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Emmanuel Macron. Image : Capture d'écran chaine Youtube du Forum économique mondial.

Davos 2026 : Emmanuel Macron appelle à une Europe souveraine face à la brutalisation du monde

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En ouverture de sa prise de parole au Forum économique mondial de Davos, ce mardi 20 janvier, le président français et contributeur de l’agenda 2030 du FEM, Emmanuel Macron a livré un discours dense et stratégique, affirmant notamment que les États-Unis « cherchent à affaiblir l’Europe » et appellent « à ne pas accepter la loi du plus fort ». Il a esquissé les grandes priorités françaises et européennes face à la montée des tensions géopolitiques, à l’affaiblissement du multilatéralisme et à la recomposition de l’économie mondiale.

Dans un contexte marqué par un nombre record de conflits armés, une remise en cause des règles internationales et une compétition accrue entre grandes puissances, le président français passé par le programme Young Leader du Forum économique mondial est apparu avec ses lunettes « aviator » dissimulant son problème à l’oeil. Ainsi fagoté, il a défendu une ligne claire : ni soumission à la loi du plus fort, ni posture morale impuissante. Pour Emmanuel Macron, la réponse passe par davantage de souveraineté européenne et un multilatéralisme efficace, orienté vers des résultats concrets. Ils a appelé » à ne pas accepter passivement la loi du plus fort ».

Un monde plus instable, sans règles claires

Le chef de l’État a d’abord décrit un monde en profonde mutation, caractérisé par ce qu’il qualifie de « brutalisation » des relations internationales. Plus de soixante conflits armés recensés en 2024, une guerre d’agression russe contre l’Ukraine qui s’inscrit dans la durée, des tensions persistantes au Moyen-Orient et en Afrique, mais aussi une extension des conflits vers de nouveaux champs comme le cyberespace, l’information ou le commerce.

Selon Emmanuel Macron, le monde glisse vers un ordre où le droit international est contourné et où la force prime de plus en plus sur les règles communes. Cette évolution s’accompagne d’un affaiblissement des mécanismes de gouvernance collective et d’un multilatéralisme fragilisé, parfois bloqué ou contourné par les grandes puissances.

Refuser la loi du plus fort comme la posture morale

Face à cette situation, le président français a explicitement rejeté deux voies qu’il juge dangereuses. La première serait l’acceptation passive de la loi du plus fort, conduisant à une logique de vassalisation et de blocs. Emmanuel Macron a mis en garde contre toute forme de complaisance vis-à-vis d’un nouvel impérialisme économique ou politique.

La seconde voie, tout aussi inefficace selon lui, consisterait à se réfugier dans une posture strictement morale, faite de condamnations sans capacité d’action. Une telle attitude condamnerait l’Europe et ses alliés à la marginalisation et à l’impuissance dans un monde de plus en plus compétitif.

Souveraineté européenne et multilatéralisme efficace

La ligne défendue à Davos repose sur un double pilier. D’un côté, renforcer la souveraineté et l’autonomie stratégique de l’Europe. De l’autre, défendre un multilatéralisme pragmatique, capable de produire des résultats concrets au service des intérêts collectifs.

Emmanuel Macron a rappelé l’attachement de la France et de l’Europe à la souveraineté nationale, à la Charte des Nations unies et aux enseignements tirés de la Seconde Guerre mondiale. Cet engagement se traduit, selon lui, par une volonté de coopérer avec les alliés, comme l’illustre le soutien apporté au Danemark dans le cadre des exercices conjoints au Groenland, sans logique de provocation.

Sur les Etats-Unis, le président français a estimé qu’ils « cherchent ouvertement à affaiblir et à subordonner l’Europe », ciblant notamment « l’accumulation incessante de droits de douane ».

La présidence française du G7 comme levier de coopération

Dans ce contexte international tendu, la France entend utiliser sa présidence du G7 comme un outil de relance du dialogue entre grandes économies. L’objectif affiché est de restaurer le G7 comme un espace de discussion franche, capable d’élaborer un diagnostic partagé de la situation économique mondiale et de s’engager sur des actions concrètes.

La France souhaite également renforcer les ponts entre le G7, le G20 et les pays émergents, afin d’éviter une fragmentation durable de l’économie mondiale.

Une stratégie européenne fondée sur protection, simplification et investissement

Sur le plan européen, le président a insisté sur la nécessité de corriger les faiblesses structurelles de l’Union, notamment son déficit de croissance et d’investissement. La stratégie proposée repose sur trois axes majeurs.

Le premier est la protection, à distinguer clairement du protectionnisme. Emmanuel Macron a dénoncé la naïveté européenne face à des partenaires qui protègent largement leurs marchés et subventionnent leurs industries. Il a appelé à utiliser pleinement les instruments de défense commerciale existants, à promouvoir une véritable préférence européenne et à exiger des conditions de concurrence équitables, notamment face à la Chine du contributeur du FEM, Xi Jinping. Le président français a appelé à « davantage d’investissements chinois en Europe, dans plusieurs secteurs clés ».

Le deuxième axe concerne la simplification. Le chef de l’État a plaidé pour un allègement et une meilleure cohérence des réglementations européennes, afin de renforcer la profondeur du marché unique et de permettre aux entreprises européennes de considérer réellement les 450 millions de consommateurs comme leur marché domestique.

Enfin, le troisième pilier repose sur l’investissement et l’innovation. Emmanuel Macron a souligné que l’écart de richesse par habitant entre l’Europe et les États-Unis s’explique en grande partie par un différentiel d’innovation. Il a appelé à un effort massif d’investissement dans les technologies critiques, de l’intelligence artificielle au quantique, en passant par les technologies vertes, la défense et la sécurité, ainsi qu’à une accélération de l’union des marchés de capitaux pour mobiliser l’épargne européenne au service de l’innovation.

La France et l’Europe comme espaces de stabilité et de prévisibilité

Emmanuel Macron a défendu l’attractivité de la France et de l’Europe, qu’il décrit comme des espaces de stabilité, de prévisibilité juridique et de respect de l’État de droit. Malgré leur lenteur et la nécessité de réformes, ces caractéristiques constituent, selon lui, un avantage stratégique dans un monde instable.

Une discussion avec Larry Fink

Le discours d’Emmanuel Macron s’est terminé par une discussion avec le coprésident du WEF, Larry Fink. Répondant à une question du parton de BlacRock, fonds de pension membre du WEF sur les solutions qui permettraient d’accélérer l’Economie européenne, Macron a estimé qu’il n’existe pas de solution unique pour accélérer l’Europe, mais deux priorités immédiates : instaurer une véritable préférence européenne dans les secteurs stratégiques et achever l’Union des marchés de capitaux. Selon lui, ces deux leviers peuvent changer rapidement la donne économique.

Le président français a de nouveau alerté sur le choc commercial chinois, désormais marqué par un excédent massif vis-à-vis de l’Europe, et appelle à éviter toute guerre tarifaire entre alliés occidentaux, jugée contre-productive face aux défis géopolitiques actuels.

Sur l’intelligence artificielle, Macron a défendu la France comme l’un des écosystèmes les plus dynamiques d’Europe, tout en soulignant que le véritable enjeu est de permettre aux entreprises de raisonner à l’échelle du marché européen, et non national.

Il a conclu par un appel à l’investissement, à l’innovation et à la coopération internationale, rappelant que paix, prospérité et transition climatique restent indissociables.

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