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Photo : Mohatatou / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Gel des avoirs et islamophobie d’État : des militants propalestiniens visés sans condamnation

En France, plusieurs militants propalestiniens et institutions musulmanes font l’objet de gels administratifs de leurs avoirs, sans condamnation judiciaire préalable. Parmi les personnes ciblées : Omar Alsoumi, cofondateur du collectif Urgence Palestine, Elias d’Imzalène, ainsi que l’Institut européen des sciences humaines (IESH) et le journal Sarrazins. Selon une enquête publiée par Blast-info le 7 mai 2026 et confirmée par Politis, la mesure est fondée sur l’article L.562-2 du code monétaire et financier, permettant un gel des avoirs pour une durée de six mois, renouvelable.

Plusieurs personnes et structures identifiées comme actives dans la défense de la cause palestinienne en France ont reçu des notifications indiquant que leurs « fonds et ressources économiques » étaient soumis à des « mesures de gel des avoirs pour une période de six mois », en application de l’article L.562-2 du code monétaire et financier.

Parmi les personnes ciblées figurent Omar Alsoumi, cofondateur du collectif Urgence Palestine créé en octobre 2023, et Elias d’Imzalène, figure connue du militantisme antiraciste et propalestinien. Du côté des institutions, l’Institut européen des sciences humaines (IESH), centre de formation islamique de référence, et le journal Sarrazins ont également été touchés par ces mesures. Selon les informations relayées par Politis et l’agence Anadolu, aucune de ces personnes ni de ces structures ne fait l’objet d’une condamnation définitive au moment de l’application du gel.

Un arsenal préventif dénoncé comme disproportionné

Le recours à l’article L.562-2, habituellement mobilisé dans le cadre de dispositifs antiterroristes, est critiqué par plusieurs juristes et associations de défense des libertés. Des militants et des universitaires dénoncent une logique de « pré-crime » : la simple suspicion suffit à déclencher des conséquences économiques graves pour les personnes concernées, sans passage par un tribunal, une sorte de minority report.

Omar Alsoumi, dont le procès pour apologie du terrorisme avait été initialement fixé au 6 mai 2026 avant d’être reporté au 7 décembre 2026, conteste ces mesures. Elias d’Imzalène, connu pour ses prises de position sur l’islamophobie et le conflit à Gaza, figure également parmi les personnes ciblées. Selon les informations disponibles, les motifs invoqués mentionneraient explicitement l’« opposition à l’islamophobie française » et le « soutien à la cause palestinienne ».

L’IESH et le journal Sarrazins parmi les structures visées

L’Institut européen des sciences humaines, structure de formation et de recherche islamique fondée en 1992, et le journal Sarrazins, publication de la communauté musulmane française, ont également vu leurs avoirs gelés dans le cadre de ces mêmes dispositions administratives. Ces mesures touchent ainsi à la fois des individus et des organisations reconnues, soulevant des questions sur l’étendue de leur application et les critères retenus par les autorités.

Les mesures concernent des entités dont les activités sont légales et dont la principale caractéristique partagée semble être leur engagement visible sur la question palestinienne et leur appartenance à des réseaux d’opposition à l’islamophobie d’État.

Un outil qualifié de répression politique par les défenseurs des libertés

L’enquête de Blast-info, confirmée par des sources concordantes chez Politis et dans des déclarations d’associations de défense des libertés civiles, qualifie ces mesures de forme d’« islamophobie d’État ». L’utilisation d’un outil administratif contournant la procédure judiciaire normale constituerait, selon leurs auteurs, une forme de « mort sociale par la spoliation économique ».

Aucun porte-parole du gouvernement n’avait, au moment de la publication des informations par Blast-info le 7 mai 2026, fourni de réponse publique détaillée sur ces mesures ni sur les critères ayant conduit à leur application.

Le gel administratif des avoirs de militants et d’institutions liés à la cause palestinienne illustre l’élargissement des dispositifs antiterroristes à des acteurs du débat civil et religieux. En l’absence de condamnation judiciaire, ce type de mesure soulève des questions fondamentales sur les garanties de l’État de droit en matière de libertés publiques.


Source : Blast-infoPolitis

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