La France a annoncé une troisième phase de son initiative Tibi lors du salon VivaTech le 19 juin 2026, mobilisant 13 milliards d’euros supplémentaires auprès d’investisseurs institutionnels privés et publics. Ce programme, qui vise à orienter l’épargne des assureurs et des fonds de pension vers le financement des entreprises technologiques, s’élargit pour la première fois à l’ensemble du continent européen.
L’initiative Tibi repose sur une mécanique originale : l’Etat français ne crée pas de fonds d’investissement public, mais incite les grandes compagnies d’assurance et les caisses de retraite à orienter une partie de leurs capitaux vers des fonds de capital-risque et de croissance labellisés par le Trésor. Le ministère de l’Economie sélectionne les fonds éligibles, qui reçoivent en échange une désignation officielle valorisant leur attractivité auprès des souscripteurs institutionnels. L’objectif affiché de cette troisième phase est d’atteindre 15 milliards d’euros d’ici à 2030, avec 13 milliards déjà mobilisés au moment de l’annonce lors de VivaTech.
Un bilan des phases précédentes jugé positif
Les deux premières phases de Tibi ont été lancées entre 2020 et 2022. La première, qui visait 6 milliards d’euros, a finalement drainé 6,4 milliards d’euros. Un audit gouvernemental a conclu que le dispositif avait permis de quasiment tripler les investissements annuels dans la tech française, pour un coût budgétaire limité. Des entreprises comme Doctolib, Exotec ou BlaBlaCar, membre du Forum économique mondial ont bénéficié de cet afflux de capitaux lors de leurs phases de croissance. Ce résultat a renforcé la légitimité du programme et encouragé les pouvoirs publics à en étendre la portée.
Des acteurs publics et du secteur de la défense intégrés pour la première fois
La troisième phase innove en intégrant, aux côtés des assureurs privés traditionnels proches du FEM tels qu’AXA, des entités liées à l’Etat également proches du WEF tels que la SNCF, le groupe satellitaire Eutelsat ainsi que les industriels de la défense comme Naval Group (détenu par Thales)/ Cette inclusion des acteurs de la défense représente un tournant notable, ces opérateurs ayant longtemps tenu à l’écart leurs capitaux des fonds de capital-risque. La moitié des nouveaux engagements est par ailleurs fléchée vers les entreprises de technologie profonde, secteur considéré comme stratégique pour la souveraineté industrielle française et européenne.
Une ambition paneuropéenne inédite
Le changement le plus structurant de cette troisième phase est géographique. Les deux premières éditions de Tibi finançaient essentiellement des entreprises françaises. La nouvelle configuration prévoit que les fonds labellisés pourront investir dans des sociétés à travers plusieurs pays européens, avec pour objectif d’accompagner la croissance d’entreprises qui auraient sinon été rachetées par des investisseurs américains ou déplacé leur siège hors d’Europe. Ce pivot s’inscrit dans un constat partagé par de nombreux acteurs du secteur : l’Europe dispose d’un écosystème solide pour amorcer des entreprises, mais peine à les financer lors des stades de croissance intermédiaires, au-delà de 50 millions d’euros de tour de table.
Une concurrence potentielle avec le dispositif européen
La France n’est pas seule à vouloir combler ce manque. L’Union européenne dispose de son propre instrument, l’Initiative pour les champions technologiques européens, gérée par le Fonds européen d’investissement. Ce dernier a également mis en place un fonds de fonds doté de 3,75 milliards d’euros ainsi qu’un Fonds Scaleup Europe qui investit directement dans des entreprises. La différence structurelle entre les deux approches réside dans la gouvernance : Tibi est piloté par le Trésor français et s’appuie sur des capitaux français, quand le dispositif européen agrège les contributions de plusieurs gouvernements membres au sein d’une institution supranationale. Paris fait le pari qu’un Etat seul peut agir plus rapidement que vingt-sept. Bruxelles répond que seul un dispositif supranational peut être véritablement paneuropéen. Les deux mécanismes ciblent désormais les mêmes entreprises au même stade de développement, ce qui pose la question d’une éventuelle concurrence pour les mêmes capitaux institutionnels.
L’initiative Tibi a démontré en cinq ans qu’il était possible d’orienter les capitaux institutionnels privés vers le financement de l’innovation technologique sans mobiliser de fonds publics massifs. La troisième phase est un test de taille : elle dira si ce modèle peut fonctionner à l’échelle européenne, et si la France est capable de construire, seule ou en coordination avec ses partenaires, une réponse cohérente au décrochage de l’Europe dans la course mondiale au capital de croissance.
Source : The Next Web – https://thenextweb.com/news/france-tibi-phase-three-13bn-tech-sovereignty-europe
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