Dans un message publié le 25 avril 2026 sur X (anciennement Twitter), Pavel Durov, fondateur et PDG de Telegram, a fait une déclaration choc. Face à la recrudescence des enlèvements d’investisseurs en cryptomonnaies en France, l’application de messagerie préférée des Français affirme qu’elle choisirait de quitter entièrement le marché français plutôt que de donner accès aux messages privés des utilisateurs aux autorités.
« 2è pays au monde le plus piraté ! Un enlèvement de détenteur de crypto monnaies tous les 3,5 jours en France ! »
Le message est bref, brutal, taillé pour devenir viral. Pavel Durov, fondateur de Telegram, affirme que 41 enlèvements de détenteurs de cryptomonnaies auraient été recensés en France en 2026. Selon lui, cette flambée criminelle serait liée à la vente illégale de données fiscales et à des fuites massives exposant des investisseurs crypto à des réseaux organisés. Le Monde a également rapporté mi-avril que la France avait enregistré plus de 40 enlèvements liés aux cryptomonnaies depuis le début de l’année.
Dans son message publié sur X et relayé sur son canal Telegram, Pavel Durov cite notamment l’affaire Ghalia C., une employée du fisc soupçonnée d’avoir exploité ses accès administratifs pour transmettre des informations confidentielles. Le Parisien avait révélé en janvier qu’une agente des impôts de Bobigny aurait consulté des fichiers concernant notamment des investisseurs crypto et des personnalités, pour le compte d’un commanditaire encore mystérieux.
Pour le patron de Telegram, l’équation est limpide : plus l’État collecte de données, plus les fuites deviennent dangereuses. Et selon lui, l’escalade ne s’arrête pas là : l’État français réclamerait désormais les identifiants et les messages privés des utilisateurs de réseaux sociaux. Sa conclusion claque comme une menace politique et commerciale : « Telegram préférerait quitter le marché français plutôt que de donner à ces bureaucrates corrompus l’accès aux messages privés ».
Cette déclaration s’inscrit dans la ligne de conduite historique de l’application, qui a toujours refusé de créer des portes dérobées ou de compromettre le chiffrement de ses communications. Cette sortie intervient également dans un contexte déjà tendu entre Pavel Durov et la justice française. Le fondateur de Telegram avait été mis en examen en France en 2024 dans une enquête portant sur l’usage criminel présumé de la plateforme et son degré de coopération avec les autorités. Reuters et Le Monde ont rapporté qu’il avait ensuite obtenu des assouplissements de son contrôle judiciaire, tout en restant concerné par la procédure.
Le dossier dépasse donc largement le seul terrain des cryptomonnaies. Il touche à une question devenue centrale en Europe : jusqu’où les États peuvent-ils aller dans la surveillance numérique au nom de la sécurité ? Telegram revendique depuis des années une ligne dure en matière de confidentialité, même si l’application est régulièrement critiquée pour son utilisation par des réseaux criminels, des trafiquants ou des groupes extrémistes.
En France, la multiplication des “wrench attacks”, ces agressions physiques destinées à forcer une victime à livrer ses clés privées ou à transférer ses cryptoactifs, a installé une inquiétude réelle dans l’écosystème. Les victimes ne sont plus seulement des entrepreneurs visibles : leurs proches, leurs domiciles et parfois leurs données personnelles deviennent des cibles. Dans ce climat, la moindre fuite administrative prend une dimension explosive.
L’affaire pose néanmoins une question lourde pour les autorités françaises : comment exiger davantage de données personnelles auprès des plateformes tout en garantissant que ces informations ne finiront pas entre de mauvaises mains ? Dans un pays où la crypto attire à la fois investisseurs, start-up et prédateurs, la sécurité numérique n’est plus un luxe de geek. C’est devenu, très concrètement, une affaire de vie privée et parfois de survie.
Sources :
Pavel Durov – Message Telegram du 24 avril 2026 –
Le Monde – France reports over 40 cryptocurrency kidnappings so far this year –
Le Parisien – L’agente du fisc ciblait gardiens de prison et investisseurs en cryptomonnaie –
Reuters – Telegram’s Durov allowed to leave France amid probe –