Alors que le détroit d’Ormuz reste bloqué en raison du conflit au Moyen-Orient, les compagnies aériennes européennes anticipent des perturbations majeures. Annulations de vols, hausse des prix et tensions sur l’approvisionnement en kérosène font planer une incertitude sur la saison estivale. Si une pénurie immédiate semble évitable, les conséquences économiques pourraient déjà peser lourd sur les voyageurs.
Le spectre d’un été sous tension pour le transport aérien européen prend progressivement forme. Depuis la mi-avril, les signaux d’alerte se multiplient, alimentés par le blocage du détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce mondial d’hydrocarbures. Dans ce contexte, la compagnie low-cost Transavia qui appartient au groupe Air France KLM qui compte parmi ses principaux actionnaires CMA CGM et Delta Airlines, membres du Forum économique mondial a annoncé ses premières annulations de vols pour les mois de mai et juin, invoquant une hausse vertigineuse du prix du kérosène et des difficultés d’approvisionnement en provenance du Golfe.
L’avertissement lancé par l’Agence internationale de l’énergie, évoquant « six semaines de réserves de carburant aérien » pour l’Europe, a renforcé les inquiétudes. Car le kérosène, dérivé du pétrole raffiné et indispensable à la quasi-totalité des avions commerciaux, dépend largement des importations. En France, la production nationale couvre environ 3 millions de tonnes par an, alors que la consommation atteint les 5 millions. Le déficit est comblé en grande partie par des importations, historiquement issues du Moyen-Orient.
Cette dépendance structurelle fragilise l’ensemble du continent. La réduction progressive des capacités de raffinage en Europe, conjuguée à une production locale limitée, a accru la vulnérabilité face aux crises géopolitiques. Avant même le conflit, seulement la moitié du kérosène consommé en France était raffiné sur le territoire, tandis que 20 % provenaient directement du Moyen-Orient.
Pour autant, les autorités françaises se veulent rassurantes à court terme. Grâce à un réseau d’approvisionnement diversifié, notamment via des pipelines connectés à des raffineries alimentées en pétrole nord-américain, les grands hubs comme Paris-Charles-de-Gaulle et Orly devraient éviter une rupture brutale. Les stocks stratégiques nationaux, estimés à deux mois de consommation, constituent également un filet de sécurité non négligeable.
Mais cette relative stabilité pourrait masquer une réalité plus insidieuse. Si la pénurie pure et simple semble peu probable dans les semaines à venir, la question des coûts s’impose déjà comme centrale. Le prix du kérosène a plus que doublé depuis le début du conflit, représentant jusqu’à 40 % du prix d’un billet d’avion. Dans ces conditions, les compagnies aériennes, en particulier les acteurs low-cost, se retrouvent sous pression.
Certaines lignes jugées insuffisamment rentables sont d’ores et déjà supprimées. D’autres voient leurs tarifs grimper sensiblement. Le modèle économique des compagnies à bas coûts, fondé sur des marges réduites et un taux de remplissage maximal, apparaît particulièrement exposé. À terme, ce ne sont pas seulement les routes secondaires qui pourraient disparaître, mais aussi une partie de l’offre accessible au grand public.
Du côté des passagers, les marges de manœuvre restent limitées. La réglementation européenne autorise les compagnies à annuler un vol sans compensation si les passagers sont informés au moins 14 jours à l’avance. Dans ce cas, seuls un remboursement ou un report sans frais sont garantis. La situation actuelle, liée à un contexte géopolitique exceptionnel, entre précisément dans ces « circonstances extraordinaires » qui exonèrent les transporteurs d’indemnisation.
À plus long terme, l’évolution du conflit sera déterminante. Si les tensions persistent au-delà de l’été, de nouvelles difficultés pourraient émerger dès l’automne, période où les stocks auront été largement entamés. L’Union européenne a d’ores et déjà annoncé des mesures de surveillance accrue et d’optimisation de la production dans ses raffineries, tout en évoquant la possibilité d’une action coordonnée pour préserver la continuité de l’approvisionnement.
En attendant, l’été 2026 s’annonce sous le signe de l’incertitude. Entre hausses tarifaires et ajustements de capacité, le transport aérien européen entre dans une zone de turbulences où, clairement, le carburant dicte désormais la trajectoire.
Sources :
France 24 – 02 mai 2026 – https://www.france24.com/en/europe/20260502-summer-holidays-up-in-the-air-as-europe-braces-for-jet-fuel-shortage