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Gilles et Jean-Michel de l'association Sos Donbass. Image : X-Pression Média

Interview Exclusive : des militants de SOS Donbass dénoncent des arrestations « politiques » et défendent leur engagement humanitaire

Interrogés après l’arrestation de quatre membres de leur association, dont Anna Novikov, Vincent Perfetti et Vyacheslav Prudchenko, Gilles et Jean-Michel, membres de l’association SOS Donbass défendent un engagement qu’ils affirment strictement humanitaire et pacifiste. Ils dénoncent des accusations d’espionnage qu’ils jugent infondées et alertent sur la dérive du climat géopolitique en Europe.

Créée en 2022, l’association SOS Donbass se présente comme une structure humanitaire destinée à venir en aide aux populations civiles affectées par la guerre dans l’est de l’Ukraine. Gilles et Jean-Michel assurent que leur action consiste avant tout à livrer médicaments, fauteuils roulants, vêtements, produits de première nécessité ou encore matériel médical à des habitants qu’ils décrivent comme « les premières victimes d’un conflit qui dure depuis 2014 ». Les convois de 2022 et de mars 2025 constituent, selon eux, les temps forts de cet engagement, mené au plus près d’une population « bombardée, appauvrie, privée de moyens pour se défendre » et à laquelle ils estiment devoir « rendre un peu de dignité ».

L’association revendique également un rôle de communication. Ses membres affirment vouloir défendre un message de paix, dénonçant ce qu’ils qualifient de « climat va-t-en-guerre en Europe occidentale ». À leurs yeux, seule une voie diplomatique pourrait mettre fin au conflit russo-ukrainien, et ils citent parmi les personnalités publiques évoquant une solution négociée Luc Ferry ou Hubert Védrine. Leur argumentation repose sur une critique des récits médiatiques dominants, qu’ils jugent incomplets, tout en revendiquant une position qu’ils qualifient de « raisonnable », sans affiliation idéologique affichée.

Au cœur de leur discours revient régulièrement la figure d’Anna Novikova, fondatrice de l’association en 2022, mère de famille franco-russe engagée dans l’aide humanitaire. Les militants réfutent toute accusation portée contre elle, affirmant qu’elle « n’est pas une espionne » mais une « citoyenne mobilisée pour la paix », même si une photo d’elle avec un tee-shirt « Z » aux côtés de Florian Philippot avait tout de même défrayé la chronique. Son nom est au centre de l’actualité depuis le 17 novembre, lorsque quatre membres de SOS Donbass ont été interpellés par la DGSI. Anna Novikova, Vincent Perfetti, président de l’association, et un militant prénommé Prouchenko sont depuis incarcérés. Le quatrième a été libéré. Les autorités les soupçonnent notamment d’activités d’ingérence ou de relais de propagande étrangère ; des accusations que l’association rejette fermement, dénonçant ce qu’elle considère comme une opération politique.

Les militants interrogés évoquent notamment une campagne d’affichage reprochée à l’un des prévenus. Ils distinguent deux initiatives : d’une part leur propre slogan, « La Russie n’est pas mon ennemi », repris d’un mouvement italien et limité selon eux aux panneaux d’expression publique autorisés ; d’autre part les affiches incriminées par le parquet, représentant un soldat soviétique avec la mention « 80 ans, remercie le soldat soviétique vainqueur ». Les membres affirment ne disposer d’« aucun élément matériel » attestant la responsabilité de leur camarade, tout en estimant que la version officielle repose essentiellement sur des images de vidéosurveillance évoquées par l’accusation.

Au-delà des faits judiciaires, leurs inquiétudes dépassent largement le cadre de l’association. Ils expriment la crainte d’une montée des tensions internationales, d’une rupture durable du dialogue entre l’Europe et la Russie, et d’un risque d’escalade susceptible d’entraîner les BRICS comme les puissances occidentales. Ils redoutent une dérive vers un conflit mondial et s’interrogent sur les orientations politiques en France, notamment autour du retour d’un service militaire obligatoire qu’ils interprètent comme un signe supplémentaire de crispation géopolitique. L’association se revendique « patriote » et « non violente », plaidant pour éviter toute provocation et refuser « les engrenages qui pourraient coûter cher aux générations futures ».

Face à l’incarcération de leurs camarades, les sympathisants affirment recevoir peu d’informations : les familles, disent-ils, restent silencieuses. Ils annoncent toutefois leur intention de se mobiliser pour obtenir la libération des trois membres encore détenus, qu’ils considèrent comme des « prisonniers politiques ». Selon eux, leur seule faute aurait été de « porter la voix de la paix dans un contexte où cela ne correspond pas au narratif officiel ».

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