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La vallée de la chimie : les usines sur le territoire de Saint-Fons, au sud de Lyon. Photo. @Tusco / Wikimedia.

Polluants éternels : l’ONU interpelle Arkema, Daikin et l’État français sur la vallée de la chimie

Les Nations unies frappent un grand coup dans la lutte contre les PFAS, ces polluants persistants qui contaminent la vallée de la chimie, au sud de Lyon. Quatre rapporteurs spéciaux ont adressé des lettres à Arkema, Daikin et à l’État français, exprimant leur vive inquiétude face aux risques pour la santé des populations locales. Une étape qualifiée d’historique par l’association Notre affaire à tous, qui accompagne les victimes dans leurs démarches judiciaires.

La vallée de la chimie, au sud de Lyon, est aujourd’hui au cœur d’un scandale environnemental majeur. Les PFAS, surnommés polluants éternels en raison de leur persistance dans l’eau, l’air et les sols, contaminent massivement la région. Face à cette situation, quatre rapporteurs spéciaux des Nations unies – Marcos Orellana (substances toxiques), Astrid Puentes Riaño (environnement), Pedro Arrojo-Agudo (eau et assainissement) et Michael Fakhri (alimentation) – ont envoyé le 13 mars dernier des lettres à Arkema France et Daikin Chemicals France ainsi qu’à l’État français, rendues publiques le 12 mai.

Ces lettres expriment « une vive préoccupation quant aux effets néfastes sur les droits humains » des activités de ces entreprises dans les départements du Rhône, de la Loire et de l’Isère. Les PFAS sont désormais omniprésents : dans l’eau, les sols, les potagers et même dans les corps des travailleurs et des riverains. Plus de 220 000 personnes pourraient être concernées, avec des risques sanitaires graves tels que cancers, dysfonctionnements hormonaux ou troubles cardiovasculaires.

Cette mobilisation onusienne fait suite au courrier envoyé en juillet 2025 par l’association Notre affaire à tous, alertant sur les violations des droits humains liées à la contamination : droit à la santé, à un environnement sain, à l’eau, à l’alimentation et au respect de la vie privée et familiale. Si les rapporteurs ne valident pas officiellement ces accusations, ils jugent les informations suffisamment solides pour interpeller les entreprises et l’État, formulant neuf questions sur les mesures prises pour réduire les émissions de PFAS, protéger les populations et réparer les préjudices.

Arkema, entreprise qui compte parmi ses principaux actionnaires Bpifrance, Amundi, BlackRock et Norges Bank Investment Management, fonds d’investissement membre du Forum économique mondial a confirmé avoir répondu, réaffirmant la conformité de son site de Pierre-Bénite et son engagement à coopérer avec l’ONU. L’entreprise conteste certaines allégations, réservant ses arguments pour les procédures judiciaires en cours. Daikin, entreprise membre du WEF assure prendre la démarche au sérieux et avoir accéléré ses investissements pour réguler ses émissions.

L’État français est lui aussi dans le viseur des rapporteurs, accusé de ne pas avoir appliqué le principe de précaution ni pris de mesures concrètes pour réglementer et limiter les émissions de PFAS malgré la connaissance scientifique de leur toxicité. Cette mise en cause pourrait ouvrir la voie à de nouvelles actions judiciaires.

Cette mise en cause internationale alimente les critiques contre les autorités françaises, accusées depuis plusieurs années de minimiser le problème ou d’agir trop lentement face à l’ampleur potentielle de la contamination. Jean-Luc Mélenchon évoque ainsi « une politique de l’autruche sur les maladies écologiques », dénonçant l’absence de réponse suffisamment forte de la part du gouvernement.

Sur le plan judiciaire, Arkema et Daikin font déjà face à plusieurs procédures. Une plainte pénale pour mise en danger de la vie d’autrui a été déposée en 2022 par la commune d’Oullins-Pierre-Bénite, et la métropole de Lyon a ordonné en 2024 une expertise pour déterminer la responsabilité historique des deux industriels. Parallèlement, 250 riverains soutenus par Notre affaire à tous réclament plus de 40 millions d’euros de réparations. Emma Feyeux, juriste de l’association, souligne que cette pollution massive n’est pas un phénomène isolé et espère que ce combat inspirera d’autres actions à travers le pays.

Sources :

Reporterre – Polluants éternels : même l’ONU dénonce l’impunité des industriels français – https://reporterre.net/PFAS-des-rapporteurs-de-l-ONU-epinglent-deux-geants-de-la-vallee-de-la-chimie


Miroir Social
– Polluants éternels dans la vallée du Rhône : un scandale sanitaire passé sous silence – https://miroirsocial.com/participatif/polluants-eternels-dans-la-vallee-du-rhone-un-scandale-sanitaire-passe-sous-silence

Fondation pour la Recherche Médicale – Polluants éternels PFAS : quels risques pour la santé ? – https://www.frm.org/fr/actualites/polluants-eternels-pfas-quels-risques-pour-la-sante

Le Progrès – Ce que l’on sait, quatre ans après les révélations sur les polluants éternels – https://www.leprogres.fr/environnement/2026/05/13/ce-que-l-on-sait-quatre-ans-apres-les-revelations-sur-les-polluants-eternels

Compte X de Jean-Luc Mélenchon – Publication sur les PFAS et la vallée du Rhône – https://x.com/JLMelenchon/status/2055207682030620847

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