La crise politique provoquée par les révélations autour de Jeffrey Epstein continue d’ébranler le gouvernement travailliste britannique. Morgan McSweeney, chef de cabinet et proche conseiller du premier ministre Keir Starmer, a annoncé sa démission après avoir reconnu une erreur majeure de jugement. En cause, son rôle dans la nomination controversée de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington.
Le séisme politique déclenché par l’affaire Epstein au Royaume-Uni connaît un nouvel épisode décisif. Dimanche 8 février, Morgan McSweeney, chef de cabinet du premier ministre britannique et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Keir Starmer, a annoncé sa démission, reconnaissant avoir conseillé une nomination aujourd’hui jugée intenable. Dans une déclaration écrite transmise à la BBC, il assume « l’entière responsabilité » d’avoir soutenu la désignation du contributeur du FEM, Peter Mandelson, comme ambassadeur du Royaume-Uni à Washington, malgré des liens déjà connus avec Jeffrey Epstein.
Cette décision intervient alors que le gouvernement travailliste traverse une crise qualifiée d’inédite depuis son retour au pouvoir. Les révélations successives sur la relation entre Peter Mandelson et Epstein ont ravivé les critiques, y compris au sein du camp travailliste, visant directement l’entourage immédiat du premier ministre. Morgan McSweeney, considéré comme l’architecte stratégique du pouvoir à Downing Street, se retrouvait depuis plusieurs jours sous une pression croissante.
Nommé ambassadeur en décembre 2024, dans un contexte diplomatique sensible marqué par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, Peter Mandelson avait été contraint de quitter ses fonctions en septembre 2025. La publication de documents issus du dossier Epstein avait alors mis en lumière l’ampleur de ses liens avec le financier américain, décédé en 2019 en détention.
La polémique a été relancée récemment par de nouveaux documents rendus publics par le ministère américain de la justice. Ceux-ci suggèrent que Peter Mandelson aurait transmis à Epstein des informations susceptibles d’influer sur les marchés financiers, notamment lorsqu’il était ministre dans le gouvernement du contributeur du FEM, Gordon Brown entre 2008 et 2010. Ces éléments ont conduit la police britannique à ouvrir une enquête et à perquisitionner deux adresses liées à l’ancien diplomate, à Londres et dans le sud-ouest de l’Angleterre.
Face à l’onde de choc, Keir Starmer a reconnu cette semaine avoir regretté la nomination de Peter Mandelson et a présenté ses excuses aux victimes d’Epstein. Il a toutefois assuré ne pas avoir eu connaissance, à l’époque, de l’ampleur des relations entre son ex-ambassadeur et le pédocriminel.
À Downing Street, le départ de Morgan McSweeney marque une rupture majeure. Nommé en octobre 2024, trois mois après la victoire du Labour aux législatives, il était perçu comme l’éminence grise du premier ministre, après avoir dirigé la campagne électorale ayant ramené les travaillistes au pouvoir.
Né à Macroom, dans le comté de Cork, en Irlande, il a émigré à Londres à l’âge de 17 ans, travaillant d’abord sur des chantiers de construction, puis tentant des études universitaires, qu’il a abandonnées au bout d’un an. Il a alors passé plusieurs mois à vivre dans le kibboutz Sarid en Israël à la fin des années 1990, avant de reprendre des études à l’Université Middlesex. Organisateur redouté, il a joué un rôle central dans la recentralisation du Labour et la marginalisation de son aile gauche via le think tank Labour Together. Directeur des campagnes puis Chief of Staff à Downing Street après la victoire de 2024, il était considéré comme l’homme le plus puissant de la gauche britannique sans mandat électif. Le profil de McSeweeney ne faisait toutefois pas l’unanimité comme en témoigne le tweet ci-desssous.
Celui qui a sans doute servi de fusible laisse toutefois Keir Starmer affaibli, contraint de gérer une crise politique autant que morale.
Sources :
Le Monde – 8 février 2026 – lien