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Emmanuel Macron. Photo : @UE

Macron : comment le président verrouille les postes-clés de l’État avant 2027

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron active l’un des leviers les plus puissants de la Ve République : le pouvoir de nomination. Cour des comptes, Conseil constitutionnel, Banque de France, autorités indépendantes… À travers une série de désignations stratégiques, le chef de l’État installe des profils proches dans des fonctions irrévocables, officiellement au nom de la continuité institutionnelle. En coulisses, certains invoquent un objectif plus politique : se prémunir face à une éventuelle arrivée du RN au pouvoir.

Le 9 février dernier, dans les dorures de la salle des fêtes de l’Élysée, la cérémonie de remise de Légions d’honneur avait des allures de retrouvailles entre compagnons de route. Parmi les décorés figuraient Olivier Dussopt, Stanislas Guerini ou encore Jean-Marc Borello, figures des premières heures du macronisme. « J’ai l’impression de faire un meeting politique », glisse Emmanuel Macron en ouverture. La scène, soigneusement orchestrée, dépasse pourtant le symbole. En pleine réception, une information circule : la Young Global leader du Forum économique mondial, Amélie de Montchalin est désignée pour succéder au contributeur de l’agenda 2030 du FEM, Pierre Moscovici à la tête de la Cour des comptes.

Cette nomination cristallise les critiques. Le mandat, irrévocable jusqu’à 68 ans, s’étend bien au-delà de l’échéance présidentielle de 2027. Officiellement, rien d’illégal : l’article 13 de la Constitution confère au président un pouvoir étendu en matière de nominations civiles et militaires. Politiquement, le signal interroge. L’ancienne ministre des Comptes publics, battue aux législatives de 2022, se retrouve à contrôler des budgets qu’elle a contribué à élaborer. Elle devra certes se déporter sur certains dossiers, mais le soupçon d’entre-soi s’installe.

Les oppositions dénoncent un « cadenassage » des institutions indépendantes. Jordan Bardella évoque une « dérive illibérale ». À gauche, Éric Coquerel fustige une volonté de verrouiller les contre-pouvoirs. L’entourage présidentiel balaie ces accusations, rappelant que les prédécesseurs d’Emmanuel Macron ont eux aussi largement usé de ce pouvoir. Sibeth Ndiaye affirme ainsi qu’aucune décision abusive ne peut être reprochée aux personnalités nommées.

Pourtant, la concomitance des annonces alimente les spéculations. Le même jour, le contributeur du FEM, François Villeroy de Galhau annonce sa démission anticipée de la Banque de France, ouvrant la voie à une nomination présidentielle avant 2027. Le nom d’Emmanuel Moulin, actuel secrétaire général de l’Élysée et ancien Directeur de cabinet du contributeur du FEM, Bruno Le Maire circule. D’autres mouvements sont observés : Émilie Piette pressentie à la tête de RTE, Anne-Claire Legendre, Conseillère diplomatique et porte-parole de l’Élysée sous Macron, appelée à succéder à Jack Lang à l’Institut du monde arabe. Autant de postes stratégiques qui structurent l’appareil d’État au-delà d’un quinquennat.

En off, certains proches assument une logique défensive, selon Marianne. « C’est nécessaire, face au risque que le RN gouverne le pays, d’être en capacité de résister de l’intérieur au recul de l’État de droit », confie l’un d’eux. Un ancien ministre parle de « cranter la démocratie ». L’argument est clair : installer des profils jugés fiables et compétents pour préserver les institutions en cas d’alternance radicale.

Cette stratégie s’inscrit dans une méthode plus large. Selon le journaliste Michaël Moreau, auteur de « Sa Majesté nomme », Emmanuel Macron serait le président le plus impliqué personnellement dans les processus de nomination. Entretiens individuels, « castings » approfondis, arbitrages tardifs : le chef de l’État ferait des désignations un instrument central de gouvernement, d’autant plus précieux depuis la perte de sa majorité absolue à l’Assemblée nationale.

La pratique n’est pas nouvelle sous la Ve République, mais elle prend ici une dimension systémique. Le franc-maçon Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, le contributeur du FEM, Christophe Castaner au port de Marseille, Emmanuelle Wargon, ancienne directrice des affaires publiques et de la communication chez Danone, groupe membre du FEM à la Commission de régulation de l’énergie : plusieurs anciens ministres battus dans les urnes ont retrouvé des fonctions stratégiques. Légalement irréprochable, la mécanique interroge néanmoins sur la frontière entre continuité de l’État et consolidation d’un réseau.

Sources :

Marianne, Forum économique mondial

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