veut », soulignant une approche à la fois politique et religieuse de la question démographique.
Une politique nataliste assumée dans un contexte de chute de la fécondité
L’Iran, pays d’environ 92 millions d’habitants, est aujourd’hui le 17e pays le plus peuplé du monde. Mais il est aussi confronté à une transformation démographique rapide. Selon des données de la Banque mondiale reprises par plusieurs médias, le taux de fécondité est passé d’environ 6,5 enfants par femme en 1979 à environ 1,7 en 2024, soit bien en dessous du seuil de renouvellement des générations.
Cette évolution est considérée par les autorités iraniennes comme un enjeu stratégique majeur. Depuis plusieurs années, des politiques publiques encouragent déjà la natalité, notamment à travers la limitation de certains programmes de contraception ou de planification familiale dans les structures de santé publiques.
Le discours du guide suprême s’inscrit donc dans une continuité, mais avec une dimension renforcée, où la démographie est explicitement liée à la puissance future du pays et à ce qu’il décrit comme une « civilisation islamico-iranienne ».
Une prise de parole dans un contexte régional tendu
Cette déclaration intervient dans un contexte géopolitique particulièrement instable au Moyen-Orient. Le dirigeant iranien n’est plus apparu publiquement depuis sa nomination en mars et s’exprime uniquement par messages écrits.
Des informations non confirmées circulent par ailleurs sur une possible blessure lors de frappes survenues au début des tensions régionales, sans que ces éléments n’aient été officiellement validés par les autorités iraniennes.
Parallèlement, des attaques dans la région ont récemment causé des dizaines de morts au Liban, selon des sources citées par différents médias internationaux, illustrant un climat sécuritaire toujours très dégradé.
La démographie comme enjeu stratégique
Au-delà de la dimension sociale, la question démographique est présentée par les autorités iraniennes comme un levier de puissance à long terme. Le guide suprême insiste sur la nécessité de promouvoir une « culture de la procréation », liant directement natalité et influence internationale du pays.
Cette approche s’inscrit dans une logique plus large où la population est considérée comme un facteur de puissance géopolitique, au même titre que les ressources énergétiques ou la position stratégique de l’Iran, notamment autour du détroit d’Ormuz.
Pour les autorités, l’enjeu est aussi interne : ralentir le vieillissement de la population et compenser la baisse des naissances observée depuis plusieurs décennies.
Une société entre injonctions politiques et réalités sociales
Ces appels à augmenter la natalité interviennent dans une société iranienne où les dynamiques familiales ont profondément évolué. Urbanisation, accès à l’éducation, participation des femmes au marché du travail et difficultés économiques ont contribué à la baisse du taux de fécondité.
Dans ce contexte, les injonctions politiques à la natalité peuvent se heurter à des réalités sociales et économiques complexes, déjà observées dans d’autres pays confrontés à des transitions démographiques rapides.
La prise de position du guide suprême illustre ainsi la tension persistante entre objectifs stratégiques de l’État iranien et évolutions structurelles de sa société.
Sources :
i24News
Le Figaro
Journal de Québec
L’Essentiel
