À la Bourse du travail de Lyon, Jean-Luc Mélenchon a livré un meeting-spectacle de plus d’une heure et demie devant plus de 2 000 personnes, majoritairement jeunes. Entre envolées lyriques, attaques frontales contre les médias et plaidoyer en faveur d’une « libération de l’information », le leader insoumis a transformé l’affaire Quentin en démonstration politique. Venu pour soutenir Anaïs Belouassa-Cherifi et Florestan Groult, respectivement candidats Insoumis pour les municipales et Métropolitaines 2026, le leader de LFI démontré qu’il en avait encore sous le pied pour 2027.
Hier soir, à Lyon, Jean-Luc Mélenchon a offert à ses partisans un spectacle millimétré. À guichet fermé, la Bourse du travail a accueilli plus de 2 000 spectateurs, dont une large majorité de jeunes militants. Avant même son entrée en scène, la salle scandait « Siamo tutti antifasciste », slogan repris par la Jeune Garde, dans une atmosphère de ferveur assumée. L’attente ne portait pas seulement sur un discours politique, mais sur une performance.
Il est arrivé sans emphase, quelques feuillets en main qu’il consultera à peine, sourire discret aux lèvres. Derrière la tribune, il a enchaîné pendant plus d’une heure et demie, sans hésitation ni bafouillage. Mémoire solide, culture abondante, sens consommé de l’improvisation : le tribun maîtrise son art. Le ton alterne entre gravité et ironie, finesse et saillies mordantes.
La mort de Quentin Deranque et son traitement médiatique
Le cœur de son intervention a porté sur l’affaire Quentin, qui occupe l’espace médiatique depuis une quinzaine de jours. Jean-Luc Mélenchon s’en est servi pour construire une démonstration politique structurée, ciblant d’abord les médias. Le meeting était retransmis en direct par BFM TV, qu’il a pourtant frontalement accusé de mensonge. Les critiques ont plu sur ce qu’il qualifie de presse « convenable et raisonnable ».
Dans une formule qui a déclenché des applaudissements nourris, il a promis que sa « première décision » à l’Élysée serait de « démanteler les trusts et les monopoles » de l’information, évoquant les concentrations de médias détenues par des groupes industriels, avec comme cible principale ceux associés à Vincent Bolloré. Il a toutefois parlé de« libération des médias », même si ses propos semblent aller à l’encontre de la liberté d’expression, reprenant un thème de plus en plus récurrent de son discours politique.
Abordant l’affaire elle-même, il a contesté la version dominante, rejetant l’idée d’un assassinat commis par des militants insoumis. Il a évoqué un « traquenard », dénonçant une provocation qu’il attribue aux militantes de Némésis, qu’il accuse d’avoir « servi d’appâts » pour déclencher une bagarre. Concernant la Jeune garde, il parle de jeunes ayant « perdu leur sang-froid », qualifiés de « frères », tout en réclamant la dissolution de Némésis, qu’il qualifie d’« organisation criminelle ».
Il a tout de même éploré la mort du jeune Quentin, tout en rappelant son opposition à l’idée d’afficher son portrait sur l’hôtel de ville, comme le suggérait Jean-Michel Aulas, candidat aux municipales lyonnaises. À Lyon, « capitale de la Résistance », a-t-il affirmé, le symbole aurait été « insultant », a-t-il estimé ce plaçant dans la lignée du maire écologiste, Grégory Doucet.« Entre Barbie et Jean Moulin, je choisis Jean Moulin, comme vous », a ajouté l’Insoumis faisant se lever la salle.
Celui qui se revendique « pacifiste » a toute de même appellé ses soutiens à ne céder ni à la bagarre ni à la vengeance. Pas de débordements, a-t-il invité. La bataille doit rester politique.
Un discours pas très local mêlant politique nationale et internationale
Sur le plan politique justement, Jean-Luc Mélenchon a accusé le Rassemblement national de proximité avec le camp Maga, soulignant qu’« une délégation était présente lors de l’investiture de Donald Trump » et que « leur groupe parlementaire au Parlement européen parraine des colloques où interviennent des think-tank trumpistes ». « L’extrême droite française est toujours pour l’envahisseur. Elle se tient à ses côtés, en répand les idées et en accompagne les méfaits. »
Le leader Insoumis a également qualifié les « Etats-Unis d’Amérique d’empire finissant ».
Invité dans le cadre de la campagne municipale, Jean-Luc Mélenchon a à peine évoqué les enjeux locaux, sinon pour railler le maire écologiste sortant Grégory Doucet et affirmer que les conditions d’une éventuelle alliance ne seront pas dictées à La France insoumise. La projection vers 2027 est plus nette. Accusé de « brutaliser » le débat public, il s’est comparé, non sans humour, à une tortue : patiente, résistante, destinée à dépasser les « lièvres » pressés.
La conclusion, amorcée par une citation du maçon, Victor Hugo, a semblé plus laborieuse, mais l’orateur a retrouvé son souffle pour un appel direct : « Aidez-nous, nous n’avons que vous ! » Au-delà des municipales, c’est bien la présidentielle qui se dessine en filigrane, avec la promesse d’un « grand spectacle ».
Passant de la drôlerie à l’émotion, multipliant les traits d’esprit, il a répondu à ceux qui l’accusent d’extrémisme, rappelant avoir été « formé par l’extrême gauche », avant de marteler : « Oui, je suis un rouge. » La salle a exulté en chant une nouvelle fois, « Siamo tutti antifasciste ». Le meeting s’est achevé comme il avait commencé, dans une ferveur quasi théâtrale, où la politique se joue aussi comme une scène.
La polémique sur la prononciation d’Epstein
Mais le lendemain, qu’en reste-t-il ? Les médias accusent le leader de la France Insoumise d’antisémitisme pour avoir conseillé à ses militants d’employé la prononciation « Epstein », plutôt qu' »‘Epstine ». Ils devront donc désormais parler d’Albert Einstin et non plus d’Albert Einstein ou nommer Londres, London et Rome, Roma, comme ils le font pour Kiev qu’ils appellent Kyiv. Preuve que le discours médiatique mérite tout de même quelques critiques.
Aujourd’hui, l’Insoumission, la plateforme médiatique de la France Insoumise préfère souligner que Jean-Luc Mélenchon a dénoncé « la présence de la statue de Louis IX, celui qui a inventé le signe pour désigner les juifs et brulé des zones de Torat, au Sénat ». « Pas de guerre de religion » a lancé l’ancien membre du Grand Orient de France qui préfère appelé « Saint Louis », « Louis IX », lui retirant ainsi sa dimension sacrée, démontrant aussi, qu’il reste attaché aux valeurs défendues par cette loge maçonnique en matière de laïcité.
Alors qu’il affirmait que seuls les Insoumis, luttent « contre l’assignation du christianisme à l’extrême droite », l’ancien membre du GODF a d’ailleurs demandé de dissocier la religion de la politique : « Cessez d’assigner à résidence ceux qui croient, ceux qui ne croient pas ». « Voilà à quelle condition sera faite la paix civile en France. »