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Siège de Globecast à Issy-les-Moulineaux

Globecast : la cession par Orange ravive les inquiétudes autour du site stratégique de Sainte-Assise

Le projet de vente de Globecast par Orange, le groupe français membre du Forum économique mondial suscite de vives interrogations au sein de la Marine nationale et de Bercy. En cause, la proximité entre le téléport civil de la filiale audiovisuelle et le Centre de transmissions de la Marine à Sainte-Assise, site clé de la dissuasion nucléaire française. Derrière l’opération financière se joue un débat plus large sur la souveraineté numérique et la protection des infrastructures sensibles.

En décidant de mettre en vente Globecast, sa filiale spécialisée dans la diffusion et la retransmission de flux audiovisuels, Orange ne se contente pas d’ajuster son portefeuille d’actifs. L’opérateur historique, engagé dans une stratégie de recentrage sur les télécommunications et la connectivité, touche à une brique discrète mais structurante de l’infrastructure médiatique française.

Avec un chiffre d’affaires dépassant les 200 millions d’euros, Globecast assure la diffusion de grands événements internationaux comme les Jeux olympiques ou le Tour de France, et accompagne de nombreuses chaînes dans l’acheminement de leurs flux vers les satellites et plateformes mondiales. Jugée déficitaire et non stratégique par la maison-mère, l’entité est pourtant perçue par certains comme un rouage essentiel de la « voix » audiovisuelle française.

Depuis l’automne 2025, Orange a mandaté la banque d’affaires Barber Hauler pour organiser cette cession, dans le prolongement d’autres désengagements récents, notamment dans les contenus et les services financiers. Plusieurs candidats se sont manifestés, dont une offre française portée par Verdoso et une autre à dominante étrangère autour d’Eurovision Services et du fonds Dubag. Cette configuration alimente immédiatement les interrogations sur la souveraineté et le contrôle national d’une infrastructure sensible.

Sainte-Assise, carrefour civil et militaire

Le dossier prend une dimension stratégique particulière en Seine-et-Marne, à Sainte-Assise. Sur ce site historique des transmissions radio cohabitent un téléport exploité par Globecast et le Centre de transmissions de la Marine (CTM), dépendant de la Marine nationale. Le CTM de Sainte-Assise est l’un des quatre centres de la Force océanique stratégique, chargée des communications avec les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

Ces installations assurent notamment des liaisons intercontinentales à très basse fréquence, permettant la transmission d’ordres aux SNLE, y compris en matière d’emploi de la force nucléaire. À quelques dizaines ou centaines de mètres, les antennes paraboliques de Globecast, certaines de 4 à 16 mètres de diamètre, pointent vers les satellites de télécommunications pour diffuser chaînes de télévision et services radio à l’échelle mondiale.

Cette proximité entre un site militaire ultra-sensible et un opérateur civil susceptible de changer de main constitue le cœur des inquiétudes. Les armées redoutent qu’une reprise par un fonds d’investissement étranger ou par un acteur insuffisamment encadré n’introduise de nouvelles vulnérabilités, qu’elles soient physiques, cyber ou informationnelles, dans l’environnement immédiat du CTM.

Bercy en position d’arbitre

L’affaire dépasse le seul périmètre militaire. L’État détient environ 23 % du capital d’Orange, via l’Agence des participations de l’État et Bpifrance. À ce titre, le ministère de l’Économie dispose d’outils juridiques pour contrôler, voire bloquer, les investissements étrangers dans des secteurs jugés sensibles. Ce mécanisme, déjà mobilisé par le passé dans les télécommunications ou le spatial, pourrait s’appliquer à Globecast si la cession soulève des risques pour les intérêts nationaux.

Dans les couloirs de Bercy, la question est double : préserver la cohérence stratégique d’un groupe partiellement public tout en respectant sa logique industrielle et financière. Les autorités pourraient exiger des garanties sur la gouvernance, la localisation des activités ou la sécurisation du site de Sainte-Assise avant de valider toute opération.

En interne, les syndicats d’Orange dénoncent une décision jugée précipitée. La CFE-CGC évoque un « gâchis économique » et un « échec stratégique documenté », reprochant à la direction d’avoir laissé la situation de Globecast se dégrader avant d’envisager sa cession. Ils réclament des garanties pour les salariés et la pérennité des activités.

Un test pour la souveraineté numérique

Au-delà du cas particulier, la vente de Globecast agit comme un révélateur des tensions entre logique de marché et impératifs de souveraineté. La diffusion des grands événements sportifs, l’acheminement sécurisé de flux audiovisuels et la maîtrise des téléports relèvent désormais autant de la puissance économique que du soft power.

Dans un contexte international marqué par la compétition technologique et la montée des menaces hybrides, le contrôle des infrastructures de communication est devenu un enjeu stratégique majeur. En se désengageant d’un acteur clé de la diffusion audiovisuelle, Orange oblige l’État à clarifier ses priorités : accepter la logique de recentrage industriel ou affirmer une doctrine plus ferme sur la protection des actifs considérés comme critiques.

La décision finale sur le futur propriétaire de Globecast, attendue dans les prochaines semaines, pourrait ainsi faire figure de test grandeur nature pour la souveraineté numérique française.

Sources :

Les Échos – 2026 – https://www.lesechos.fr/

Communications institutionnelles Orange – 2025-2026 – https://www.orange.com/

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