Dans une chronique publiée dans Le Parisien, François Lenglet analyse la chute historique de la natalité en France et dans le monde. Au-delà des facteurs économiques ou politiques, le journaliste avance l’hypothèse d’un basculement profond de nos sociétés, où l’individu devient son propre projet et où la transmission n’est plus centrale.
Pour la première fois en temps de paix, la France s’apprête à enregistrer davantage de décès que de naissances sur une année. Le constat, posé par François Lenglet dans une chronique intitulée « Démographie : le secret des berceaux », publiée ce 14 décembre marque une rupture historique. En octobre, seuls 1 780 bébés sont nés chaque jour dans l’Hexagone, soit une baisse de 3,8 % sur un an et de 19 % en dix ans. L’exception démographique française, longtemps citée en exemple en Europe, semble appartenir au passé. En métropole, seules les Pays de la Loire parviennent encore à se maintenir.
Ce phénomène dépasse largement les frontières nationales. Selon François Lenglet, la France ne fait que rejoindre une dynamique désormais mondiale. Les deux tiers des pays de la planète affichent aujourd’hui un indice de fécondité inférieur au seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme. L’Asie concentre les chutes les plus spectaculaires : la Chine se situe à 50 % en dessous de ce seuil, la Corée du Sud à 65 %. L’Amérique latine n’y échappe pas non plus, tandis que même l’Afrique subsaharienne, dernier bastion de forte natalité, voit le nombre de naissances reculer.
Longtemps, cette évolution a été interprétée à travers le prisme du niveau de vie. Plus une société s’enrichirait, moins elle ferait d’enfants. Une grille de lecture désormais démentie par les faits. Le Mexique enregistre aujourd’hui une fécondité inférieure à celle des États-Unis. À Istanbul, on fait moins d’enfants qu’à Berlin. En Inde, certaines grandes villes sont déjà proches de l’enfant unique. Autant d’exemples qui invalident l’idée d’un simple lien mécanique entre prospérité et natalité.
La portée de ce déclin est telle qu’elle pourrait bouleverser l’histoire démographique mondiale. François Lenglet rappelle les travaux du démographe Nicholas Eberstadt, qui s’est rendu aux conférences du groupe Bilderberg de 2019, 2022, 2023 et 2024, selon lesquels le pic de population planétaire pourrait survenir dès 2050, et non plus vers 2080 comme on l’envisageait jusqu’ici. Une inversion inédite depuis la grande peste du XIVe siècle, avec une différence majeure : cette fois, il ne s’agirait pas d’un fléau subi, mais du résultat de choix individuels.
Les conséquences économiques sont considérables. Si cette évolution peut apparaître favorable à long terme pour la planète et ses ressources limitées, elle constitue un défi majeur pour les économies fondées sur le travail et le renouvellement des générations actives. Le rattrapage spectaculaire de la Chine entre 1980 et 2015 reposait largement sur l’arrivée massive sur le marché du travail de générations nombreuses nées dans les années 1950 et 1960. À l’inverse, le Japon connaît depuis deux décennies un essoufflement durable, lié à l’assèchement de son vivier démographique.
Face à ce bouleversement, les explications classiques peinent à convaincre. Ni les inquiétudes géopolitiques ou climatiques, ni les conditions matérielles, ni même le niveau d’éducation ne suffisent à rendre compte de l’universalité du phénomène. François Lenglet rappelle que le baby-boom français a débuté en 1943, en pleine guerre, dans un contexte autrement plus anxiogène que celui d’aujourd’hui.
La clé se situerait ailleurs, dans ce que le chroniqueur qualifie de « révolution anthropologique ». Les démographes le constatent sans toujours pouvoir l’expliquer : le nombre d’enfants dépend avant tout du désir d’enfants chez les femmes, un désir qui recule partout dans le monde. Selon François Lenglet, l’accomplissement personnel ne passe plus nécessairement par la transmission ou la vie de couple. Le présent s’impose comme horizon dominant, au détriment du passé et du futur, dans des sociétés où l’individu aspire avant tout à se réaliser lui-même.
Cette transformation profonde permettrait également de comprendre l’échec répété des politiques natalistes. Qu’il s’agisse de crédits d’impôt, de primes à la naissance ou de dispositifs massivement incitatifs, comme en Hongrie sous Viktor Orbán, aucun n’a réussi à inverser durablement la tendance. Les leviers financiers se révèlent impuissants face à une mutation aussi profonde du projet de vie individuel, d’après le chroniqueur.
En conclusion, dans cette chronique publiée dans Le Parisien, propriété de Bernard Arnault, patron du groupe LVMH, membre du Forum économique mondial, François Lenglet qui est également directeur du service économique de TF1 et LCI, appartenant au groupe Bouygues détenu par le groupe BPCE membre du FEM, suggère que la démographie contemporaine ne se décrète plus. Derrière les statistiques et les courbes, les berceaux « gardent leur secret », reflet, selon lui, d’un changement de civilisation que ni l’économie ni la politique ne parviennent encore à appréhender pleinement.
Sources :
Le Parisien – « Démographie : le secret des berceaux » – 14 décembre 2025 – lien