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Jérôme Rodrigues. Photo : @Thomon/Wikipedia

Affaire Jérôme Rodrigues : le policier poursuivi sera jugé devant une cour criminelle

Sept ans après l’éborgnement de Jérôme Rodrigues lors d’une manifestation des Gilets jaunes, la justice confirme la tenue d’un procès criminel a annoncé hier BFMTV. Le policier soupçonné d’avoir tiré la grenade ayant causé une infirmité permanente sera jugé pour violences volontaires, son recours ayant été rejeté. Une étape judiciaire décisive dans un dossier emblématique des violences policières de 2019.

La justice française a tranché. Le policier soupçonné d’avoir éborgné Jérôme Rodrigues lors d’une manifestation des Gilets jaunes en janvier 2019 sera bien jugé devant une cour criminelle départementale. La chambre de l’instruction a rejeté la semaine dernière le recours déposé par le fonctionnaire, confirmant ainsi le renvoi ordonné contre lui pour « violences ayant entraîné une infirmité permanente ».

Les faits remontent au 26 janvier 2019, lors de l’acte XI des Gilets jaunes, place de la Bastille à Paris. Ce jour-là, dans un contexte de fortes tensions entre manifestants et forces de l’ordre, Jérôme Rodrigues est atteint au visage par une grenade de désencerclement. La blessure lui fait perdre définitivement l’usage de son œil droit. Les enquêteurs ont identifié un policier des compagnies d’intervention de la préfecture de police comme l’auteur présumé du tir.

Âgé aujourd’hui de 35 ans, le fonctionnaire contestait la qualification criminelle retenue à son encontre et tentait d’éviter un procès. La chambre de l’instruction a estimé qu’il existait suffisamment d’éléments à charge pour justifier sa comparution devant une cour criminelle, juridiction composée uniquement de magistrats professionnels, équivalente aux assises pour les crimes passibles de quinze ans de réclusion.

La défense du policier, assurée par Gilles-William Goldnadel, a vivement critiqué cette décision, la jugeant « contraire aux faits établis ». L’agent, toujours en fonction malgré sa mise en examen, affirme avoir tiré « sans avoir conscience de viser quelqu’un », selon les déclarations de son avocat. Il soutient avoir utilisé la grenade en direction d’une zone d’où provenaient des projectiles contre la police.

Les juges d’instruction n’ont toutefois pas retenu cette version. Dans leur ordonnance, ils estiment que les vidéos et témoignages recueillis au cours de l’enquête montrent que le groupe au sein duquel se trouvait Jérôme Rodrigues n’était pas violent et ne constituait pas un attroupement justifiant l’usage de la force publique. Cette analyse a pesé lourdement dans la décision de maintenir la qualification de violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente.

Pour Jérôme Rodrigues, cette confirmation judiciaire est accueillie avec un soulagement mêlé de prudence. « Je suis satisfait mais je reste méfiant », a-t-il déclaré, rappelant la longueur d’une procédure engagée depuis près de sept ans. Figure du mouvement des Gilets jaunes, il déplore également que seuls les exécutants soient poursuivis, sans que la chaîne de commandement ou les décideurs ne soient inquiétés.

Son avocat, Arié Alimi, s’est félicité du rejet du recours et appelle désormais à une fixation rapide de la date d’audience. Il souligne des délais procéduraux « particulièrement longs » dans un dossier devenu emblématique des débats sur le maintien de l’ordre et l’usage des armes dites intermédiaires.

Le procès à venir s’inscrit dans une série d’affaires judiciaires liées aux mutilations survenues lors des manifestations de 2018 et 2019. Pour de nombreuses victimes, il représente un test majeur pour la reconnaissance pénale des violences policières et pour la capacité de la justice à juger des faits survenus dans le cadre du maintien de l’ordre.

Sources :

BFM TV – Article d’Alexandra Gonzalez – publié le 2 février 2026 – lien

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