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Nicolas Maduro. Photo : DR

Venezuela : Washington abandonne l’accusation clé contre Maduro sur le cartel de los Soles

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La justice américaine n’accuse plus Nicolas Maduro d’être à la tête du cartel de los Soles, une qualification centrale de l’acte d’inculpation formulé en 2020. Cette inflexion majeure, révélée début janvier, fragilise un récit longtemps porté par l’administration Trump et relance le débat sur la réalité du narcotrafic vénézuélien et son instrumentalisation politique.

C’est un revirement juridique aux lourdes implications politiques. Dans l’acte d’accusation rendu public le 3 janvier 2026 par la justice américaine, le nom de Nicolas Maduro n’est plus associé au rôle de chef du cartel de los Soles, une accusation pourtant martelée depuis cinq ans par Washington. L’abandon de cette qualification marque une rupture avec la ligne défendue jusqu’à récemment par l’administration du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald J. Trump.

En 2020, le ministère américain de la Justice affirmait que le président vénézuélien dirigeait personnellement une organisation criminelle responsable de l’acheminement de milliers de tonnes de cocaïne vers les États-Unis. Le terme « cartel de los Soles » apparaissait alors à trente-deux reprises dans l’acte d’inculpation. Cette narration avait été renforcée en 2025, lorsque le département du Trésor avait classé ce supposé cartel parmi les organisations terroristes, assortissant l’accusation d’une récompense de 50 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation de Maduro.

Or, dans la nouvelle version de l’acte judiciaire, le cartel de los Soles n’est plus mentionné que deux fois et n’apparaît plus comme une organisation structurée dirigée par le chef de l’État. Le texte évoque désormais un « système de clientélisme dirigé par ceux qui sont au sommet », une formulation nettement plus floue et prudente. Maduro reste accusé d’avoir utilisé les institutions qu’il contrôlait pour faciliter le transit de cocaïne, mais sans être présenté comme le leader d’un cartel au sens classique.

Cette évolution confirme les critiques formulées de longue date par de nombreux spécialistes du crime organisé. Des centres de recherche comme InSight Crime ont dénoncé une « vision hollywoodienne » du cartel de los Soles, rappelant qu’il ne s’agit pas d’une structure pyramidale dotée d’un commandement centralisé. Le terme renverrait plutôt à des réseaux de corruption diffus, impliquant des militaires, des policiers et des fonctionnaires civils, facilitant divers trafics, dont celui de la drogue.

Historiquement, l’expression « cartel de los Soles » est apparue en 1993 dans la presse vénézuélienne, lors du procès de deux généraux chargés de l’unité antidrogue. Elle faisait référence aux soleils figurant sur les épaulettes des officiers supérieurs. Depuis, la réalité du narcotrafic au Venezuela s’est transformée au gré des évolutions régionales, notamment du conflit colombien et de la pression exercée sur les cartels de Medellín puis de Cali.

Les experts soulignent également une autre inexactitude persistante dans le discours américain : la destination de la cocaïne transitant par le Venezuela. Contrairement aux affirmations de Washington, une large part de cette drogue serait destinée au marché européen, bien plus rémunérateur que le marché américain. Le kilo de cocaïne s’y vendrait près de 30 000 dollars, contre environ 17 000 aux États-Unis, où la consommation a reculé ces dernières années.

L’effondrement économique du Venezuela depuis la mort d’Hugo Chávez en 2013 a par ailleurs favorisé l’essor et la diversification des structures criminelles. Selon InSight Crime, le gouvernement Maduro tolérerait certaines formes de corruption au sein des forces de sécurité afin d’assurer leur loyauté, sans pour autant orchestrer centralement le narcotrafic. Une logique de survie politique et sociale davantage que de stratégie idéologique hostile aux États-Unis.

Autre point remis en cause par les chercheurs : le lien supposé entre le cartel de los Soles et le Tren de Aragua, groupe criminel vénézuélien récemment classé organisation terroriste par Washington. Les enquêtes indépendantes n’ont pas établi de coopération structurelle entre les deux entités, le Tren de Aragua étant principalement impliqué dans l’extorsion, la traite de personnes et le trafic de migrants, plutôt que dans l’exportation de cocaïne vers les États-Unis.

En renonçant à présenter Nicolas Maduro comme le chef d’un cartel inexistant en tant qu’organisation formelle, la justice américaine semble reconnaître implicitement les failles d’un récit longtemps utilisé à des fins politiques. Une correction tardive, qui n’efface ni les accusations graves toujours portées contre l’ex-dirigeant vénézuélien, ni les débats sur l’usage stratégique de la lutte antidrogue dans la politique étrangère américaine.

Source : Le Monde.

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