Dans un message publié sur X aujourd’hui, Klaus Schwab affirme que l’humanité entre « à une vitesse exponentielle » dans l’ère intelligente. Selon le fondateur du Forum économique mondial, cette transformation dépasse la seule intelligence artificielle et bouleverse en profondeur les fondements économiques, politiques et sociaux hérités de l’ère industrielle. Selon Schwab, la gouvernance mondiale doit s’adapter à ce qu’il a déjà appelé la 4e Révolution industrielle, sous peine de devenir inopérante.
Le propos est dense, presque programmatique. Dans un tweet largement relayé, Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial, décrit l’avènement de ce qu’il nomme l’« Ère intelligente », une nouvelle époque marquée par la montée en puissance de l’intelligence artificielle et des systèmes numériques avancés. Mais, insiste-t-il, il ne s’agit pas simplement d’une révolution technologique. Ce changement serait d’ordre civilisationnel, comparable à celui qui a vu naître la société industrielle.
Au cœur de cette mutation, une inversion des sources de pouvoir. L’ère industrielle reposait sur l’énergie – charbon, pétrole, électricité – et sur la maîtrise des ressources matérielles. Désormais, explique Klaus Schwab, l’intelligence et les données deviennent la principale force motrice. Le pouvoir ne reviendrait plus à ceux qui contrôlent les matières premières, mais à ceux qui dominent les algorithmes et les architectures numériques. L’économie de l’extraction cède ainsi la place à une économie de la computation.
Ce déplacement entraîne, selon Schwab, la fin d’un autre pilier du monde industriel : la standardisation. Les chaînes d’assemblage ont façonné des produits uniformes et, d’une certaine manière, des comportements et des modes de pensée alignés sur la logique de la production de masse. L’ère intelligente, au contraire, favoriserait la personnalisation à grande échelle. Les technologies d’intelligence artificielle permettent d’adapter services, contenus et produits à chaque individu. La production de masse laisse place à ce que Schwab qualifie implicitement d’« individualisme de masse », une individualisation systémique rendue possible par les plateformes numériques.
La rupture est également cognitive. Là où la logique industrielle était linéaire – extraire, produire, distribuer –, l’ère intelligente fonctionnerait selon des dynamiques non linéaires, adaptatives, auto-apprenantes. Les systèmes fixes, rigides, seraient voués à l’obsolescence. Seuls survivraient des écosystèmes capables d’apprendre en continu, d’intégrer des données en temps réel et de s’ajuster aux perturbations. Cette transformation concerne autant les entreprises que les institutions publiques.
Le monde du travail, lui aussi, se trouve au centre de cette recomposition. Les machines de l’ère industrielle remplaçaient la force musculaire ; celles de l’ère intelligente s’attaquent désormais aux fonctions cognitives. Des professions entières pourraient disparaître, tandis que de nouveaux métiers émergeraient presque du jour au lendemain. Dans cette configuration mouvante, le travail ne serait plus stable mais constamment réinventé. L’idée d’une carrière linéaire et prévisible apparaît, dans cette perspective, comme un héritage du passé.
Face à cette accélération, Klaus Schwab souligne un élément immatériel mais décisif : la confiance. Si le capital était rare à l’époque industrielle, l’intelligence artificielle, elle, peut se déployer à l’infini. La confiance, en revanche, ne se multiplie pas mécaniquement. Elle constitue, selon lui, la monnaie ultime de l’ère intelligente. Des sociétés qui perdraient la confiance – dans leurs institutions, leurs systèmes technologiques ou leurs dirigeants – risqueraient de voir leur stabilité compromise.
Cette mutation affecterait également la souveraineté. Les États-nations se sont consolidés dans le cadre industriel, fondé sur le contrôle du territoire et des infrastructures physiques. Or, les systèmes intelligents, la cybersécurité ou les réseaux quantiques ignorent les frontières traditionnelles. Les architectures numériques sont globales par nature. Dans ce contexte, la gouvernance doit évoluer sous peine de devenir inopérante, selon Schwab. Le cadre juridique et politique hérité du XXe siècle apparaît pour le fondateur du Forum économique mondial, inadapté à des technologies transnationales.
Les hiérarchies institutionnelles sont, elles aussi, mises au défi. L’ère industrielle centralisait l’autorité au sein d’organisations verticales. L’ère intelligente distribue l’influence via des plateformes et des réseaux. Le leadership, prévient Schwab, ne pourra plus reposer sur la seule position formelle : sans légitimité, il risque de s’effondrer. Le pouvoir devient relationnel, dépendant de la crédibilité et de la capacité à fédérer des communautés connectées.
L’éducation constitue un autre chantier majeur selon Schwab. Le modèle industriel formait un individu une fois pour toutes, en vue d’une carrière stable. Désormais, la requalification permanente devient une nécessité structurelle. L’apprentissage tout au long de la vie se transforme en infrastructure essentielle à la survie économique. La compétence n’est plus un capital acquis mais un processus continu.
Enfin, Klaus Schwab remet en question les indicateurs traditionnels de prospérité. Le produit intérieur brut, étalon de la réussite industrielle, ne suffirait plus à mesurer la performance d’une société. L’ère intelligente valoriserait la résilience, l’adaptabilité, la durabilité et l’intelligence collective. Une croissance dépourvue d’intelligence systémique pourrait même devenir un facteur de fragilités, selon lui.
Au-delà des transformations économiques et politiques, l’auteur esquisse un déplacement plus intime. L’ère industrielle était tournée vers l’expansion extérieure : territoires, usines, marchés. L’ère intelligente obligerait à une évolution intérieure, fondée sur le jugement éthique, la responsabilité et la maturité cognitive. La technologie progresse plus vite que les cadres moraux qui devraient l’encadrer. C’est, selon lui, ce décalage qui définit notre époque.
En quelques lignes, Klaus Schwab dresse ainsi un tableau ambitieux et structuré d’une transition historique. Une chose est certaine : pour le fondateur du Forum économique mondial, l’Intelligent Age ne constitue pas une simple mise à jour technologique, mais une refonte profonde des équilibres de pouvoir et des structures sociales héritées de l’industrialisation.
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