You are currently viewing Ukraine–Russie : Washington pousse une stratégie d’« interdépendance économique » qui fracture l’Occident
Donald Trump. Photo : @Daniel Torok/Wikipedia

Ukraine–Russie : Washington pousse une stratégie d’« interdépendance économique » qui fracture l’Occident

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:MONDE
  • Commentaires de la publication :0 commentaire

Selon des documents confidentiels révélés par le Wall Street Journal, l’administration du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald Trump promeut une nouvelle doctrine vis-à-vis de Moscou, fondée sur l’intégration économique plutôt que sur la sanction. Au cœur de cette approche, l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer la reconstruction de l’Ukraine sous pilotage américain. Une orientation qui provoque une vive opposition des capitales européennes et révèle une profonde fracture transatlantique.

Le conflit ukrainien ne se joue plus uniquement sur le terrain militaire. Il est désormais le théâtre d’une confrontation économique et stratégique majeure entre alliés occidentaux. D’après des documents transmis par l’administration Trump à plusieurs gouvernements européens et consultés par le Wall Street Journal, Washington cherche à redéfinir en profondeur sa politique vis-à-vis de la Russie, en privilégiant une logique d’« interdépendance économique » conditionnée à un cessez-le-feu en Ukraine.

Au centre de cette divergence se trouve le sort des quelque 200 milliards de dollars d’avoirs de la banque centrale russe gelés depuis 2022, dont la majorité est conservée dans des institutions financières européennes, notamment via Euroclear. Là où les Européens voient un levier stratégique au service de l’effort de guerre ukrainien, les États-Unis y perçoivent une opportunité financière et un instrument de négociation avec Moscou.

La proposition américaine repose sur un schéma ambitieux. Selon les documents évoqués, Washington souhaite confier la gestion de ces fonds à des acteurs financiers américains afin de financer la reconstruction de l’Ukraine. Les responsables de l’administration Trump mettent en avant l’expertise de Wall Street pour faire fructifier ce capital, avançant l’idée qu’un montant initial de 200 milliards de dollars pourrait générer jusqu’à 800 milliards de dollars d’investissements sous gestion américaine. Les États-Unis iraient jusqu’à réclamer 50 % des profits réalisés sur une mise de départ de 100 milliards de dollars.

Cette approche est perçue en Europe comme un capitalisme d’opportunité dangereux. Les capitales européennes défendent une stratégie radicalement différente : utiliser les avoirs russes gelés comme garantie pour un prêt massif destiné à fournir à Kiev des liquidités immédiates. L’objectif est clair : financer l’achat d’armes, maintenir les fonctions vitales de l’État ukrainien et éviter un effondrement budgétaire. Pour les Européens, le plan américain offrirait à la Russie un répit économique susceptible de renforcer sa capacité militaire, sapant les efforts d’isolement économique menés depuis plus de trois ans.

La dimension la plus explosive du projet américain concerne toutefois la Russie elle-même. Les annexes des documents décrivent un scénario de réintégration économique progressive de Moscou. Des entreprises américaines se disent prêtes à investir dans des secteurs stratégiques russes, notamment l’extraction de terres rares et les projets énergétiques dans l’Arctique. Plus encore, le plan évoque la restauration partielle des flux énergétiques russes vers l’Europe occidentale, un revirement majeur par rapport à la politique européenne de rupture avec le gaz et le pétrole russes engagée depuis 2022.

Pour plusieurs diplomates européens, cette orientation constitue une remise en cause frontale de décennies de doctrine occidentale. Certains n’hésitent pas à parler d’un « Yalta économique », où les intérêts financiers primeraient sur les principes de sécurité collective. Le scepticisme s’est exprimé publiquement, notamment de la part du chancelier allemand Friedrich Merz, passé par BlackRock, membre du Forum économique mondial. Le Premier ministre polonais et contributeur du FEM, Donald Tusk a résumé l’inquiétude ambiante en affirmant : « Nous savons qu’il ne s’agit pas de paix. Il s’agit de business. »

L’élaboration de cette stratégie s’est faite en marge des circuits diplomatiques traditionnels. Elle résulte de discussions directes entre l’envoyé spécial de Donald Trump pour la Russie, Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, et Kirill Dmitriev, directeur du fonds souverain russe, contributeur du FEM et proche de Vladimir Poutine. Ces échanges, décrits comme relevant d’une diplomatie parallèle menée par des hommes d’affaires, se seraient notamment tenus dans la résidence de Witkoff à Miami Beach.

Kirill Dmitriev, ancien cadre de Goldman Sachs, aurait défendu une vision de la Russie comme territoire d’opportunités économiques plutôt que comme menace stratégique. Il serait allé jusqu’à proposer des coopérations symboliques entre industries spatiales américaines et russes, incluant SpaceX, autour d’un projet de mission conjointe vers Mars. Cette approche résume la philosophie prêtée à Donald Trump : privilégier les affaires à la géopolitique, sans exiger de transformation politique ou démocratique préalable à Moscou.

Cette perspective a déjà déclenché une ruée discrète des investisseurs. Des hommes d’affaires proches de l’administration Trump, ainsi que des donateurs de campagne, se positionnent en amont d’un éventuel dégel. Des représentants de milliardaires russes sanctionnés, comme Gennady Timchenko ou les frères Rotenberg, auraient rencontré des entreprises américaines pour explorer des projets d’extraction de ressources dans l’Arctique. Des groupes comme Exxon Mobil, membre du FEM auraient également repris contact avec Rosneft concernant un possible retour sur le projet gazier de Sakhaline, tandis que des investisseurs américains multiplient les démarches pour reprendre le contrôle du gazoduc Nord Stream 2.

Sources :

La Tribune, Wall Street Journal, Le Monde.

Laisser un commentaire