À quelques jours du premier tour des élections municipales et métropolitaines de 2026, le président de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard, relance le débat sur la politique migratoire locale. Dans une tribune publiée par Actu Lyon le 5 mars 2026, l’élu écologiste défend l’idée d’un dispositif expérimental permettant la régularisation de certains sans-papiers par le travail.
Cette proposition s’inscrit dans son programme de campagne pour les municipales et métropolitaines de 2026, où il se présente avec le soutien de l’union de la gauche, sans La France insoumise.
Une tribune pour « sortir de l’impasse »
Dans son texte intitulé « Régulariser par le travail : sortir de l’impasse, choisir l’intérêt général », Bruno Bernard estime que la situation actuelle constitue un blocage entre les politiques sociales locales et la réglementation nationale sur l’immigration.
Selon lui, la Métropole de Lyon assume depuis plusieurs années un rôle central dans l’accueil et l’accompagnement de personnes en situation de grande précarité. La collectivité, qui cumule les compétences d’une métropole et d’un département, finance notamment l’hébergement d’urgence, l’insertion sociale et la protection de l’enfance.
L’élu explique que plusieurs milliers de personnes sont mises à l’abri chaque année sur le territoire métropolitain. Pourtant, ces dispositifs atteignent leurs limites lorsque les personnes concernées n’ont pas accès au marché du travail. « Nous hébergeons. L’État bloque. Les personnes stagnent », résume-t-il dans sa tribune.
Des exemples concrets pour illustrer la situation
Pour illustrer cette impasse, Bruno Bernard évoque plusieurs situations rencontrées lors de visites dans des structures d’accueil. Il cite notamment le cas de Dana, une infirmière arménienne qui souhaiterait travailler dans les établissements de santé lyonnais, alors que ces derniers connaissent des difficultés de recrutement.
Il mentionne également Sékou, un jeune majeur formé aux métiers du transport et du bâtiment, deux secteurs régulièrement confrontés à une pénurie de main-d’œuvre.
Pour le président de la Métropole, ces profils montrent que certaines personnes sans titre de séjour pourraient contribuer à l’économie locale si un cadre légal le permettait.
Une expérimentation locale proposée à l’État
La mesure défendue par Bruno Bernard ne consisterait pas en une régularisation généralisée. L’élu propose plutôt une expérimentation ciblée, menée en partenariat avec des associations et des employeurs volontaires.
Le dispositif concernerait en priorité deux publics accompagnés par les services sociaux de la métropole : des mères isolées avec enfants, durablement hébergées dans des structures d’urgence et des jeunes majeurs disposant d’une formation ou de compétences professionnelles.
L’idée serait de mettre en place un parcours sécurisé combinant hébergement stable, accompagnement social et accès à un emploi dans des secteurs en tension. À l’issue de ce parcours, une régularisation pourrait être envisagée en lien avec les services de l’État.
Un argument social et économique
Dans sa tribune, Bruno Bernard insiste sur le rôle du travail comme levier d’intégration. Selon lui, l’accès à l’emploi permet non seulement l’autonomie financière et l’accès au logement, mais aussi la participation au financement du modèle social via les cotisations.
Il estime également que l’absence de statut légal expose certaines personnes au travail dissimulé ou à l’exploitation, tout en créant des situations de concurrence déloyale pour les entreprises respectant la réglementation.
Le laboratoire lyonnais
Ce n’est pas la première fois que la Métropole de Lyon fait preuve d’innovation. Très active dans le domaine écologique, la collectivité a également innové dans le domaine social avec l’expérimentation d’un revenu minimum pour les jeunes, la mise en place de Tiny Houses pour les ères avec enfants de moins de trois ans, notamment. Elle a aussi collaboré avec la Préfecture sur les Stations 1 et 2 qui accueillent les jeunes migrants en attente de reconnaissance de leur minorité. Même si ces lieux restent sous dimensionnés, ils ont le mérite d’être unique en France.
Un débat au cœur de la campagne
La proposition de Bruno Bernard, intervient dans un contexte de campagne électorale particulièrement animé à Lyon, à moins de deux semaines du premier tour des municipales et métropolitaines 2026.
En appelant l’État à autoriser cette expérimentation, Bruno Bernard affirme que la Métropole de Lyon pourrait devenir un territoire pilote sur cette question. Selon lui, il s’agit d’un choix « pragmatique et humaniste » visant à réduire la précarité tout en répondant aux besoins économiques locaux.
La proposition devrait alimenter les débats de la campagne, dans une ville où les questions sociales, migratoires et économiques occupent une place centrale dans le débat public.
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