Un an après l’opération Sindoor, les frappes indiennes menées dans la nuit du 6 au 7 mai 2025 contre des infrastructures terroristes au Pakistan, les analystes soulignent une aggravation des risques dans la région. Selon The Diplomat, la «gestion de l’escalade» est devenue la nouvelle doctrine implicite des deux puissances nucléaires, au risque de normaliser des logiques belliqueuses.
Dans la nuit du 6 au 7 mai 2025, l’Inde avait lancé l’opération Sindoor en réponse à l’attentat de Pahalgam, dans la vallée du Cachemire, qui avait tué 26 civils le 22 avril 2025. Les frappes de précision ont duré 22 minutes et visé les quartiers généraux du Lachkar-e-Taïba et du Jaish-e-Mohammed, deux organisations terroristes opérant depuis le Pakistan. Les échanges transfrontaliers qui ont suivi ont duré 88 heures. Selon l’expert américain John Spencer, l’Inde a établi la supériorité aérienne en 72 heures.
Une instabilité qui s’enracine, selon The Diplomat
Un an plus tard, la revue spécialisée The Diplomat publie une analyse détaillée des risques persistants dans la région. Ses auteurs soulignent que «l’espace pour l’action militaire s’élargit» et que les deux pays semblent de plus en plus à l’aise avec une escalade croissante.
La prochaine crise indo-pakistanaise sera, selon cette analyse, caractérisée par des délais de décision compressés, des pressions intérieures plus fortes, des contraintes extérieures plus faibles et une perception – potentiellement erronée – que l’escalade est contrôlable. Un scénario particulièrement préoccupant dans le contexte d’un conflit entre deux puissances dotées de l’arme nucléaire.
Le traité des eaux de l’Indus suspendu, un précédent historique
Parmi les conséquences durables de l’opération Sindoor, la suspension par l’Inde du traité des eaux de l’Indus constitue un changement de paradigme. New Delhi maintient les vannes des barrages fermées sur l’Indus un an après les frappes, affirmant que «la coopération ne peut pas prospérer en présence de menaces terroristes». C’est la première fois dans l’histoire post-indépendance que ce traité, signé en 1960 et considéré comme l’un des accords de partage des eaux les plus durables du monde, est suspendu unilatéralement.
Une modernisation militaire accélérée des deux côtés
Dans les mois qui ont suivi l’opération Sindoor, les forces armées indiennes ont significativement accéléré leur modernisation, avec des achats d’urgence de drones, de systèmes anti-drones, de munitions de précision et de communications sécurisées. Le Pakistan, de son côté, a lancé ses propres programmes d’acquisition, alimentant une course aux armements dans une région déjà surdotée en capacités létales.
Un an après l’opération Sindoor, l’Asie du Sud reste l’une des régions les plus dangereuses du monde. La normalisation de l’action militaire limitée comme outil politique entre deux pays nucléaires constitue l’un des précédents les plus préoccupants de la décennie pour la stabilité internationale.
Source : The Diplomat
