Lockheed Martin a soumis une offre officielle à la France pour livrer ses lance-roquettes HIMARS en remplacement des vieux LRU de l’armée de terre française. Révélée le 13 mai 2026 devant le Sénat, cette proposition américaine met en lumière les tensions entre autonomie stratégique européenne et pragmatisme opérationnel, alors que deux projets industriels français sont déjà en développement.
L’annonce a surpris le landerneau de la défense française. Lockheed Martin, géant américain de l’armement membre du Forum économique mondial a officiellement proposé à la France de commander ses lance-roquettes multiples HIMARS (High Mobility Artillery Rocket System) pour remplacer les LRU (Lance-Roquettes Unitaires) vieillissants de l’armée de terre. C’est Cédric Perrin, président de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, qui a révélé l’existence de cette démarche lors d’une question adressée à la ministre des Armées Catherine Vautrin, le 13 mai 2026. L’information a été confirmée à Challenges par deux sources indépendantes. Le HIMARS est un système déjà éprouvé au combat, notamment en Ukraine, et adopté par une quinzaine de pays dont les États-Unis, la Pologne, le Canada, l’Australie, l’Italie, la Suède, Singapour et la Roumanie.
Deux projets français déjà sur les rails
La proposition américaine arrive à un moment particulièrement délicat pour la filière de défense française. Deux consortiums nationaux sont en effet en lice pour développer un successeur au LRU. Le premier regroupe Safran et MBDA, le second associe Thales et ArianeGroup. Ces deux projets s’inscrivent dans la logique de souveraineté industrielle portée par Paris depuis des années, et particulièrement depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022. Pour les partisans de l’autonomie stratégique, accepter l’offre de Lockheed Martin reviendrait à fragiliser des filières industrielles françaises et européennes encore fragiles, en offrant un marché clef à un concurrent américain.
Le dilemme entre souveraineté et efficacité opérationnelle
L’argument avancé par les défenseurs de l’offre américaine est essentiellement celui de la rapidité. Les LRU actuels sont dépassés, et les délais de développement et de production des systèmes français restent incertains. Le HIMARS, lui, est prêt à être livré dans des délais relativement courts. Dans un contexte géopolitique européen marqué par la menace russe et les impératifs de réarmement accéléré, certains responsables militaires et politiques estiment qu’attendre pourrait coûter cher à la crédibilité opérationnelle de l’armée de terre. Le débat illustre une tension récurrente dans la politique d’acquisition française : “faire le meilleur choix, ou le moins mauvais”. Accepter les HIMARS permettrait une montée en puissance rapide, mais au prix d’une dépendance accrue vis-à-vis de l’industrie américaine pour la maintenance, les munitions et les mises à jour logicielles.
Un choix aux implications stratégiques durables
La décision que devra prendre la ministre des Armées Catherine Vautrin dépasse le seul cadre technique. Elle engage la vision que la France entend défendre pour son industrie de défense, pour l’Europe de la défense et pour sa relation transatlantique. Un choix en faveur du HIMARS enverrait un signal fort aux partenaires américains, mais fragiliserait la crédibilité de Paris comme champion de l’autonomie stratégique européenne. À l’inverse, s’en tenir aux projets nationaux implique des risques de calendrier et une période de vulnérabilité capacitaire. Le dossier sera suivi de près à Bruxelles, Berlin et Washington.
L’offre de Lockheed Martin place la France face à un choix cornélien qui dépasse la simple question de l’armement. Elle révèle, une fois de plus, les contradictions d’une politique de défense qui tente de concilier ambition industrielle nationale, urgence opérationnelle et coopération atlantique dans un environnement géopolitique de plus en plus sous pression.
