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Gerhard Schröder. Photo : @Primeminister.kz

Guerre en Ukraine : la proposition de Vladimir Poutine autour de Gerhard Schröder fracture déjà l’Allemagne

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En proposant l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder comme médiateur potentiel dans la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine a ravivé une vieille ligne de fracture politique outre-Rhin. Entre rejet catégorique du gouvernement allemand et soutien prudent d’une partie du SPD, cette initiative russe relance le débat sur les liens historiques entre Berlin et Moscou.

La déclaration n’aura pris que quelques heures pour provoquer une onde de choc politique en Allemagne. Samedi 9 mai, à l’occasion des célébrations du Jour de la Victoire à Moscou, Vladimir Poutine a désigné Gerhard Schröder comme son interlocuteur privilégié dans l’hypothèse d’une reprise du dialogue entre la Russie et les Européens concernant la guerre en Ukraine.

Interrogé sur le profil idéal d’un médiateur, le président russe a répondu qu’il préférerait « personnellement » l’ancien chancelier allemand, au pouvoir de 1998 à 2005. Une prise de position loin d’être anodine tant Gerhard Schröder demeure, depuis plus de vingt ans, l’un des responsables politiques occidentaux les plus étroitement liés au Kremlin.

L’ancien dirigeant social-démocrate n’a jamais véritablement rompu avec Vladimir Poutine. Même après l’invasion de l’Ukraine en février 2022, il avait refusé de condamner explicitement Moscou, provoquant un tollé en Allemagne et jusque dans son propre parti, le SPD. Ses relations avec les grandes entreprises énergétiques russes avaient également alimenté les critiques : Schröder avait occupé des fonctions importantes au sein des projets Nord Stream 1 et Nord Stream 2, avant de rejoindre le conseil d’administration du géant pétrolier Rosneft.

À Berlin, la réaction du gouvernement fédéral a été immédiate. Des sources gouvernementales citées par l’AFP ont estimé que cette proposition russe s’inscrivait dans « une série de fausses offres » relevant de la « stratégie hybride » du Kremlin. Le pouvoir allemand considère notamment que Moscou cherche à tester les divisions européennes tout en apparaissant comme ouvert à des négociations.

Le timing de cette déclaration est lui aussi hautement politique. Vladimir Poutine a affirmé, le même jour, que la guerre en Ukraine « touchait à sa fin », tout en maintenant qu’il s’agissait d’une « cause juste » pour la Russie.

En Allemagne, la proposition autour de Gerhard Schröder révèle surtout les fractures persistantes de la classe politique sur la Russie. Michael Roth, ancien président SPD de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, a rejeté l’idée avec fermeté dans les colonnes du Tagesspiegel. Selon lui, un médiateur crédible « ne peut tout simplement pas être le pote de Poutine ». Il rappelle également qu’aucune médiation ne pourrait être imposée sans l’accord préalable de Kiev.

Mais au sein même du SPD, certains élus refusent d’écarter totalement l’initiative. Le parti social-démocrate reste traversé par une tradition pacifiste et par l’héritage de l’Ostpolitik, cette doctrine historique d’ouverture envers Moscou développée pendant la Guerre froide. Pour Adis Ahmetovic, porte-parole du SPD pour les affaires étrangères, la proposition mérite au moins d’être « soigneusement pesée » avec les partenaires européens.

Le député Ralf Stegner va encore plus loin, estimant qu’« il faut saisir chaque chance », même minime, afin d’éviter que les discussions sur l’avenir de l’Ukraine ne soient monopolisées par Moscou et Washington. À l’inverse, les partis plus atlantistes ou libéraux considèrent cette hypothèse comme dangereuse et politiquement toxique.

La figure de Gerhard Schröder cristallise depuis longtemps les tensions allemandes autour de la dépendance énergétique à la Russie. Pendant des années, les gazoducs Nord Stream ont symbolisé le rapprochement économique entre Berlin et Moscou. Après l’invasion de l’Ukraine, ils sont devenus, pour une partie de l’opinion publique, le symbole d’une naïveté stratégique allemande face au Kremlin.

Aujourd’hui âgé de 82 ans, Schröder reste largement marginalisé sur la scène politique nationale. Plusieurs privilèges liés à son statut d’ancien chancelier lui ont été retirés après 2022, et ses positions lui valent toujours une forte hostilité médiatique et politique. Pourtant, son nom conserve un poids symbolique considérable dans les relations germano-russes.

En proposant précisément cette figure controversée comme médiateur, Vladimir Poutine envoie aussi un message politique à l’Europe : celui d’un retour possible aux anciens canaux de dialogue et aux réseaux d’influence historiques tissés avant la guerre. Une perspective qui, à Berlin comme à Bruxelles, suscite davantage de méfiance que d’espoir.

Sources :
TF1 Info – Guerre en Ukraine : Vladimir Poutine propose Gerhard Schröder comme médiateur – TF1 Info
Der Spiegel – Réactions du SPD à la proposition russe – Der Spiegel
Tagesspiegel – Déclarations de Michael Roth – Tagesspiegel
AFP – Réactions du gouvernement allemand et de la classe politique – AFP

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