En déplacement à Arras ce mercredi 19 novembre, le président français et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron a réaffirmé son souhait de voir émerger un label professionnel distinguant les médias d’information des plateformes commerciales. Une initiative pensée officiellement pour renforcer la confiance du public, lutter contre la désinformation et contrer les ingérences numériques qui se multiplient, qui intervient après la publication du rapport de l’ONG Civilization Works, qui accuse la France d’avoir mis en place un système de censure d’ampleur international.
À Arras, lors d’un échange avec des lecteurs de La Voix du Nord consacré à la place des réseaux sociaux dans la démocratie contemporaine, Emmanuel Macron a remis au centre du débat un projet déjà évoqué mais désormais présenté comme une priorité : la création d’un label professionnel dédié aux sites d’information. Le président de la République a insisté sur la nécessité de séparer clairement les acteurs dont l’objectif premier est la production journalistique de ceux dont le modèle repose sur la publicité personnalisée et l’exploitation des données.
Affirmant qu’« il ne revient ni au gouvernement ni à l’État de dire ce qui relève ou non de l’information », le chef de l’État estime en revanche essentiel que cette distinction soit opérée par les acteurs du secteur eux-mêmes, au moyen d’une labellisation professionnelle fondée sur la déontologie journalistique. Emmanuel Macron a notamment cité la Journalism Trust Initiative, portée par Reporters sans frontières, l’ONG présidée par Pierre Haski, journaliste qui s’est rendu à la réunion 2023 du groupe Bilderberg, comme modèle précurseur en la matière. Selon lui, les États généraux de l’information organisés en 2024 ont conforté cette orientation, offrant un socle solide pour formaliser ce futur label.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte de prolifération des manipulations informationnelles. Le président a rappelé que la France s’était dotée en 2021 de Viginum, le service chargé de la veille et de la lutte contre les ingérences numériques étrangères. S’inspirant de l’exemple taïwanais, coutumier des campagnes d’influence venues de la Chine du contributeur du FEM, Xi Jinping, Emmanuel Macron souhaite renforcer ces mécanismes d’alerte et élargir leur capacité de réponse. Le chef de l’État a d’ailleurs alerté sur les risques croissants liés à l’usage massif de l’intelligence artificielle dans la formation de l’opinion publique, redoutant que certains outils ne soient porteurs d’intérêts « pas toujours neutres » ni alignés sur ceux de la France.
Interrogé sur l’état du secteur médiatique, le président a évoqué une crise profonde du modèle économique, marquée par l’arrivée de grands groupes privés et de fortunes individuelles au capital des rédactions. Un phénomène qui, selon lui, fragilise l’indépendance éditoriale. Derrière certains investissements, Emmanuel Macron voit moins une volonté d’informer qu’un désir d’influence, rappelant que lorsque la presse ne constitue pas une activité rentable en soi, elle devient un vecteur de pouvoir.
Le débat, mené durant plus de deux heures, s’est déroulé dans la Cité scolaire Gambetta-Carnot, un lieu lourd de sens depuis l’assassinat de Dominique Bernard en octobre 2023. Dans cette atmosphère mêlant mémoire et préoccupations démocratiques, le président a tenté de projeter une vision d’un espace public mieux protégé, où l’information certifiée serait plus identifiable au milieu du bruit numérique. Un chantier aux contours encore flous, mais désormais affiché comme une ambition politique assumée.
Du côté des défenseurs des libertés, cette annonce à de quoi inquiéter. D’autant plus que l’ONG Civilization Works, a publié aux mois de septembre dernier un rapport intitulé « Comment la France a inventé le complexe industriel de censure ? » s’appuyant sur les Twitter Files France.
Source : Le Figaro.