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Orion 26 : la France affirme son autonomie stratégique avec le plus vaste exercice militaire depuis la guerre froide

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L’exercice Orion 26, lancé le 8 février, dépasse le simple cadre de l’entraînement militaire. Par son ampleur, son scénario et surtout son commandement, il marque un tournant stratégique : la France y assume un rôle moteur dans la préparation d’un conflit de haute intensité, sans leadership américain direct. Un message politique et militaire adressé autant à Moscou qu’à Washington.

Orion 26 n’est pas seulement un exercice d’envergure, c’est une démonstration. Jusqu’au 30 avril, les armées françaises orchestrent la plus vaste manœuvre militaire conduite par Paris depuis la fin de la guerre froide. Avec plus de 12 000 soldats engagés, 24 nations participantes, 25 bâtiments de guerre, 140 aéronefs, 1 200 drones et des capacités cyber et spatiales intégrées, l’exercice entend simuler un conflit interétatique de haute intensité dans l’ensemble des champs de bataille contemporains. Selon le ministère des Armées, ORION 26 repose sur « un scénario fictif mais crédible, aligné sur les standards de l’OTAN, conçu pour reproduire l’ensemble des formes du combat contemporain, depuis les actions hybrides jusqu’à l’engagement de haute intensité, et pour éprouver les forces françaises dans des conditions parmi les plus réalistes possibles ». Organisé régulièrement, l’exercice Orion voit chaque année les armées françaises se confronter à des hypothèses de crise évolutives, adaptées au spectre des menaces susceptibles de viser le territoire ou les intérêts nationaux. La phase finale d’Orion 26 doit ainsi permettre de tester un scénario de défense collective intégrant des forces alliées de l’OTAN, lors de manœuvres prévues notamment dans la région de Rennes.

La singularité d’Orion 26 tient autant à son volume qu’à sa philosophie. Contrairement aux précédents grands exercices multinationaux, la France n’y est pas un simple pays hôte : elle en assure le commandement opérationnel. La chaîne de décision, la planification et la conduite des opérations sont pensées autour d’un pilotage français, en lien avec les partenaires européens, mais sans domination américaine. Une évolution majeure dans un cadre longtemps structuré par le leadership des États-Unis au sein de l’OTAN.

Le scénario retenu est fictif, mais à peine voilé. Il met en scène une coalition appelée à défendre un allié agressé par une puissance expansionniste à l’est, dans une configuration rappelant clairement les États baltes. Les planificateurs militaires revendiquent une inspiration directe des doctrines otaniennes les plus récentes, intégrant les leçons de la guerre en Ukraine : frappes de précision, saturation par drones, guerre électronique, brouillage satellitaire et pressions hybrides sur l’arrière du front.

Sur le terrain, Orion 26 mobilise l’ensemble des milieux : terre, air, mer, cyberespace et espace extra-atmosphérique. Des opérations amphibies et aéroportées sont prévues, notamment en Bretagne, tandis qu’une seconde phase, en avril, doit tester l’insertion complète des forces européennes dans une chaîne de commandement alliée. L’objectif est clair : démontrer la capacité de la France à « entrer en premier » sur un théâtre d’opérations, puis à agréger une coalition.

Symbole fort de cette ambition, le groupe aéronaval articulé autour du porte-avions Charles-de-Gaulle est déployé jusqu’en zone arctique, à proximité du Groenland. Une projection inhabituelle, dans un espace devenu stratégique, qui intervient dans un contexte de tensions croissantes sur les routes maritimes du Nord et de rivalités entre grandes puissances.

Ce choix n’est pas anodin. Il traduit une nouvelle réalité stratégique : l’Europe ne considère plus comme acquise l’automaticité de la garantie sécuritaire américaine. Le retour du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald JTrump, à la Maison Blanche et les prises de position de figures de son entourage sur le caractère « conditionnel » de l’engagement américain au sein de l’OTAN ont accéléré cette prise de conscience. Orion 26 intègre explicitement cette hypothèse en s’entraînant, lors de certaines phases de commandement, sans leadership américain direct.

Dans ce cadre, l’exercice prend valeur de manifeste. Il matérialise la volonté française de faire vivre une autonomie stratégique européenne longtemps évoquée, rarement mise en pratique à cette échelle. Paris entend montrer qu’elle dispose non seulement des moyens militaires, mais aussi des structures de commandement et de la crédibilité politique nécessaires pour conduire une coalition dans un conflit majeur.

Comme l’a résumé le ministère des Armées, Orion 26 vise à préparer les forces à une hypothèse longtemps jugée improbable, mais désormais considérée comme plausible. Euronews rapporte notamment les mises en garde du secrétaire général de l’OTAN et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Mark Rutte, sur la possibilité d’une attaque contre l’Alliance à horizon de quelques années. Dans ce contexte, l’armée française cherche autant à s’entraîner qu’à convaincre : convaincre ses partenaires qu’elle peut tenir un rôle de chef de file, et convaincre qu’elle a pris la mesure d’une guerre redevenue pensable, avec ses chocs, ses brouillages et ses angles morts.  

Au-delà de l’entraînement, Orion 26 envoie donc un signal clair. À Russie, pour rappeler que l’Europe se prépare à se défendre collectivement. À Washington, pour signifier que le continent n’entend plus dépendre exclusivement de la volonté politique américaine. Et aux partenaires européens, enfin, pour affirmer que la France se veut le pivot militaire d’une souveraineté stratégique en construction.

Sources :

Ministère des Armées, TF1 Info, RTL, Euronews 

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