En Lorraine, des chercheurs et industriels explorent un gisement d’hydrogène naturel potentiellement sans équivalent à l’échelle mondiale. À Pontpierre, en Moselle, un nouveau programme de forage vise à confirmer l’ampleur de cette ressource décarbonée, qui pourrait transformer l’avenir énergétique et économique de la région.
À Pontpierre, village de 800 habitants situé à une quarantaine de kilomètres à l’est de Metz, une imposante plateforme de forage de 41 mètres de haut domine désormais le paysage. Venue d’Autriche, elle marque une nouvelle étape du projet REGALOR II, piloté par Française de l’Énergie, avec l’appui scientifique du CNRS et de l’Université de Lorraine. Objectif : sonder le sous-sol jusqu’à 4 000 mètres de profondeur pour mieux caractériser un gisement d’hydrogène naturel, aussi appelé hydrogène blanc ou natif.
La semaine dernière, les équipes ont atteint 2 600 mètres, bien au-delà des forages précédents limités à 1 300 mètres. « Il s’agit de se rapprocher de la source, de la “cuisine” de l’hydrogène », explique Jacques Pironon, directeur de recherches au laboratoire GeoRessources. Cette phase doit permettre de comprendre précisément les mécanismes de formation de cet hydrogène dissous naturellement dans les eaux souterraines.
Selon les estimations issues du premier programme Regalor, le gisement lorrain, qui s’étendrait également sous des territoires belges, luxembourgeois et allemands, pourrait contenir environ 34 millions de tonnes d’hydrogène. Une quantité qui, si elle était confirmée et exploitable, en ferait « la plus grosse réserve d’hydrogène naturel au monde », souligne Yann Fouant, responsable des relations publiques de Française de l’Énergie.
L’hydrogène natif se forme sans intervention humaine, par des réactions chimiques naturelles dans le sous-sol. En Lorraine, plusieurs hypothèses sont étudiées. L’une repose sur la transformation progressive des anciennes veines de charbon en gaz sous l’effet du temps et de la température. Une autre évoque une réaction entre le fer présent dans les roches et l’eau, produisant de l’hydrogène par un processus comparable à l’oxydation. Les travaux en cours doivent trancher entre ces scénarios, voire en révéler d’autres.
Au-delà de la recherche fondamentale, le projet vise déjà l’anticipation d’une exploitation future. « On a déjà produit l’hydrogène, on l’a remonté, on a observé de petites bulles en surface », indique Yann Fouant, preuve tangible de la présence de cette ressource. Pour Philippe de Donato, directeur de recherche au CNRS, « tous les feux clignotent au vert » en matière de décarbonation et d’indépendance énergétique, d’autant que la France dispose d’une avance technologique avec une sonde brevetée, unique au monde, permettant de mesurer et d’extraire le gaz dissous dans l’eau.
Sur le plan politique, l’enthousiasme est également palpable. Le président de la région Grand Est, Franck Leroy, rappelle que « le sous-sol fait partie de l’histoire de la Moselle » et estime qu’il pourrait devenir « un atout stratégique pour la souveraineté énergétique et industrielle » du territoire.
Des voix appellent toutefois à la prudence. Deux associations locales de défense de l’environnement, l’APEL57 et le Collectif de défense des bassins miniers lorrains, alertent sur les risques potentiels pour les nappes phréatiques. Un précédent projet de Française de l’Énergie, consacré à l’exploitation du méthane contenu dans les veines de charbon, avait d’ailleurs été stoppé par le Conseil d’État en raison de menaces jugées trop élevées pour les ressources en eau.
Entre promesse énergétique majeure et vigilance environnementale, la Moselle se retrouve ainsi au cœur d’un pari scientifique et industriel dont l’issue pourrait peser bien au-delà des frontières lorraines.
Sources :
Sciences et Avenir avec AFP