Jugé à huis clos au tribunal pour enfants de Paris, un adolescent de 14 ans au moment des faits est accusé d’avoir abattu un chauffeur de VTC en octobre 2024. Recruté sur Snapchat par des narcotrafiquants marseillais, ce dossier inédit illustre la montée en puissance de l’utilisation de mineurs comme exécutants par le crime organisé.
C’est un procès hors norme, à la fois par l’âge de l’accusé et par ce qu’il révèle de l’évolution du narcotrafic en France. Ce mardi 10 février s’ouvre, devant le tribunal pour enfants de Paris, le procès d’un adolescent surnommé « Pepito » par la presse, poursuivi pour homicide volontaire en bande organisée. Âgé de seulement 14 ans au moment des faits, le mineur est soupçonné d’avoir tué par balle un chauffeur de VTC, alors qu’il était missionné pour exécuter un contrat commandité par des narcotrafiquants marseillais.
Le procès, jugé emblématique par les autorités judiciaires, marque un tournant : il s’agit du premier dossier concernant un tueur à gages mineur recruté via les réseaux sociaux par la criminalité organisée marseillaise. Les réquisitions seront portées par le tout nouveau Parquet national anticriminalité organisée, entré en fonction début janvier, signe de la gravité accordée à cette affaire.
Les faits remontent au 4 octobre 2024. L’adolescent, recruté sur Snapchat, s’était vu promettre jusqu’à 30 000 euros pour assassiner un narcotrafiquant rival pour le compte de la DZ Mafia. Pris en charge à Nîmes, hébergé dans un hôtel à Marseille, puis doté d’une arme et d’un téléphone, il commande ensuite un VTC via la plateforme Bolt pour rejoindre sa cible. Mais au cours du trajet, un différend éclate avec le chauffeur. Le mineur tire alors une balle à l’arrière du crâne de l’homme, qui n’avait aucun lien avec le milieu criminel.
La victime, Nessim Ramdane, père de famille de 36 ans, est retrouvée morte au volant de son véhicule, encastré contre le mur d’une école maternelle à Marseille. Quelques heures plus tard, un appel inattendu précipite l’enquête : un détenu se présentant comme membre de la DZ Mafia contacte la police pour dénoncer l’adolescent, furieux que la mauvaise cible ait été abattue. Les enquêteurs interpellent le mineur à l’adresse indiquée, encore vêtu de vêtements ensanglantés.
Placée en garde à vue, la recrue explique avoir été enrôlée sur Snapchat, dans un schéma désormais bien identifié : des adolescents, souvent fragilisés, sont attirés par l’argent rapide et la promesse d’un statut valorisant dans l’univers criminel. Selon le procureur de Marseille Nicolas Bessone, le jeune mis en cause avait été placé en foyer dès l’âge de neuf ans, ses parents étant eux-mêmes incarcérés pour des affaires de stupéfiants. Les juges d’instruction relèvent qu’il avait confié à des éducateurs, quelques mois avant les faits, son désir de devenir « tueur à gage ».
À l’audience, la douleur des proches de la victime est au cœur des débats. Mélanie Giacomi, veuve de Nessim Ramdane, dit attendre ce procès « avec une boule au ventre ». Elle espère que le mineur prendra conscience du caractère irréparable de son acte, rappelant que trois enfants devront désormais grandir sans leur père. Plus de 500 personnes avaient assisté aux obsèques de la victime, figure du football local, cumulant les emplois pour subvenir aux besoins de sa famille.
L’affaire « Pepito » ouvre une série de procès attendus dans les mois à venir. À Marseille, l’activité pénale du tribunal pour enfants a augmenté de 18 % en un an, sous l’effet direct du recrutement massif de mineurs par les réseaux de stupéfiants. Pour la procureure nationale anti-criminalité organisée, Vanessa Perrée, il est urgent de renforcer la prévention : « Il faut que les adolescents arrêtent de croire que le crime organisé ressemble à une série télévisée. » D’autres dossiers emblématiques, comme la mort de Socayna, étudiante tuée par une balle perdue en 2023 à Marseille, viendront bientôt rappeler le coût humain de cette dérive.
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