Face à une contestation d’ampleur nationale et à un blackout quasi total d’Internet, les autorités iraniennes ont lancé une offensive technologique inédite contre Starlink. Drones, brouillage satellitaire et répression judiciaire visent à faire taire ce qui est devenu l’ultime canal de diffusion d’images et de témoignages hors du pays.
La scène se déroule loin des regards, dans le ciel nocturne des grandes villes iraniennes. Tandis que les forces de sécurité du régime répriment les manifestations, des drones survolent les toits à la recherche de paraboles blanches caractéristiques. Leur cible n’est pas militaire mais informationnelle : les terminaux Starlink, opérés par SpaceX, aujourd’hui perçus par le pouvoir comme une menace stratégique directe.
Depuis le durcissement brutal de la répression et la coupure quasi totale d’Internet et des réseaux mobiles décidée le 8 janvier, les rares images et récits parvenant de l’intérieur du pays transitent par ce réseau satellitaire, conçu initialement pour fournir un accès global à Internet.
Cette dépendance technologique explique l’ampleur de la riposte. Selon plusieurs médias internationaux, dont le The Wall Street Journal, les autorités iraniennes ont engagé une véritable « guerre contre l’information ». Outre la traque physique des équipements, des signaux de brouillage d’un niveau militaire inédit ont été détectés, perturbant jusqu’à 80 % du trafic Starlink à certains moments.
Ces interférences, rapportées notamment par le média en exil IranWire, seraient d’une sophistication jamais observée auparavant. Pour l’expert en cybersécurité Amir Rashidi, cité par plusieurs sources, une telle technologie suggère une assistance étrangère. La piste russe, voire chinoise, est régulièrement évoquée dans la presse internationale, sans confirmation officielle.
La répression s’appuie également sur un arsenal juridique renforcé. Depuis l’adoption d’une loi en juillet 2025, la détention d’un terminal Starlink est illégale en Iran. Elle peut être assimilée à de l’espionnage au profit d’Israël et exposer son détenteur à des peines allant jusqu’à dix ans de prison. Dans ce contexte, les équipements présents sur le territoire ont été introduits clandestinement, souvent via les Émirats arabes unis ou le Kurdistan irakien.
Selon des estimations relayées par Courrier international, entre 40 000 et 50 000 personnes utiliseraient actuellement Starlink en Iran, certains chiffres évoquant même jusqu’à 100 000 utilisateurs. Un nombre infime au regard d’une population de plus de 90 millions d’habitants, mais suffisant pour permettre à des images de la répression et des manifestations de franchir les frontières numériques imposées par le régime.
Une certitude demeure, soulignée par la presse britannique : utiliser Starlink en Iran expose à des risques extrêmes. Dans un pays plongé dans le noir informationnel, se connecter au monde extérieur est devenu un acte de résistance, potentiellement mortel.
Sources :
Courrier international – 13 janvier 2026 – lien
The Guardian – janvier 2026 – https://www.theguardian.com
The Wall Street Journal – janvier 2026 – https://www.wsj.com
IranWire – janvier 2026 – https://iranwire.com