Une sortie verbale de Tom Barrack, envoyé spécial américain, déclenche un tollé à Beyrouth. Accusé d’avoir insulté les journalistes libanais en leur ordonnant de se comporter de manière « civilisée », il cristallise les tensions entre Washington, la presse et les factions locales.
Le 26 août 2025, au palais présidentiel de Baabda, la conférence de presse de Tom Barrack, envoyé spécial de Donald Trump au Liban, s’est transformée en polémique internationale. Venu rencontrer le président libanais Joseph Aoun pour discuter du désarmement du Hezbollah, l’émissaire américain a réprimandé la presse locale dans des termes jugés condescendants et insultants.
« Si la situation devient chaotique et bestiale, nous partirons. Agissez de manière civilisée », a lancé Barrack aux journalistes, visiblement irrité par le brouhaha ambiant. Cette phrase, prononcée dans un contexte explosif, a déclenché une vague d’indignation dans les cercles médiatiques libanais.
L’ordre des rédacteurs et le Syndicat de la presse ont fermement condamné ses propos, évoquant une « insulte directe » et une atteinte aux normes diplomatiques. Des excuses publiques ont été exigées, sous peine de boycotter les futures visites de l’émissaire américain. Le journal An-Nahar et le quotidien francophone L’Orient-Le Jour ont dénoncé une posture arrogante, soulignant que Barrack avait « perdu le contrôle » et exposé sa « véritable vision » du Liban.
Les critiques ne se sont pas limitées aux cercles journalistiques. Al-Akhbar, proche du Hezbollah, a titré sa une du 27 août : « L’horrible Yankee ». Le quotidien accuse Barrack d’illustrer l’« arrogance impudente d’un cow-boy colonial », reprenant les codes d’un discours occidental prétendument civilisateur. Dans son éditorial, Al-Akhbar va jusqu’à dénoncer une « haine raciale dissimulée sous la diplomatie », relevant que la présidence libanaise s’est contentée d’exprimer de simples « regrets ».
Tom Barrack, également ambassadeur des États-Unis en Turquie, a tenté d’éteindre l’incendie en assurant que le terme « bestial » n’avait pas été utilisé de manière péjorative. « J’aurais dû être plus généreux de mon temps et plus tolérant moi-même », a-t-il déclaré, dans une tentative de mea culpa.
Mais le mal est fait. Cette scène tendue, survenue dans une salle de presse notoirement combative, est perçue par certains comme révélatrice de l’influence grandissante de Washington au Liban, et des pressions exercées sur les institutions locales. Dans un contexte où le Hezbollah reste puissamment ancré, malgré les récentes frappes israéliennes, toute parole diplomatique est scrutée à la loupe.
Pris entre des tensions régionales et la fragilité de son équilibre interne, le Liban voit ressurgir les spectres de la tutelle, qu’elle soit iranienne, israélienne ou américaine. Et de petites phrases, comme celle de Barrack, suffisent parfois à en raviver le souvenir brûlant.
Sources :
Le Monde – Comportement “bestial” : la sortie de l’émissaire de Trump au Liban passe mal – 28 août 2025
An-Nahar – Réactions à la conférence de presse de Tom Barrack – [août 2025]
L’Orient-Le Jour – Analyse éditoriale sur la diplomatie américaine au Liban – [août 2025]
Al-Akhbar – Une polémique révélatrice des tensions géopolitiques – [27 août 2025]