Lancé en marge du Forum économique mondial de Davos, W se veut le premier réseau social souverain européen, fondé sur la transparence, la vérification d’identité et la lutte contre la désinformation. Pensée comme une réponse aux supposées dérives de X, la plateforme s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes entre l’Europe et les États-Unis.
L’annonce est passée presque inaperçue dans le flot des déclarations de Davos. Pourtant, elle pourrait marquer un tournant stratégique pour l’espace public numérique européen. Le 19 janvier 2026, en marge du Forum économique mondial, a été officialisée la création de W, un nouveau réseau social conçu pour concurrencer frontalement X, propriété d’Elon Musk. Derrière cette initiative, une volonté affichée : reprendre le contrôle démocratique et informationnel d’un débat public jugé de plus en plus dégradé, même si les défenseurs des libertés y verront peut-être une nouvelle attente à la liberté d’expression.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Quelques jours avant cette annonce, 54 eurodéputés avaient adressé une lettre ouverte à la contributrice de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Ursula von der Leyen dénonçant la transformation de X en un outil de communication personnelle au service de son propriétaire. Ils y appelaient explicitement à la création d’alternatives européennes capables de garantir un espace numérique fiable, pluraliste et conforme aux exigences réglementaires de l’Union.
À la tête de W se trouve Anna Zeiter, figure respectée de l’industrie technologique internationale. Ancienne Chief Privacy Officer d’eBay, groupe membre du FEM, pendant plus d’une décennie, docteure en droit des médias et diplômée de Stanford, université membre du FEM, cette Allemande naturalisée suisse souhaite incarner une orientation vers la « protection des données » et la gouvernance « responsable ». Sur LinkedIn, elle résume l’ambition du projet sans détour : « La désinformation systémique érode la confiance publique et affaiblit la prise de décision démocratique. »
Le projet W s’inscrit dans une architecture industrielle européenne. La plateforme sera une filiale de We Don’t Have Time, société suédoise spécialisée dans l’activisme climatique fondée par Ingmar Rentzhog. Son financement initial provient d’investisseurs technologiques scandinaves, dans une logique revendiquée de souveraineté numérique. L’équipe, distribuée à travers le continent, travaille depuis Zurich, Londres et l’Ukraine, tandis que des bureaux doivent ouvrir à Berlin et Paris.
Sur le fond, W entend rompre radicalement avec les pratiques des grandes plateformes américaines. La vérification d’identité y sera obligatoire pour publier, documents et photo à l’appui, afin de limiter les faux comptes et la propagation automatisée de contenus trompeurs. La plateforme promet également une transparence algorithmique accrue et un système inédit de lutte contre les bulles de filtres, permettant aux utilisateurs de recevoir, s’ils le souhaitent, des contenus issus d’univers idéologiques divergents.
La version bêta de W est attendue dès février 2026, pour un lancement public prévu à la fin de l’année. Reste une inconnue majeure : la capacité de cette alternative institutionnelle à séduire un large public au-delà des cercles politiques et économiques. Selon Anna Zeiter, si les institutions européennes elles-mêmes choisissaient de publier sur W plutôt que sur X, « ce serait déjà une victoire ». La plateforme arbore d’ailleurs une devise explicite, « Trust your feed », censée rétablir la confiance dans un environnement informationnel fragmenté.
Cette approche s’inscrit dans le cadre de la bataille qui oppose Elon Musk à l’Union européenne. Le réseau vient d’ailleurs d’être lourdement sanctionné par l’UE après la diffusion massive d’images sexuellement explicites générées par son chatbot Grok, en violation du Digital Services Act, le règlement qi régule les plateformes des réseaux sociaux sur le territoire européen. Celui-ci est accusé par des ONG comme Civilization Works de faire partie de l’arsenal réglementaire européen qui a permis à lUE de mettre en place un système de censure. C’est d’ailleurs, le même discours d’Elon Musk, dont le réseau social refuse la réglementation imposée par les grandes institutions internationales comme l’UE mais aussi dans le cadre des campagnes #Verified et #NonàlaHaine, censée lutter contre les fausses informations et les messages de haine, mais qui seraient en réalité des campagnes de censure, selon les défenseurs des libertés. La nomination d’une ancienne de Stanford à la tête de W, n’est d’ailleurs pas de matière à rassurer alors qu’il a été révélée par les Twitter Files que cette université à piloter le Virality Project, une alliance regroupant, Stanford, les plateformes de réseaux sociaux et les services secrets américains visant à contrôler le narratif scientifique durant la pandémie. Cela a abouti à une commission menée par la chambre des représentants américain où les anciens cadres de Twitter se sont vu menacer de prison, mais cela, c’était avant le rachat par Musk ! Autre point d’attention, sur son compte Linkedin, Anna Zeiter indique faire partie du Forum économique mondial, principal lobby mondial.
Sources :
Les Numériques – Article d’Aymeric Geoffre-Rouland, 21 janvier 2026 – lien
LinkedIn – Publication d’Anna Zeiter, 19 janvier 2026 – https://www.linkedin.com