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Lionel Jospin. Photo : @Fondapol - Fondation pour l'innovation politique

Mort de Lionel Jospin : l’histoire secrète d’un Premier ministre au cœur du choc du 21 avril 2002

Lionel Jospin, ancien Premier ministre et figure centrale du Parti socialiste, est décédé à l’âge de 88 ans. Avec lui disparaît l’un des acteurs majeurs de la vie politique française des dernières décennies, dont le parcours reste marqué autant par son ascension que par la brutalité de sa chute en 2002, suite à l’arrivée au deuxième tour de l’élection présidentielle de Jean-Marie Le Pen.

Né le 17 juillet 1937 à Meudon, Lionel Jospin grandit dans un environnement fortement politisé. Son père, Robert Jospin, militant socialiste qui aurait été membre de la Franc-maçonnerie selon Alain Bauer, ancien grand maitre du Grand orient de France, transmet à son fils le goût du débat et de l’engagement. Mais très tôt, le futur Premier ministre se démarque, notamment en rompant avec la religion protestante puis en s’opposant aux positions de la SFIO pendant la guerre d’Algérie alors que son père pourtant profondément pacifiste soutenait le franc-maçon, Guy Mollet.

Après des études à Sciences Po puis à l’ENA, Lionel Jospin débute dans la haute fonction publique avant de s’engager politiquement. Dans les années 1960, il milite au sein du courant trotskiste lambertiste, une affiliation restée secrète jusqu’en 1995 et qui ne sera confirmé par l’intéressé qu’en 2001, bien qu’il ait quitté le mouvement dès 1971. Repéré par Boris Fraenkel, cofondateur de l’Organisation communiste internationaliste (OCI) aux côtés du franc-maçon, Pierre Boussel, il est progressivement intégré au groupe, selon les propres mots de Fraenkel. Le courant lambertiste, auquel ont également appartenu d’autres franc-maçons dont Jean-Luc Mélenchon et Jean-Christophe Cambadélis, s’est notamment illustré par sa pratique de l’entrisme. Lionel Jospin devient ainsi le premier élève de l’ENA à être recruté.

Il travaille au Quai d’Orsay, affecté à la direction économique et rejoint le Parti socialiste au début des années 1970, dans le sillage de François Mitterrand, qui repère rapidement son potentiel.Au Quai d’Orsay, Lionnel Jospin a également rencontré Pierre Joxe, dont le père Louis Joxe, ancien  Ministre du Général de Gaulle, était membre du Grand Orient de France.

Une ascension rapide au sein du Parti socialiste

Lionel Jospin a rejoint au début des années 1980, le club Le Siècle, une association regroupant des dirigeants politiques, économiques, culturels et médiatiques créé par des franc-maçons après-guerre. Il gravit alors rapidement les échelons. Il devient premier secrétaire du Parti socialiste en 1981, au moment de l’arrivée de François Mitterrand à l’Élysée. Pendant plusieurs années, il joue un rôle central dans l’organisation et la stratégie du parti, s’imposant comme l’un des piliers de la gauche française.

Après un passage au ministère de l’Éducation nationale entre 1988 et 1992, il connaît une période de retrait, notamment après la défaite de la gauche aux législatives de 1993. Mais il revient au premier plan en 1995, lorsqu’il est investi candidat à l’élection présidentielle. Battu au second tour par Jacques Chirac, il s’impose néanmoins comme le leader de l’opposition.

L’expérience du pouvoir à Matignon

En 1997, à la faveur de la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Jacques Chirac, Lionel Jospin accède à Matignon. Il dirige alors un gouvernement de cohabitation à la tête de la « gauche plurielle », une coalition réunissant socialistes, communistes et écologistes.

Son gouvernement comptera de nombreuses personnalités membres du Club Le Siècle et du Forum économique mondial, comme les contributeurs de l’agenda 2030, Dominique StraussKahn, Laurent Fabius, Elisabeth Guigou ou Hubert Védrine. On peut également citer les liens qui unissaient Lionel Jospin au commissaire européen et contributeur de l’agenda 2030, Pascal Lamy.

Le passage au pouvoir de Jospin reste associé à plusieurs réformes marquantes. La réduction du temps de travail à 35 heures, portée par Martine Aubry, demeure l’une des mesures les plus emblématiques de son gouvernement. Celui-ci met également en place la couverture maladie universelle (CMU) et l’allocation personnalisée d’autonomie (APA).

De plus, Lionel Jospin profitera a plein de l’effet coupe du Monde 98, remportée par sa génération « Black, blanc, beur ».

Sur le plan sociétal, l’instauration du pacte civil de solidarité (PACS) en 1999 constitue une avancée majeure dans la reconnaissance des couples homosexuels. Toutefois, son action est aussi marquée par des choix économiques contestés à gauche, notamment la poursuite des privatisations et certaines déclarations, comme celle affirmant qu’il ne fallait pas « tout attendre de l’État ».

Le choc du 21 avril 2002

La carrière politique de Lionel Jospin connaît un tournant brutal lors de l’élection présidentielle de 2002. Donné favori pour accéder au second tour face à Jacques Chirac, il est éliminé dès le premier tour, devancé par Jean-Marie Le Pen.

S’il avait été un excellent Premier ministre, Lionel Jospin se révèlera un piètre candidat. Un épisode, illustre parfaitement cela. À Lyon, alors que le journal Lyon Capital avait réussi a obtenir des interviews de tous les candidats à l’élection, le chef de cabinet de Lionel Jospin avait quelque peu snobé le journal. Il avait demandé à ce que les journalistes lui remettent les questions et il avait renvoyé ses réponses s’offrant même le luxe de modifier les questions. Le journal des Esprits Libres s’était alors rebiffé et avait publié une page blanche avec pour simple motion une explication selon laquelle une interview de Lionel Jospin aurait dû se trouver à cet endroit.

Ce séisme politique a marqué durablement la vie politique française, préfigurant le climat politique dans lequel nous nous trouvons. Le soir même, Lionel Jospin annonçait son retrait de la vie politique, assumant la responsabilité de cet échec.

Le président du CRIF Roger Cukierman déclara : « Je comprend mais je condamne ». « Je ne comprend pas que l’on puisse comprendre », me confia Alain Jakubowicz, alors président du CRIF Rhône-Alpes.

Quelques mois après le choc politique, Philippe Guglielmi, ancien premier secrétaire du PS de Seine-Saint-Denis et ancien grand maître du Grand Orient de France entre 1997 et 1999, estimait que la moitié de l’échec de Lionel Jospin était imputable aux membres du Grand Orient, à ceux de la Libre Pensée ainsi qu’à leurs proches, selon L’Express.

Une figure durable de la vie politique française

Après son retrait, Lionel Jospin reste présent dans le paysage institutionnel. Il est nommé au Conseil constitutionnel en 2014, où il siège jusqu’en 2019. Plus discret, il continue d’intervenir ponctuellement dans le débat public.

Son héritage politique demeure contrasté mais structurant. Artisan de la gauche plurielle, réformateur social et figure d’un socialisme à la fois militant et pragmatique, Lionel Jospin aura marqué une période charnière de la Ve République.

Comble de l’ironie, à l’annonce de sa mort, Marine Le Pen a tenu a réagir, précisant qu’elle souhaitait retenir sa « franchise » et sa « lucidité ».

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