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Stéphanie Rist. Photo : @Antoine Lamielle

Désinformation en santé : le gouvernement lance une stratégie contre un péril jugé « massif » pour la santé publique

Face à une désinformation sanitaire jugée désormais omniprésente et dangereuse, le gouvernement français a présenté une stratégie nationale de riposte. Consultations citoyennes, observatoire dédié et dispositif d’« infovigilance » doivent permettre de restaurer la confiance dans la science et les institutions de santé.

La désinformation en matière de santé constitue aujourd’hui un « péril » pour la santé publique et une priorité stratégique pour l’État. C’est le constat posé par le gouvernement, qui a dévoilé le 12 janvier les grandes lignes d’un plan destiné à endiguer un phénomène qualifié de « massif », amplifié par les réseaux sociaux et susceptible de détourner les patients des soins.

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, également médecin de profession, a insisté sur l’ampleur du défi. Vaccination, traitements médicaux, pratiques de soins non conventionnels : la désinformation touche l’ensemble du champ sanitaire et fragilise à la fois la prévention, la prise en charge des patients et la confiance envers la science. « Le phénomène, loin d’être marginal, s’enracine dans notre quotidien numérique et appelle une réponse systémique, transversale et déterminée », souligne-t-elle.

Cette stratégie s’inscrit dans la continuité des travaux engagés au printemps 2025 sous l’impulsion de l’ancien ministre chargé de la Santé Yannick Neuder. Elle s’appuie notamment sur un rapport d’expertise « indépendant » remis au ministère, rédigé par trois scientifiques : Mathieu Molimard, professeur de pharmacologie clinique, Dominique Costagliola, épidémiologiste et biostatisticienne, et Hervé Maisonneuve. Leur diagnostic est sévère : la désinformation en santé est devenue si répandue qu’elle menace « l’existence même des systèmes de santé tels que nous les connaissons ».

Selon ces experts, les fausses informations sont diffusées par des acteurs très divers, allant d’influenceurs à des groupes militants, parfois même par des scientifiques détournant leur légitimité, pour des motivations économiques, idéologiques ou identitaires. Face à cette déferlante, la population apparaît insuffisamment armée pour distinguer information fiable et opinion, tandis que les mécanismes de détection et de réponse restent jugés trop dispersés et mal coordonnés.

Pour y remédier, le gouvernement prévoit une phase de consultations citoyennes, appuyée par des enquêtes d’opinion, et la création d’un Comité citoyen composé de 27 personnes, qui tiendra des assises nationales à la mi-février. L’objectif affiché est de mieux comprendre les attentes, les inquiétudes et les mécanismes d’adhésion aux discours trompeurs.

Autre pilier de la stratégie : l’Observatoire de la désinformation en santé, annoncé dès avril 2025 et toujours en cours de mise en place. Cet organisme aura pour mission d’assurer une veille continue, de publier des baromètres réguliers et d’animer des groupes de travail afin d’analyser les dynamiques de propagation des fausses informations. À partir de la fin janvier, un dispositif d’« infovigilance » doit également voir le jour, associant experts, journalistes, institutions et créateurs de contenus pour détecter rapidement les intox, en analyser les ressorts et diffuser des réponses fiables et pédagogiques.

Le rapport pointe par ailleurs une « vulnérabilité éducative systémique », marquée par une difficulté à comprendre les niveaux de preuve scientifique. Pour reconstruire un socle de confiance, le gouvernement entend renforcer l’éducation critique à la santé dès le plus jeune âge et poursuivre la responsabilisation des plateformes numériques, désormais perçues comme de véritables acteurs médiatiques du fait de leurs algorithmes. Les experts notent à ce titre que la plateforme X, propriété d’Elon Musk, a été la seule à refuser explicitement de participer à leurs travaux.

Enfin, marqués par les attaques subies durant la pandémie de Covid-19, les auteurs du rapport appellent à un changement de paradigme : sanctionner plus fermement les désinformateurs et mieux protéger les scientifiques et professionnels de santé exposés. Une orientation assumée par l’exécutif, qui voit dans la lutte contre la désinformation sanitaire un enjeu central de résilience collective face aux crises futures.

Sources :

Sud Ouest avec AFP – 12 janvier 2026 – lien

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