Missiles hypersoniques : deux physiciens russes condamnés à 12 ans de prison pour trahison en Russie. Valery Zvegintsev, 82 ans, et Vladislav Galkin, 71 ans, spécialistes de technologie à très haute vitesse, ont été reconnus coupables par un tribunal de Novossibirsk le 5 mai 2026. Ils purgeront leur peine dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité, malgré leurs protestations d’innocence.
Un tribunal de la région de Novossibirsk, en Sibérie, a condamné le 5 mai 2026 deux scientifiques russes spécialisés dans les technologies hypersoniques à 12,5 ans d’emprisonnement chacun pour trahison envers l’État. Valery Zvegintsev, chercheur principal à l’Institut Khristianovich de mécanique théorique et appliquée de Novossibirsk – où il dirigeait un laboratoire dédié à l’aérodynamique à haute vitesse – et Vladislav Galkin, basé à Tomsk, avec lequel il avait collaboré sur plusieurs publications scientifiques, ont tous deux plaidé non coupables. Ils seront incarcérés dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité.
Des spécialistes de l’hypersonique au coeur d’une répression croissante
Les deux hommes travaillaient dans le domaine de la technologie hypersonique, soit l’étude du vol à des vitesses supérieures à Mach 5, c’est-à-dire au-delà de 6 115 kilomètres par heure. Ces recherches sont au coeur des programmes militaires russes les plus avancés, notamment le développement des missiles balistiques de nouvelle génération. La Russie a fait de la maîtrise de l’hypersonique un axe stratégique majeur de sa modernisation militaire, présentant des engins comme le missile Kinzhal comme des armes capables de déjouer tous les systèmes de défense occidentaux.
Une défense appuyée par la communauté scientifique
Les partisans de Zvegintsev et Galkin affirment que leurs travaux académiques et leur participation à des conférences scientifiques internationales avaient été préalablement approuvés par les services de sécurité russes, le FSB. En 2023, des collègues des chercheurs avaient signé une rare lettre ouverte pour déclarer ces hommes innocents, soulignant que les poursuites engagées contre eux nuisaient à la science russe et dissuadaient les jeunes universitaires de s’engager dans ce domaine de recherche pourtant essentiel à l’État russe lui-même.
Une vague d’arrestations qui fragilise la recherche russe
Cette condamnation s’inscrit dans une série de procédures judiciaires contre des scientifiques russes accusés de trahison, une tendance qui s’est intensifiée depuis le début de la guerre en Ukraine. Le FSB a multiplié les arrestations de chercheurs travaillant dans des domaines sensibles – aérodynamique, matériaux, propulsion – au motif que leurs échanges avec des pairs étrangers constitueraient une transmission d’informations classifiées. Ce climat de répression, dénoncé par des académiciens russes en exil, contribue à l’isolement croissant de la recherche scientifique russe et à une fuite des cerveaux que le Kremlin peine à enrayer.
