L’Association des juristes pour le respect du droit international (JURDI) a annoncé avoir saisi la justice française à la suite des déclarations du ministre des Affaires étrangères et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Jean–Noël Barrot, visant la rapporteuse spéciale des Nations unies, Francesca Albanese. Le collectif indique avoir déposé un signalement pour « délit de diffusion de fausses nouvelles ».
Au cœur de la controverse : une intervention de Francesca Albanese, le 7 février, lors d’un forum organisé par la chaîne Al Jazeera. Selon JURDI, « à aucun moment Israël n’est désigné comme un ennemi commun de l’humanité » dans cette prise de parole. L’association conteste ainsi les propos tenus par le ministre français quelques jours plus tard.
Une accusation politique lourde
Le 11 février, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, Jean-Noël Barrot a déclaré que « la France condamne sans aucune réserve les propos outranciers et coupables de Mme Francesca Albanese ». Il l’a accusée de viser « non pas le gouvernement israélien (…) mais Israël en tant que peuple et en tant que nation », appelant à sa démission.
Ces déclarations ont été perçues par JURDI comme une déformation des propos de la rapporteuse spéciale, mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour suivre la situation dans les territoires palestiniens occupés. Le collectif juridique estime que l’accusation publique portée par un membre du gouvernement pourrait relever d’une qualification pénale si elle repose sur des éléments inexacts.
La défense de la rapporteuse spéciale
Francesca Albanese a réagi mercredi 11 en dénonçant des accusations « infondées ». Elle a invité ses détracteurs à produire une citation précise dans laquelle elle aurait qualifié Israël d’« ennemi de l’humanité », affirmant qu’aucune formulation de ce type ne figure dans son intervention du 7 février.
Dans la foulée de la position française, l’Allemagne a également appelé à sa démission, accentuant la pression diplomatique autour de son mandat.
Une séquence diplomatique sensible
Cette affaire s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu autour du conflit israélo-palestinien et du rôle des institutions multilatérales. Les prises de position des rapporteurs spéciaux de l’ONU, souvent critiques à l’égard des États concernés, suscitent régulièrement des controverses politiques.
La saisine de la justice par JURDI ouvre désormais un volet judiciaire à une polémique d’abord diplomatique. Il appartiendra au parquet d’apprécier la recevabilité du signalement et l’existence, ou non, d’une infraction pénale.